UN 0I8EAU CHANTEUR BLESSÉ
Aussi le pauvre enfant égratignait ses doigts, J'égratigne mon cœur aujourd'hui bien des fois.
L'heureux temps que c’était lorsque ma fantaisie Etait libre d’ainour, libre de poésie,
Alors, dans ce doux temps, qui ne peut revenir,
Moi, je pensais tout haut, vierge de souvenir.
Que mon œil était vif et qu'il brillait superbe,
Rien qu’à voir les lapins se trémousser sur l’herbe. . . Leurs terriers me semblaient de vieux mâchicoulis,
Et vous sauvages fleurs — les fleurs du Paradis.
Et qui m'aimait alors ? . . Des cœurs vrais et sincères, Qui m’embrassaient bien fort pour des larmes légères. Quels étaient mes aimés ? oh ! c’étaient des cœurs d'or, Vivant de mon bonheur qu’ils augmentaient encor.
Et moi que demandai-je î — A flâner incertaine,
Selon mon bon plaisir dans lc3 bois, dans la plaine :
Et que craignais-je alors ? . . peine ni désespoir,
Rien . . . Tant il faisait beau du matin jusqu’au soir.
C’était un temps heureux que ces jours de Bohême Que la jeunesse ornait de son prisme suprême.
Mais avec moi tons ceux qui vécurent ces jours Ils ont quitté la terre, hélas ! et pour toujours !
Aussi fleurs du désert, des bois et de la plaine,
De ce bon temps passé vous renouez la chaîne,
Et je rends grâce au ciel de pouvoir bien souvent Babiller avec vous, — me croire encore enfant 1
CORNWALL (BAERY).
A un Oiseau Chanteur blessé.
Pauvre chanteur ! le fusil inhumain De l’oiseleur, ou de l’hiver l’haleine T’ont-ils causé du mal ? . . Pour soulager ta peine Au soleil de midi nous t’étendrons demain ;
Et la bonté d’un homme envers ton petit être,
Réparera le mal qu'un autre a tait . . . peut-être.
De te soigner nous nous empresserons.
Et te sauvant l’hiver si redoutable,
Jusqu’au prochain été flous te donnons la table Et le logis chez nous, — et nous te traiterons