‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 79 sur 396 · CORMAC ET MARIE · texte numérisé non relu

CORMAC ET MARIE

Quoique banni du ciel l’esprit qui vit en elle Un jour aura rayonnement nouveau,

“ Alors que des pécheurs se fera l'amnistie I . . .

Froid est ce roc, le vent est glacial,

Mais plus froide encore est son âme assujettie . . .

Perdre son Dieu . . . son amant! c’est fatal 1”

Le lac Corrib était dans une paix profonde,

Et cependant une vague avançait, Doucettement ridant la surface de l'onde . . .

Quand au rivage enfin elle échouait,

Voilà qu’il en surgit une pimpante foule De damerets, de nobles chevaliers,

Procession bizarre, et flottant comme houle,

Et laissant voir drapeaux, fringants coursiers,

Caracolant dans l'air, mais sans laisser de trace,

Et s’avançant comme en un carrousel,

Des nuages parmi le long et vaste espace

Tout nuancé de teintes d’arc-en-ciel.

Et quand un souffle d’air effleurait ce mirage,

La draperie entière remuait,

Ainsi que fils de vierge ou que léger plumage,

Et sous ce souffle à l’envi s'agitait.

11 ne manquait non plus un beau chœur de musique, Au son duquel de la procession Avec grâce avançait le ruban fantastique Qui de Cormac formait la vision.

Cette procession tantôt montait joyeuse Devers le ciel, et tantôt retombait En blanchâtres vapeurs sur la terre fumeuse,

Puis à nouveau revivait, s’éteignait.

Il cria hardiment : “ Le Christ sauve son âme I”

Et quand ce nom béni fut prononcé,

De hurlements, de cris une féroce gamme Y répondit, — puis tout fut effacé.

Le charme était rompu. — Maintenant à Marie Par lui rendue à la vie, à l’amour,

Le jeune et beau Cormac, nargue de la féerie !

Redit ses chants et la nuit et le jour !

Page 1