‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 46 sur 396 · LA. VOIX DE L’AUTOMNE · texte numérisé non relu

LA. VOIX DE L’AUTOMNE

La Voix de l’Automne.

De la colline tout là bas U descend une voix légère Qui plane sur le bois d'où les feuilles hélas 1 Tombent en soupirant un glas Sur la terre.

De l’automne c’est le vent mou Qui rase des clos la surface, Embrase la forêt d’un souffle d'amadou,

Pousse la feuille on ne sait où,

Et puis passe.

Son souffle agite les roseaux Et leur murmure une prière,

Il baisotte la fleur née auprès des ruisseaux,

Il fait rider les vertes eaux,

Et le lierre.

Par dessus des enfants heureux Jetant à l'air éclats de rire.

En octobre il volète, il leur baise les yeux,

Il se faufile en leurs cheveux,

Puis soupire.

Et puis il fuit, il fuit, il fuit,

. Partout se glisse avec mystère,

Auprès du bois feuillu qu’il agite la nuit,

On de la source qui surgit

De la terre.

Rien ne peut arrêter son cours,

Ni jeune, fraîche et belle fille,

Ni le gentil bosquet, asile des amours ;

Il quitte en frétillant toujours La charmille.

Est-ce d'être, fats en l'aveu,

Le juif errant de la nature,

Qui te vexotte, dis, vent, qui dans aucun lieu

Ne peux trouver pour coin du feu Que la dure.

Tu ne saurais trouver repos Nulle part où Dieu te convie.

l’ektebkement de l’amoub.

L'orient, l’occident ils sont pour toi forclos, Le vent qui se tient à huis clos N’a plus vie.

Ne suis pas surpris si tu cours Dire aux bois, aux ruisseaux, aux plaines Tous les secrets chagrins de tes chaudes amours Avaut de quitter pour toujours

Nos domaines 1

L’Enterremeîît de l’Amour.

Deux filles aux yeux noirs, du jour vers le déclin Auprès d'un fieuve qui roulait ses Ilots sans fin Pensives se tenaient ; pâle était l’une d’elles.

Leurs cheveux étaient noirs, toutes deux étaient belles.

“ Venez avec des fleurs,” chantaient -elles, “Venez Avec des fleurs des bois sans noms déterminés,

Avec branches en fleurs, fleurs de lieu solitaire,

De l’Amour — mort enfant, — pour attifer la bière.

Fermez lui doucement tout en versant des pleurs Ses yeux si doux, — hier qui subjuguaient les cœurs, Qu'il paraisse endormi !... croisez ses mains d’erminc En signe de repos sur sa blanche poitrine.

Et sans plus de délai préparez son tombeau

Oh les beaux oiseaux bleus chantent près du ruisseau,

Oh se cachent â l’oeil les pâles violettes,

Oh le sol au printemps s’émaille de fleurettes.

Auprès de lui placez tout en le couchant bas Son arc, ses traits rendus oisifs par le trépas,

Et ce bandeau soyeux dont il usait naguère Four cacher de ses yeux le trop vif luminaire.

Mais nous le pleurerons longtemps, oh ! bien longtemps, Il nous feront défaut-ses baisers de printemps!

Et le doux frôlement de ses pieds, — son sourire,

Et ses émois prenant sur les cœurs tant d’empire ;

Et ses regards sereins imbibés de bonheur Faisant rêver du ciel l’indicible splendeur,

Et tous ses attributs ceinturonnés de charmes,

Nous poursuivront toujours, feront couler nos larmes.

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