‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 45 sur 396 · LA. BICHE AUX PIEDS D1 ABSENT · texte numérisé non relu

LA. BICHE AUX PIEDS D1 ABSENT

Mais las il n'est pas de printemps Qui puisse de ma voix vous porter le mirage,

Ob 1 beaux jours de mon jeune temps Dans mes fleurs revivez au sol du premier âge !

BKYANT (W. C.)

La Biche aux Pieds d’Argent.

Il y a de cela cen» ans

Que les cerfs, les chevreuils venaient en leurs élans Dans le sentier des bois et parmi les pervenches,

Du bouleau grignoter les branches.

Sous le versant fort escarpé D’un mont, qui surplombait un vallon bien groupé,

Et protégeait du vent une pauvre chaumière Venait brouter biche légère.

Elle ne venait que le soir juand sur les rocs la lune aimait à se mouvoir,

St nul ne connaissait le recoin solitaire

Oit le jour était son repaire.

Ses pieds éclataient de blancheur,

\u milieu de son front tout empreint de candeur Une tache d’argent scintillait à la vue

Comme l’éclair perçant ht nue.

Et lorsque d’automne l'oiseau .hantait, elle broutait, et broutait â nouveau ji feuille qui pointait parfois de la fougère,

Son pas criait sur la bruyère.

Mais quand le matin dans l’été e levait magnifique et plein de majesté, a biche aux pieds d'argent avait broutant près d'elle Un faon, à la suivre fidèle.

“ Ce serait, mon fils, un péché e blesser cette biche, et son faon si léché ! ” it à son fils un jour la dame à la chaumine,

“ Ici donc point de carabine.

“ Depuis dix ans j'habite ici,

.t depuis ces dix ans, enfant retiens ceci :

Quand la lune parait, la lune et son escorte.

Cette biche broute â ma porte.

LA BICHE AUX PIEDS D’aKQKNT.

“ Les hommes rouges, vois-tu, fils, Ils disent qn'en ces lieux et sous ces verts taillis Ce gentil animal vit depuis mille lunes,

Et cela sans craintes aucunes.

“ II» vivent eu paix avec nous Sans nous chercher querelle, un tel ctat est doux ; Et d'ailleurs rien qu'à voir l'aimable créature

Si près de nous, c’est bon augure I”

Notre jouvencel obéit,

Et chercha le gibier au fin fond de son nid,

Bien loin, bien loin là bas oh l'ombre se goberge. Oh la forêt existe vierge.

Mais un beau jour d’automne en vain Il battit la forêt par voie et par chemin,

Sans que faisan, chevreuil, la moindre créature Ne se présentât d’aventure.

De la lune le blanc croissant Au cramoisi du soir se mêlait caressant,

Sur la pelouse il vit paissant la gente biche Comme une statue en sa niche.

Soudain l'arme enjoué, il fait feu ; Pan pan dit le rocher à l'écho du haut lien,

Et l'écho du haut lieu dit ce glas mortuaire Au loin à l'écho solitaire.

Tout à coup vers le bois voisin S'enfuit la pauvre biche, — et le long du chemin Le matin on voyait rougeâtres goutelettes

Pourprer les blanches pâquerette».

Le soir qui suivit cette nuit lut lune décroissante illuminait sans bruit I^a scèno de la veille, argentant solitaire

Le tertre encor brouté naguère.

Mais bien avant que le croissant De la lune, ne fut à son tour décroissant,

L’homme rouge le soir vint brûler la chaumière,

Et tuer le fils et la mère.

La prairie est aujourd'hui bois,

L’œil chercherait en vain les rochers d’autrefois,

A midi l'épervier vient y guetter la joie,

Le renard la nuit , . . une proie,

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