‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 362 sur 396 · ANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

ANT TROISIÈME

La Terre, l'Air, le Ciel, et l’immense Océan Voilà des visions de l'Esprit le divan :

Imagination ! là sont tes draperies !

Muses de tous les temps là posent vos patries !

Que sont les éléments? La sphère et le zénith Oh brillent tour à tour les joyaux de l’Esprit!

Viens Terre, notre mère ! Air, oh ! viens doux Messie Nature ! de nos coeurs viens lever l’interdit !

Viens des mondes divins, Toi Ciel ... la prophétie I

Les courants des pensera ne restent dans leur lit,

Mais pourvoyent actifs l’océan de l’Esprit Do l’heureux occident comme dots tributaires ;

Tantôt comme tombant des monts et des clairières,

Et tantôt de l’encens des fleurs tout parfumés,

Ils paraissent quitter des bords par eux aimés ;

Ou bien venant des bois tout radieux de vie,

Ils inondent le cœur de leurs chants innommés,

Ou bien viennent au but souillés — sans faire envie !

L'Esprit comme la terre a ses mutations,

Son zénith, Bon déclin, scs révolutions ! —

Ses révolutions mille fois plus fantasques

Que celles de l’histoire aux nombreuses bourrasques !

Ses conquêtes aussi la science les dit !

Ses défaites aussi le malheur les écrit !

0 Terre 1 sur tes fils que pèse ton argile !

Les ruines du sol et celles de l'Esprit

Font sur la nuit des temps empreinte indélébile !

Pourtant elle a son monde aussi l'obscurité I La mort est un squelette, — un squelette habité ! D'innombrables soldats sont blottis sous la mousse Racine, branche, fleur ont chacune à leur trousse Des insectes la foule ; et sous le frais gazon D’atomes un essaim vit et grouille à foison ;

Nous foulons sous nos pieds plus de métamorphoses Que l’Esprit n’en conçoit dans son vaste horizon,

Et qu'il ne naît d’amours sous la feuille des roses !

Du doux sein de la rose, bêlas ! on ne voit plus Iji fée aller le soir danser sur le talus,

l’esprtt.

Et du superbe 1!» les salons tout d'ivoire Ne sont plus des Lutins le gentil réfectoire :

Adieu du peuple Fée et les doux réveillons,

Et les gais ménestrels, et les gais tourbillons,

Dansant si bien leur ronde en leur désinvolture . . .

La vision, la grâce ont quitté nos sillons

Pour eux notre Angleterre est de raison trop mûre !

La croyance au savoir des bons temps d’autrefois Pour la tolérer nous sommes trop fins matois ;

La science à nos yeux a montré sa lumière,

Mais chacun est-il donc plus heureux dans sa sphère. Depuis qu’on a détruit l'Imagination ?

Depuis que de Minuit la Fascination N’opère plus sur nous sa puissance magique ?

Depuis que ne cherchons Lutins en faction Veillant la lance an poing sur le palais Féerique?

Lutines et Lutins qui franchissez d’un bond La frêle campanule, et grimpez au plafond De la ruche, et cela pour agacer l’abeille Et pour la tourmenter alors qu’elle sommeille !

Ici de vos autels incrustés dans la Heur !

Ici de vos palais, vite ici sur mon cœur 1 Menez-moi de nouveau vers ces lieux où l’enfance De vos frais vers luisants s'éclaire à la lueur,

Amenez avec vous la naïve croyance.

Charmantes visions de l'immortalité,

Qui donnez à l’Esprit cette velléité D’interroger la cause, en quête du mystère De ces êtres innés qui peuplent notre terre I Lutins qui recréez l’imagination,

Venez, et rendez-nous la fascination Qu’eierçait votre humeur parfois aventureuse ; Venez ressusciter en nous l’émotion Que créait d'Aladin la lampe merveilleuse !

Sous le poids des douleurs et des afflictions Mortes en notre sein sont les affections ;

Et de nos ceeurs a fui l’enfant de l'espérance Sans pouvoir accuser la Fée et sa vengeance !

La coupe est renversée et le bol est brisé

l’esphit.

Le calice lui-même anathématisé

Non |>ar l'art des Lutins . . . Mais enfin la mémoire

Sur son vert souvenir spiritualisé

De Fée et de Lutin garde pour nous l'iiistoire.

O Fée 1 à ton nectar n’avons nous pas goûté ?

En tout n’avons nous vu que la réalité ?

