‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 62 sur 396 · C ARPENTER (J. E · texte numérisé non relu

C ARPENTER (J. E

Le Chant du Bouge-gorge.

Au seuil de la chaumine en quête d'un grain d’orge,

Oh ! que chuchète donc le gentil Kouge-gorge?

Lorsque content, dispos, il roucoule son lai,

Voilà ce que nous dit son charmant virelai:

“ Aux oiseaux orgueilleux jamais moi je n’envie L’or de leur esclavage, — elle est libre ma vie,

Et la liberté, c’est bijou trop précieux

Pour le vendre à prix d'or. — Pauvre, je suis heureux,

Pour moi point de prison 1” — Ainsi le Rouge-gorge Chante près la chaumine, en broyant sou grain d’orge.

Sous les épais larmiers an printemps l'hirondelle Chaque an bâtit son nid ; mais elle est infidèle,

L’automne la voit fuir : oh j'asseois mon foyer Moi je reste toujours, et sans m’expatrier.

Je ne bâtis mon nid point au sommet de l’arbre,

Non plus d’un beau palais au plus haut fût de marbre,

Plus on s’élève hélas 1 plus on tombe de haut !

Je suis toujours le même, au temps froid, au temps cliaud.” Ami du pauvre, ainsi chante le Rouge-gorge Au seuil de la chaumine, en broyant son grain d’orge.

Sachons donc estimer cet oiseau populaire

Bien moins pour sa beauté, que pour son caractère ; —

Pour ses bons sentiments, son amour du foyer,

Pour sa joyeuse humeur, doux charme du hallier.

Ne méprisons pas l’humble:— il est telle morale Qu’il peut nous enseigner que nul sermon n’égale.

Comme notre oiseau donc aimons notre logis,

Les scènes du jeune âge, et nos premiers amis.

Puisse vivre long-temps l'aimable Rouge-gorge Au seuil de la chaumine, ivre de son grain d’orge 1

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