‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 5 sur 396 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Du remous d’une barque oh ! doux est le tangage Sur les eaux calmes de la mer !

Quand dans l’immense champ do l’air Flotte blanc comme neige un tout léger nuage ; Que se berce le flot gentiment sans effort,

De la brise sous le murmure,

Et que doucettement il rit h la nature

Comme un petit enfant qui dort.

Cinq beaux petits enfants d'une gaîté folâtre,

De cette barque avait fait leur théâtre,

Les éclats do leur joie en vibrant dans les airs De l’alouette allaient se mêler aux concerts ;

LES CINQ ENFANTS

Ils se penchaient pour voir leur espiègle visage

Se refléter sur l’eau,

Et redoublaient leurs cris quand dans leur badinage Leurs mains avaient détruit l’effet de ce tableau.

Un gamin, un oisif, méchant ou bien ignare,

En passant détacha l'amarre Qui retenait la barque il la grève, et soudain La barque impatiente au loin alla son train,

Tandis que les enfants riaient et de plus belle,

En voyant vitement s’éloigner leur nacelle.

Voyez se balancer sur les flots de la mer

Ce bateau si léger,

Tandis qu’à l’horizon précurseur de l’orage, S’agglomère et se forme un énorme nuage,

Et que de l’eau dans les bas fonds S’éveillent en sursaut des murmures profonds !

Voilà que tout à coup maint récit de naufrage Qu’avait entendu leur jeune lige,

Des cinq pauvres petiots se pose devant l'œil,

Et leur gaîté fait place au deuil,

Et chaque enfant à l'un à l’autre se cramponne,

Car la peur se faufile en leur âme mignonne,

Mais elle éveille en eux aussi l’affection,

Leur foi dans le bon Dieu là haut en faction.

Cependant et toujours, et toujours le rivage Se rapetisse davantage,

De plus sombre en plus sombre au loin s'étend la mer, Et la barque fragile au contact de l’éther Plie et se tord dans la transe infinie D’une suprême et dernière agonie,

Tandis que des enfants les pénibles sanglots Vont se mtder au bruit et des vents et des flots. Pendant deux jours bien longs gémit la pauvre mère, Lui le malheureux père Interrogeait la nue et l’océan Le cœur navré d’une douleur amère.

En voyant les débris de l’affreux ouragan.

Du troisième matin, c’était la première heure,

Sur la ligne blafarde on l'horizon demeure,

LES CINQ ENFANTS

Qui sépare le ciel, et la mer et la nuit,

Il voit un ne sais quoi par le hasard conduit.

Qui se meut, et qui n’est écume ni rivage,

Et qui n’est non plus un nuage ;

Son cœur ému ne bat plus prestement Que sa rame ne va laborieusement.

Plus prés, plus prés une chose encor vague Paraît jouer avec la vague.

Jésus Christ plaignez-le! . . . son visage pâlit,

Haletant il frémit !

C’est que comme sortant tout à coup de la nue, l'ne barque s’offre à sa vue,

Oit dorment cinq enfants ainsi que dans leur lit.

Chacun d’eux en ouvrant un œil plein de surprise. Sur lui jette un regard pensif :

“ O Père 1 emmêne-nous, de ce vilain esquif Oh nous avons été ballotés par la bise,

Rien que le ciel, rien que la mer,

Que la mer et le ciel, oh ! souvenir amer !

Nous sommes fatigués et transis, mon bon père 1 Vite retire-nous de ce lieu solitaire :

Moi, comme étant l’aîné, car papa j’ai huit ans,

,1'ai pris sur mes genoux ma gentille sœurette,

Lui chantant, tout chagrin, ‘ fais dodo mignonette,' Et calmé les hélas ! des autres trois enfants,

Mais sou veut j'avais soin de cacher ma figure,

Car je pleurais, papa, la chose est sûre,

Et je priais tout bas, oh 1 je t’en fais l’aveu Pour mes frères et moi, pour ma sœur, le bon Dieu.

“ L'étoile en clignotant du plus haut de la nue,

Jeta sur nous la vue,

Et le nuage aussi passa bien près de nous,

Pendant que l’océan grommelait son courroux. Nous aurions bien voulu près du doux clair de lune Aller nous abriter quand il vint sur la dune,

Mais près de notre barque, et l’emportant toujours, Furieuses les eaux avec grognements sourds Nous repoussaient au loin. Un liseré de flamme Parut à l'horizon, et nous vîmes vermeil Soudain se lever le soleil ;

Cette vue apporta de l’espoir â mon âme.

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