Comme Titania, d’un charme sous l’empire,

N'avons nous pas faussé d’amour le point de mire ? Nous aimons une étoile ... et ce n’est qu'un caillou ; la) coeur comme Obéron est susceptible et fou,

II cherche à guerroyer même avec ce qu’il aime ; Qrand Enfant, il se plaît à briser son joujou,

Et pour lui cela semble être un plaisir extrême 1

O Heine des humains ! — Imagination !

Ton empire est immense, il a nom légion 1 Les Idoles, les Dieux enfantés par le Barde Ils vivent sous tes lois, ils vivent sous ta garde 1 De hautes vérités moules harmonieux,

Formules du passé, leurs accents généreux Ils sont tous consacrés au culte du génie ;

Kois de l'Esprit ils vont de pair avec les Dieux Couronnés par le temps, couronnés d’harmonie I

N’ont-elles pas muet un langage les fleurs !

Oh I parle jeune Rose aux candides couleurs ! Raconte-nous, tout bas, la véridique histoire De tes amourB fleuris tout imprégnés de gloire ; Conte-nous la légende où chevaliers et preux Te dirent leurs péchés avant d'aller aux cieux I Et toi ma jeune vieille, antique Pâquerette,

Vous poètes des champs, fleurs aux yeux langoureux Chacune, dites-moi, qui vous conta fleurette?

Regardez— et voyez avec quelle pudeur l,a Violette voile et son sein et Ba fleur;

Voyez la Perce-neige, avec quelle insistance Elle lève le sol pour appeler d’urgence,

Le doux printemps encor prisonnier des autans ; Voyez comme le Lis en terre dort longtemps.

Bercé par le zéphir, comme dort l’innocence Admirez cette fleur Etoile du Printemps Le Miroir de Vénus . . . fille y boit l’espérance

l’esphit.

Voyez l’Amaryllis, ce type de l'orgueil,

Superbe, s’étaler, tandis que sur le seuil D'un mur, pour l’amitié fleurit la Giroflée !

Voyez le vain Narcisse à la fleur étoilée Se consumer perdu dans son propre regard,

Cependant que le Myrte en un coin à l’écart Emblème de l’amour et modeste et pudique,

Révélé son parfum et sa beauté sans art !

Sois bénie à jamais tleur à blanche tunique !

Allons interroger des bois les profondeurs,

Lire de la nature aux feuillets enchanteurs ;

Les branches, admirez 1 se ballottent houleuses Comme vagues de mer ; et ces clartés ombreuses >Sont le jour qu’il nous faut ; — voyez ! c’est le chevreuil Qui de silence vit, tandis (pie l’écureuil Court et s'agite lui ! . . voyez ! la tourterelle Lentement elle monte au ciel mirer son oeil . . .

Voyez filer sur l’eau du cygne la nacelle !

Des bois la poésie elle se montre cd vous Animaux qui vivez sous leur abri si doux,

En vous, 0 simples fleurs bijoux de la nature Que Dieu pour nous charmer fit naître sans culture ; Pour nous charmer 1 . . bien plus pour notre instruction, Car les fleurs sont du ciel la révélation,

Un langage que l’homme un jour saura peut-être.

Qui des Anges là haut sont l'érudition ;

Les fleurs de leur encens font hommage au Grand Etre 1

Flânons sur ce sujet, — c'est un thème enchanteur Que le plus simple chant peut chanter — que la fleur !

De l'Esprit étemel les fleurs sont les empreintes,

Dans leur simplicité Nature mit ses teintes ;

Quel plus chamiaut sujet de contemplation !

Le sauvage les voit — dans sa dévotion,

Lui qui ne croit en Dieu, s'agenouille et les cueille,

Puis les porte à l'objet de son affection.

Les fleurs ! . . c’est de l’amour le riant portefeuille I

Des cœurs qui restent froids, alors que le Printemps Semble de ses vieux ans mécaniser le Temps,

Alors qu’en arc-en-ciel il suspend ses guirlandes Qu’à la terre éblouie il jette pour offrandes ;

l'esphit.

Oui, de» cœurs que U Rose et sa suavité,

Ou d’un ciel étoilé le pourtour argenté Trouvent indifférents, — voyent la Poésie Dans ces petites fleurs du jardin de beauté,

Dans ces doux chérubins, — de l’amour l’ambroisie 1

Quel sauvage rocher au pic aride et nn Qui ne donne la vie au gramen inconnu ?

