LES AR1H1ES
Au clairon ilu castel du noble amant d’Armide,
Au bruit retentissant que produisait son char ; Cependant le soleil luit toujours, les ondées Tombent, tombent toujours, et l'oiseau fait son nid Où ces anciens géants élancent leurs coudées,
Et montent vers le ciel leur tige à l'infini.
Nous vîmes nos hivers qui viennent de bonne heure Sur chaque arbre noirci suspendre leurs bijoux.
Aux bourgeons du printemps que le zéphir effleure, Puis nous dîmes soyez les bien-venus chez nous.
La vie a ses hivers et ses blanches gelées,
Mais leur frimas hélas ! point ne font de bijoux.
Le doux printemps toujours souffle sur les vallées, Lorsque depuis longtemps il a Uni pour nous !
Ils ondoient au dessus de nos toits solitaires,
Ils s'inclinent pensifs sur le front de nos morts,
Au coeur de l'exilé leurs odeurs salutaires Rappellent la patrie et de bien doux transports ;
Tel celui-là qui voit sur les bords de la Seine Et parmi ses palais nombreux, un beau Palmier, Aussitôt de rêver la patrie Indienne,
La Pagode et le Gange et le Mancenillier.
Oh ! comme ils parlaient tous gentiment à l'oreille De notre enfance, — alors nous connaissions leurs voix, Lorsque dans la montagne ils disaient la merveille De ce doux mois de Mai, le plus joli des mois. Maintenant sur les vents des soirs si courts d’automne, Ils nous parlent encor, mais d'un ton différent,
Leur voix est douce encor, mais elle est monotone,
Et tout comme la feuille elle tombe en mourant.
Oh ! tels étaient les sons que jadis les Dryades Faisaient entendre aux Grecs au milieu de leurs buis, Telle dans l'Inde était la voix des Oréades Qui présageait le sort du vainqueur autrefois :
Car ce fut par les sons du vent et du feuillage,
Que plus d'un ménestrel s’inspira dès l'abord,
Et le premier oracle apporté par l’orage,
Fut la plainte d’un arbre en face de la mort !
LES -HEU UXt) RIANTES UE LA MEMOIHE.
Les Heubes biabtes de la Mémoire.
Souvenirs chers à la mémoire !
Peut-on vivre derrière sei,
Sans retrouver dans votre histoire Une douce cause d’émoi?
Une oasis, où la verdure Sous des pleurs ne jaunit jamais.
Sur laquelle on mettrait voilure,
Pour y retourner tout exprès !
Les points lumineux de la vie,
Vus k travers ses noirs brouillards Sont peu nombreux. L’âine asservie N’y voit que des éclairs blafards.
Et cependant il nous eu reste Un je ne sais quoi caressant,
Qui laisse un souvenir céleste De ce plaisir, pris en passant.
Etait -ce au fort de la jeunesse,
Quand nos travaux étaient heureux ?
Etait-ce lorsque la tendresse Couronnait nos plans amoureux ?
Où, dans le lointain de l’enfance,
Pour nous devenu brouillardeux.
Etait-ce geute souvenance De nos naTfs et simples jeux ?
Souvenirs, chers à la mémoire !
Combien venez souventefois,
Nous rendre un charmant auditoire,
Près du vieux foyer d’autrefois !
Vous ressuscitez la présence D'amis perdus, de morts chéris ;
Et vous rendez à l’existence Nos jours heureux du temps jadis.
D’un très vif éclat l’Espérance Brille pour nous dans le lointain ;
Mais un jour vient la Clairvoyance,
Qui nous dit: “Ton rêve était vainl” Mais les plaisirs de la mémoire Ne perdent jamais leur essor ;
Malheur pour qui c’est un grimoire.
Quand ce devrait être un trésor !
ADIEUX AUX F1KUBS
Adieux aux Fueuk».
