CHANT QUATRIÈME
Que substance terrestre et rien que ça, — l’Esprit Il doive retourner à la terre, — son lit,
Ou que du pur éther lit haut divine essence.
Il trouve après la mort glorieuse existence,
Tout cela de mes chants n’a pas été l’objet,
A plus nobles pensera, je borne mon sujet,
Je ne veux pas souiller — souiller it la légère,
Les ailes de l’Esprit au contact indiscret De l’argumcntateur, de sa lourde poussière.
Alors que vous vibrez, vous, fibres du cerveau Sous l’invisible coup d’un invisible étau,
Cette pression là, donne-t-elle existence A la pensée humaine, — est -ce ainsi sa naissance?
Ce que nous appelions pensée — est-ce d’ailleurs Vraiment une pensée? . . A vous spéculateurs A décider le cas ; — si l’Esprit est nn arbre Et son fruit la pensée, il faut chercher Ailleurs I>a racine, — elle gît sous notre dernier marbre.
Une substance existe, elle a son but, — ses fins;
Quel pédant de l’Esprit peut fixer les confins?
Feuilles et fleurs et fruits complets — l’arbre d’automne 11 n’accomplit plus rien, hors ce but monotone !
l’espwt.
Mais comment calculer de l’Esprit le Pouvoir !
Quels immenses désirs ! quel énorme vouloir !
Est-il pour ses beaux fruits, est-il donc un automne?
Un prodnit dn matin qni doive avoir un soir,
Et puis se consumer, existence moutonne ?
Non : il est comme Dieu sans limites, sans fin —
Son essence est divine et son essor divin !
Cherchez à mesurer le ciel immesurable Plutôt que de vouloir l’arrêter par un cable,
L’Esprit — car voyez-vous ce serait aussi vain Que d’éteindre le vent, de l’enchaîner soudain !
Aveugle à la beauté, sourde à toute harmonie
Qui voudrait à l’Esprit mettre un mords, mettre un frein,
Assombrir ses esprits, enchaîner son génie 1
L'Esprit percevrait-il l’objet — ou son pouvoir N’aurait-il d'effet que de servir de miroir ?
Ou, suivant des on dit, l’Esprit d’humeur légère Quittant le corps, fait-il école buissonnière,
Courant après chaque ombre en quête du nouveau ?
A quoi bon discuter 1 si de notre cerveau Vous faites une salle oh le vide s'étale Attendant pour s’emplir que l’on mette écriteau,
Encor faut-il un Maître à ce vaste dédale !
Ce qui veut, ce qui pense — et dirige les sens ; —
Magasin donne-t-il ordre aux dépôts céans?
Il reçoit, voilé tout ; — dites, qu’est-ce qui lie Tous ces chaînons entr’eux, et les domicilie,
Combiner, parcourir, arranger et choisir
Des choses que jamais les yeux n'out vu fleurir?
Elle est de droit divin et de divine essence Cette création qu’on ne peut définir,
Pour en dire le mot sans voix est la Science.
Ça voyons, mesurons à l'équerre, d’un bond,
Chaque sensation, — le plaisir est tout rond.
Mais la douleur doit être au moins triangulaire ;
Quant é nos sentiments, oh ! c’est une autre affaire, Changement d’air ! voilé ! — Pour nos émotions,
C’est d’un sol étranger humbles productions.
Se mouvoir, c’est penser : oh 1 science profonde 1 Avec Hume disons pensons, mystifions;
Rien n’est dans rien ! — Le monde il n’est pas de ce monde!
l’esïbit.
Allez donc demander vraiment ce qu’est l’Esprit Quand rêves, passions, tout pour lui, tout est dit? Mais dites-vous d’abord ce qu’est sans sa lumière Le soleil, — ce que sont des yeux murés sous terre ? L'Esprit se montre au jour par ses capacités,
Vouloir le dépouiller de toutes ses beautés
C’est le mettre au néant, c’est le fait du sophiste,
Entasser à plaisir tissus d’absurdités
Mais c'est des insensés vouloir grossir la liste ! . . . .
Mémoire ne rend pas égal le souvenir 1 —
L’œil dans l’obscurité n’a rien k retenir,
Pourtant si le matin donnait la bien-venue Au captif, — aurait-il par ce seul tait la vue ?
La mémoire est un don, non une induction ;
Suivre la vérité de par l’abstraction
Est un effort sans but ; — vaine philosophie !
Le doute est-il le droit de l'érudition ?
A son savoir alors, oh ! bien fou qui se tic !
Sur la rose au matin se prélasse le vent,
Il caresse le saule, et la harpe souvent,
Eveille le parfum, la musique et la grâce,
Et donne à la nature un chic que rien n’efface ;
Mais parmi les humains quelle tête â l’évent Dirait : Parfum, Musique et Grâce c’est le Vent j Il y a mille agents pour notre intelligence ; L’Imagination . . . c’est l'Esprit concevant . . . L'agent n’est que le vent; — du pouvoir l’appareuccl
La pierre basse et grise au porche des trépas, Sourde, aveugle qu’elle est, oh ! la vieille Malpas Elle l'aime bien dà ! . . maintefois le dimanche Elle l'attendit lâ, lui, d’une humeur si franche, Qu’elle aimait bien avant de songer à l’amour ! Comme des revenants de ce banc tout autour, Circulent maintenant quatre fois vingt années ; Pourtant l’aveugle voit, la sourde chaque jour Entend les enfants morts de ses jeunes journées.
Chaque nom sur la pierre il est inscrit — hélas !