INDOLENCE
Et nous nous tînmes tous debout, Regardant, regardant partout.
Les vagues scintillaient d’éclatante lumière,
Mais nulle part n’apperçuiues 1a terre.
“Je ne sais plus après ce qu'advint. — Vers le soir Tomba sur nous un morne désespoir.
Nous n’avions plus, si grande était notre misère,
De voix pour la prière ;
Lors un sommeil de plomb appesantit nos yeux,
Nous pensions bien papa nous réveiller aux cieux,
Mais le bon Dieu là haut de sa brillante sphère
Veillait sur nous, il nous rend à toi, Père !"
Le bon père eu pleurant, et tout rempli d'émoi :
“ Homme !” dit-il, “ si se gèle ta foi, Soudain pour la rendre vivace Dieu te fasse la grâce De regarder, de voir autour de toi :
L'amour de Dieu si bien nous environne Que d'en douter n’est possible à personne !”
Indolence.
Indolent! indolent! oui, je suis indolent :
Comme l'herbe des champs qui doucement verdoie,
Comme la violette au parfum opulent
Qui boit dans son calice et la paix et la joie ;
Comme l’oiseau des bois se balance et déploie Les trésors de sa voix en flots harmonieux,
Pour chanter ses amours et l'art de vivre heureux !
Indolent ! indolent 1 oui je suis indolent !
Comme il est indolent le superbe nuage
Qui s’arrête en sa course, et passe nonchalant.
Comme le ruisselet qui sur le cailloutage
Murmnre un Te Deum en son doux babillage.
Sensation ! Idée ont besoin de sommeil
Comme les fleurs le soir . . . pour un nouveau réveil !
Indolent ! indolent I oui, je suis indolent,
Si c’est être indolent quo de trouver scs fêtes Dans les trésors épars de ce monde parlant,
Et le jour et la nuit . . . d’en faire mes conquêtes ;
De monter au sublime en face des tempêtes,
6 I,' 'habitant de la chaumière à l’étoile DD SOIR.
De ressentir le deuil de la nature en deuil,
Et sa joie à l’aspect du printemps son orgueil !
Indolent ! indolent ! vous l’êtes indolents Vous esclaves du monde et de ses platitudes,
Qui dépensez vos jours, qui noyez vos talents N’osant vous affranchir de vieilles habitudes, Dans les futilités de biches servitudes ;
De vos bons seutiments écrasant la fraîcheur, Pour les rapetisser au bon ton de rigueur.
Indolent 1 indolent !... N’es-tu pas indolent Toi qui vis sans aimer tout confit d’égoïsme, Pitoyable fantôme au teint pâle et dolent,
Drapé dans un manteau de faux philosophisme ; Et vivant tous tes jours d’un aft’reux fatalisme? Indolent !... Oui tu l’es ; les anges en émoi Dans leur douce pitié versent des pleurs sur toi !
L’Habitant de la Chaumière i l’Etoile du !Soir.
“The star thaï bid* tho shepherd fold." — Cornus.
Belle Etoile du soir, gentille avant-courrière
Et de la joie et du repos,
Soleil de ma famille, à ta blanche lumière,
A ta clarté bénie ont fini mes travaux.
Belle Etoile du soir si des milliers de mondes
Valsent chaque nuit â ta cour,
Ils nous cachent sans doute en leurs grottes profondes Le vrai bonheur, car toi tu nous chantes l’amour.
Tu scintilles, soudain pour l’ardente jeunesse
A sonné l’heure du berger.
Cependant qu’à pas lents l’énergique vieillesse Le hoyau sous le bras, s’en revient du verger.
Lorsque l'éclat du ciel pâlit et se module
En teintes à la fin du jour.
Mon oeil qui te perçoit parmi le crépuscule Monte à toi dans l'espace, et t'imbibe d’amour.
Tu souris, et déjà meurt le bruit de la ville,
Et l’alouette éteint son chaut ; L'écho l’a répété, mais le vallon tranquille L'assoupit dans son ombre, et l’étouffe en dormant.