Beaux enfants du soleil vous qui prîtes naissance Dès les jours printaniers pour récréer nos yeux, Guirlandes de l’année, et sa magnificence,
Adieu gentilles fleurs! vous vîntes en tous lieux l’our tenir du printemps les aimables promesses,
Vous sûtes couronner l’été resplendissant,
Et quand l’automne enfin nous quitte en pâlissant. Succombant, et pour nous s’épuisant en largesses,
Notre regard vous suit, sourit à vos splendeurs . . .
Adieu douces, bien douces fleurs 1 Beaux enfants du soleil vous reviendrez encore,
Sitôt que le Printemps sonnera le réveil,
Auprès de la fontaine, et du ruisseau sonore,
Ou du bocage vert qui sort de son sommeil :
Bientôt vous reviendrez peupler les simples gorges Des monts noirs et ombreux où se plaît l'aquilon, Entailler la prairie, égayer le vallon,
Vous reviendrez avec les joyeux Rouge-gorges Nous montrer à nouveau vos riantes couleurs,
Vous reviendrez bien douces fleurai
Mais quand donc sur nos fronts ces fleurs renaîtront-elles Qui les ornaient si bien au printemps de nos jours,
Ces fleurs qui nous rendaient séduisantes et belles,
Et qui faisaient valoir nos plus simples atours ?
Le beau soleil d’été, son éclat, sa rosée
Ses éuivrauts parfums, ses rayons les plus chauds.
Peuvent impunément tomber sur des tombeaux,
Mais aux cheveux blanchis, à la fraîcheur passée,
Au cœur précocement flétri par la douleur,
Quel printemps rendra la splendeur !
En vain, en vain !.. les ans se pressent dans leur course, Le temps change en passant tout, la joie ou les pleurs ; Vieux de coeur et de corps nous traînons sans ressource Vers la tombe nos maux, nos rêves, nos frayeurs; Cependant que partout autour de nous la terre Renouvelle ses fruits, renouvelle ses fleurs.
Mais las ! pour nous la vie a perdu ses ardeurs. Bourgeons, boutons et fleurs percent à la lumière.
Nous, courbés sous le froid de chaque hiver nouveau. Nous nous rapprochons du tombeau !
GO
LA ttK^UÊTE Ut l'eMIUHë.
Ainsi chanta le Barde. On était en Automne,
L'or des derniers rayons illuminait les bois,
Et déjà s’approchait et triste et monotone Le vieil et sombre hiver. Mais une douce voix Semblait sortir des fleurs, de leur mourant calice :
La voix disait : “ Bientôt, quand après son sommeil Renaîtra le Printemps flamboyant de soleil,
Nous reviendrons vers toi ; — mais toi de ton cilice Toi tu devras sortir un jour si tu veux voir
Les fleurs qui n'ont jamais de soir ! ”
La Requête de l’Emiuuë.
Amis, mes chers amis, s’il vous reste un penser Des jours passés de mon enfance,
Lorsque l’été viendra tout embraser Et que je serai loin du lieu de ma naissance,
Oh ! détournes le frais ruisseau Des heures de chaleur baume si salutaire,
Détournez de grâce un peu d’eau Vers mon jardin devenu solitaire.
De mon jardin quitté j’ai tant aimé les fleurs,
Qu’elles vivront dans ma mémoire, J'admire encor leurs teintes, leurs couleurs,
Bien que leur doux parfum pour moi soit illusoire !
Au loin j’ai fixé mon chez moi,
Dans un plus beau climat oit les fleurs sont splendides, Mais l’été, dans un triste émoi Mon cœur languit vers vous mes fleurs candides !
Les lieux que mon enfance aimait tant autrefois
Se paraient des fleurs les plus belles,
Lors pour bijoux j'avais leurs sœurs des bois,
Et pour mon seul trésor rien que deux tourterelles.
Oh ! les jeunes myrtes du cœur Comme vite ils poussaient, comme ils s'en allaient vite. Changeant en un jour leur couleur Mais nous laissant odeur de clématite.
En son vol vous pouvez amis guetter l’oiseau
Qui se fraye en l’air un passage, —
Le doux printemps qui verdira l’ormeau Vous le ramènera repeuple! le bocage ; —