Existe-t-il un cœur qui soit fait de la sorte Que Poésie, Amour, soit pour lui lettre morte?

Non ; bien qu'un doux sourire illumine tes yeux Berger ! si te disions romanesque, mon vieux 1 Cependant ce serait la vérité ! . . Silence I C'est ta fille, je crois, qui s'avance en ces lieux ? Quels rêves n'as-tu pas fait pour elle . . . d’avance !

Oui Terre, — écoute-le ! — Toi, Ciel sois en témoin ! Partout la Poésie existe ... en quelque coin ;

Panni les travailleurs le Dieu de la nature Infiltre ce besoin, du cœur c’est la parure.

L'ouvrier qui s’en va tout clopin, clopinant Regagner son chez soi la trouve en cheminant ;

C’est le repos du soir pour lui — c’est sa chaumière, Sa femme qui l’attend le front tout rayonnant,

C'est le baiser si doux de l’enfant à son père 1

Oui, la Nature en tout offre disparité,

Et c’est là le secret, la loi de sa beauté !

Iji goutte d’eau du ciel descend, elle se pose Tantôt sur un chardon, tantôt sur une rose 1 Tantôt au sol mêlée, et tantôt au ruisseau Ou sur terre ou sur mer elle arrive au tombeau 1 C'est que chaque bouton de s'ouvrir n’a la chance, Chaque feuille ne peut naître au plus haut rameau, De la nature tout suit pourtant la tendance !

Examinez ut) peu le mystère du sort

Qui chacun nous conduit de la vie à la mort ?

Un enfant vient de naître, et de par sa naissance Il est d'anciens honneurs, de suprême puissance L'héritier par hasard. — Un autre nouveau né Naît héritier de pleurs, d’un nom déjà damné ;

L’un est bercé de joie, et l’autre do misère,

Son lot à ce dernier il est empoisonné :

Sans le bonheur pourtant, ces deux là font la paire !

l’esprit.

Un pas hors dn chemin, — un vice, — en vérité Un seul — eut-il pour nom : la Prodigalité 1 C’est vendre son bonheur à Satan qui l’escompte, Acheter du péché les heures — par la honte ;

Les hommes, voyez-vous, et ce, pour la plupart,

De leurs rouges malheurs ont tissé le brocart, Dépensant par dégrés bien plus que leur pécune,

Pour eux tous les moyens et de corde et de hart Sont bons — pour rattraper sans la paix — leur fortune!

A l'homme comparé l'invisible idéal Quel est-il donc? sinon un fait conjectural? Sentiments, volontés, ardentes sympathies,

Vives affections, rudes antipathies.

Tels sont les éléments de notre humanité !

Collines et rochers qu’êtes-vous à côté ?

Poète laisse donc là le bois, la vallée,

Car la ruche de l'homme est la vaste cité,

Pour étudier l’homme il te faut sa mêlée !

L’Indolence aura-t-elle et tes chants et tes vers Poète 1 — et l'Industrie et ses travaux divers N’éveilleront-ils pas en toi chant sympathique?

Noble Esprit du Commerce, Esprit de la Fabrique Viens lui montrer tes mâts, ces forêts de la mer,

Tes voiles s'agitant à chaque brise d’air ;

Dis-lui que là, partout où ta langue est connue,

Tu rends l’homme puissant , indépendant et fier ;

Que de la liberté ton sceptre est l'avenue 1

Et toi dont le penser s’élance au firmament Suivant son libre essor, son développement,

Où l'œil perd son pouvoir, —Science inspiratrice I Des arcanes du ciel noble révélatrice !

Oh ! qui mieux que toi, Fée à l'étemel printemps Sût mesurer l’espace et mesurer le temps ;

De dessus le boisseau sut tirer la lumière.

Sut éclairer la mine, et diriger les vents Et monter sans effroi visager le tonnerre 1

Toi qui dotes du sol les bruts matériaux D’ordre, de mouvement, de pouvoirs tout nouveaux, Qui du plomb fais de l’or, véritable Protée,

Epurant la matière au feu de Prométhée !

l’espbit.

