‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 327 sur 396 · LA THÉIÈRE ET LA BROSSE · texte numérisé non relu

LA THÉIÈRE ET LA BROSSE

Apporta lit cette chose à tout faire,

Parmi nous autres gens, fine ficur de muguet?

Chose sans nom, retourne à l’écurie,

Va nettoyer l'égout oit la buanderie,

Mais ne t’avise pas certe de m’approcher,

Loin de moi ton contact, loin de moi ton toucher. Tournez de ce côté, chère sœur Cafetière

Votre long bec, voyez- vous la mégère Qui paraît dédaigner mon indignation ; ltegardez Sucrier d’argent, et vous Crémière Si cette chose nous fait réparation? ”

— “ Troupeau de fats ! le diable et son escorte ” A répondu la Brosse, “ en enfer vous emporte 1 Il faut être ignorant, et n’avoir pas de cœur,

Pour tout juger d’après l’eitérieur.

Moi, que vous poursuivez de votre humeur chagrine, Dans le travail j’ai pris tous mes dégrés,

On no me vit jamais parmi les désœuvrés,

Je suis membre, on le sait, ce sont faits avérés,

Du collège de la cuisine.

Avec le Afop,0) mon vieil ami,

Qui lui non plus, n’est endormi.

Je fais de la maison les nombreuses affaires,

Et je vaux plus que quatre ménagères.

Je déteste la saleté,

Et si je prends sur moi, las 1 la malpropreté Des autres chaque jour, doit on me faire un crime De ces vertus dont je suis la victime,

Le dis, sans me vanter, pour le salut de tous?

Et vous qui m’attaquez, Madame la Théière Vous luisez au dehors, mais dedans vertuchoux ! Vous êtes de méfaits bien laide fourmilière ;

Des monceaux de Bcandalc ils vous sont dûs à vous Qui faites jacasser les voix populacières De ces péchés vivants qu’on nomme les commères. C’est par vous que l’on sait que Monsieur le Curé Dépense de façon, dit-on, peu légitime

Sa dîme,

(■) On donne le uom de Mop en Angleterre à un assemblage de morceanx de drap découpes en lanières, qui attaché & un manche à balai sert à nettoyer.

LE DUELLISTE

Et qu'on peut expliquer son regard empourpré ;

C’est par vous que l’on sait que Miss Sainte-n’y-Touche En petit comité, n’est pas du tout farouche,

Si bien quelle a donné le jour à deux jumeaux

Fort beaux ;

C’est par vous que l’on sait que la fière Marie Quoique grave à l'église, au jeu pourtant parie,

Et que son incarnat et sa belle fraîcheur

Tout ça lui vient ... de chez le parfumeur ;

Et qu’en un mot cette digne tilletto ' Est à la fois prude et coquette.

Oh ! c'était le bon temps que le temps d'autrefois Quand chaque vierge britannique Acquérait sa rougeur pudique Avec du bon rosbif, et de l'ois de choix ;

Et ne rougissait pas, attendu qu’il faut vivre,

I)e manger à diner pour le moins une livre.

Telles étaient les mœurs du bon temps d’autrefois,

Alors qu' Elisabeth était sur le pavois !

Certe alors chaque Demoiselle Devait son incarnat, ainsi que la gaîté

Qui débordait en elle,

A l’emploi de ses bras, à . . . mon activité.

Mais, maintenant, tout le plaisir consiste Pour les 611es de qualité A faire ... de l’inanité,

Et de hochets nombreux à voir grossir sa liste.

Et tant qu'un deBtin malheureux Au monde qui n'en peut, enverra des Théières,

Les temps ne cesseront pas d’être désastreux,

Et des cancans toujours nous aurons les misères,

Jusqu’à ce que quelqu’ inventeur,

Ou quelque philosophe ou médecin des &mes,

Trouve une Brosse propre à nettoyer le cœur

Des beaux Messieurs, . . . voire des Belles Dames ! "

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