Une chose minime, un rien, par ton secours Acquiert une valeur qui s’augmente toujours ; Révélant la richesse où végétait la gêne ;

Qui peut fixer limite à ton vaste parcours,

A tes progrès futurs Toi des humains la Heine 1

A ton gré subjuguant, emprisonnant le feu Tu le rends ton esclave, et tu te fais un jeu Pour lui d’écraser l’eau, d’en faire une poussière ; L’air subtil t’obéit ; — tu changes la matière Selon ton bon plaisir ; là créant un jardin Où l’aride désert se prolongeait sans fin, Demandant à la mort le secret de la vie,

A l'herbe malfaisante un suc de son venin,

Au bourbier un ruisseau d’un clair à faire envie î

A toi cette fontaine aux eaux vives, l’Esprit ! Dont les bienfaits sans nombre ont créé l’érudit ! De l’érudition source brillante et pure,

Immortelle à jamais autant que la nature ;

Do nos libres pensera noble incarnation Par toi seule, par toi vit l'Inspiration ;

Aussi bénissons-nous ton beau nom, ô Science ! C’est par toi que grandit l’Imagination Du Grand, du Beau, du Bon suprême Intelligence

Aussi loin que s’étend, se meut l’humanité, Comme étoiles du ciel resplendit ta clarté ;

Des sables du désert ta puissante faconde Fait surgir des cités l’étonnement du monde 1 Noble thème à léguer aux siècles à venir Ressusciter des noms qui ne pourront périr Tant que subsisteront une date, une pierre,

Ofirant à la mémoire un vivant souvenir

De ces trônes éteints dès longtemps en poussière !

Des moncoaux entassés d’aspect pyramidal D’Egypte et de Syrie, — an pourtour colossal,

Des ruines sans nom de ce vaste hippodrome Prodige du génie, et merveille de Rome,

Des tieuves tout-puissants sont conquis, muselés, D’immenses océans sont mis sous tes scellés,

Les obstacles ce sont tes jeux ; sous ton étreinte La terre se soumet, et te remet ses clés,

Tu la broyés du pied et te ris de sa plainte.

l’kspeit.

Une merveille ailée à l’instinct noble et fier.

Un magnifique objet, tranquille fend la mer,

Avec de la beauté plus qu'on ne saurait dire,

Avec de la puissance à défendre un empire,

A braver la tempête et les vents furieux,

A semer les trépas de ses flancs monstrueux !

Oh ! regardez-le donc ? Qu’il est beau ce Navire !

Plus beau que toute chose existant sous les deux, Toute chose terrestre et que notre œil admire !

En avant ! en avant! voyez le Vaisscau-lloi Vers les lointains climats s’avancer sans émoi.

Langage universel, de chacun l'idiome,

11 porte à tous ses lois de royaume en royaume, Impassible en sa marche, être supérieur,

Au mépris du danger il ajoute un grand cœur ;

De sa forme admirez la haute intelligence I Créature vivante avec âme sans peur,

Oui, — tel est un Vaisseau! ton chef-d’œuvre ô Scieuee

O Commerce ouvre à tous les portes de ton cœur, Montre à l’humanité ce que peut ton labeur !

Excite l’Industrie à braver les tempêtes,

Et de la Mécanique élève les conquêtes ;

Fais aussi voir â nu l’orgueil et son néant ;

Etale tes trésors et ton pouvoir géant !

Chemins de fer, canaux, entrepôts — ta navette Qu’on la compare au soc, ou le cas échéaut Le fil du tisserand au glaive, à l'épaulette ;

Honore le métier de l’humble tisserand Angleterre! . . plus d'un fut vertueux et grand !

Des héros sont sortis de leur pauvre demeure,

Nombre d’hommes d’état utiles â leur heure,

Dont le vasto cerveau, dont le vaste savoir Ont de l’Intelligence ennobli le pouvoir !

Que ce soit ton orgueil que notre art mécanique !

Sa franchise obtiens-la — pour toi c’est un devoir Franklin, Dation et Watt appuyent ma supplique.

Franklin qui sut tracer en un zigzag d’éclair Son illustre et grand nom sur le bleu de l'éther !

S'en fut braver la mort avec sa vue oscuse Mais devant lui la mort se recula, puureuse ;

l’espuit.

C’est qu'il savait revivre aux siècles à venir I Il savait que le Dieu certes pouvait sévir Quand il allait chercher le fluide électrique,

Mais d'un nuage à l’autre il s’en fut sans blêmir Du tonnerre ébahi faire la statistique.

Oui, lui ! dont le génie aimait, aventureux,

A consigner l’éclair la porte des cieux,

A visager l’éclat dévastateur des mondes,

Qui St tant de trépas sur les funèbres ondes ;

Dont le scintillement allumait la terreur,

La superstition piile enfant de la peur ;

Lui — broya sous ses pieds en l’évoquant la foudre,

Et puis faisant du fer un abri protecteur,

Dans la nuit du tombeau l’envoya se dissoudre.

Philosophe et Poète à la perfection Montent par ton pouvoir .... Imagination !

Et' la Science ainsi que la Littérature A pour diapason l'Esprit et sa culture ;

Quand Dalton lit connaître à l'Esprit étonné Dans le front d'un penseur un monde nouveau-né,

Quand il analysait le monde des atomes,

Poète à la Milton son cœur passionné Au livre de nature ajoutait nouveaux tomes.

Des astres suspendus au haut du firmament Etablir les hauteurs, régler le mouvement,

Aller interroger l’ouragan, la tempête,

Fut le lot de Newton par son droit de conquête !

Des atomes sanB nombre étudier les lois,

Irf.s soumettre à la loupe, à des nombreux pourquoi*,

Fut le lot de Dalton ; — et ces deux grands génies Triomphèrent tous deux, plus puissants que des Rois, Des mondes en trouvant ainsi les harmonies.

Où gît des Nations l’or — le véritable or?

Est-ce en l’homme d’état qui leur donne l’essor ?

Est-ce dans le soldat, est-ce dans son épée?

Mais alors voyez Rome et sa gloire usurpée ?

Voyez la Grèce aussi? . . — Non c’est dans un Dalton,

Par ces fils du labeur, par un Watt, un Newton,

De ces puissants esprits par une noblo armée,

Qu'un peuple à l’univers peut seul donner le tou,

Qu’il épand la lumière avec sa renommée.

l'esprit.

Le jour aux yeux blafards, — pâle, gris, hiverneux, Sortit en s'éveillaut d’un sommeil nuageux ;

Et sur la froide ville où le silence encore Dormait, parut bientôt la souriante aurore,

Cependant il veillait un homme peu connu Dont le vaste penser par l’espoir soutenu,

Rêvait le mouvement d'un piston, d’une tige De fer, — tout comme si ce problème inconnu Une fois résolu, — donnerait le vertige!

Cet homme, c’était Watt, c’était Watt dont la main D'un immense pouvoir dotait le genre humain.

C'était Watt le vainqueur du Temps, de la Marée Qui dans ime chaudière emprisonnait ltorée!

Des ouvriers, c’était le grand Magicien,

Dont le seul bras de fer rendait l’espace — un rien,

Et donnait à l’Esprit le pas sur la Matière!

Et se courbaient devant l'utile citoyen,

Comme ses grands vassaux, et la Mer et la Terre !

Esprit mystérieux, grandiose, éternel,

Mon chant n’est par malheur que le chant d'un mortel, Et comme un chant d'oiseau qui flotte sur la bise Inécouté, dans l'air il se peut qu’il se brise ;

Mais si j’avais en moi l'éloquence du coeur,

Ce chaud de la parole, accent toujours vainqueur,

Ce don de sympathie â remuer la terre,

De tout ce que je sens mon chant révélateur Aurait le roulement d'un éclat de tonnerre !

Intelligence exquise!— oh! s’il est ici bas Si beau ton noble aspect, et si rempli d'appas.

De quel plus grand éclat dans tes célestes sphères Ne doit-it pas briller ton faisceau de lumières?

A travers ton ciel pur, ù travers ses soleils,

Quels pouvoirs ignorés s’élanceront vermeils,

Quels mondes de trésors, quels mondes de merveilles Se feront jour alors par d’éclatants réveils,

Inconnus à notre œil, inconnus à nos veilles !

Lorsque le Temps muet devant l’Eternité Se tiendra, — que l’Esprit tout immortalité De par Dieu flamboyant de nouvelle lumière l’rcndra son libre essor vers la plus haute sphère,

l’esprit.

Un ange glorieux dans son vol immortel !

D’un regard noble et fier des cieux fixant le ciel Pour mieux apprécier le bonheur de ses ailes !

Une gloire au milieu d'un chœur chantant Noël,

Une âme libre enfin de ses formes mortelles!

Alors et seulement, — ouvrez vos deux battants Portes de la Science à nos vœux persistants ;

Vous nuages fuyez qui cachez sous vos voiles De l’Inspiration les magiques étoiles,

Et le Génie ira vers son propre manoir.

Oh ! quand viendra ce jour que tant je voudrais voir, Aurore de l’Esprit et de l’Intelligence,

Musique de ce chant d’étemel bon vouloir

Quand le Temps, quand la Mort n’auront plus de puissance!

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