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voyons des choses pitoyables ; on nous en mande de semblables. .. La charité est refroidie, et il reste bien peu de foi dans le monde.” !

Le clergé du Canada avait évidemment beaucoup à faire ; mais il fut À la hauteur de sa tâche. L'auteur, déjà cité, des Mémoires sur les Affaires du Canada ne rend justice ni à M de Pontbriand, ni aux jésuites, ni aux récollets, ni aux sulpiciens de l’époque ; il n’y a que le séminaire et le curé de Québec, M. Resche, qu’il traite avec bienveillance. Voici ce qu'il dit des sulpiciens :

“ Le séminaire de Saint-Sulpice, haut et puissant, se regardait comme le souverain et l'arbitre du pays ; on ne pouvait ni agir, ni rien faire à Montréal que conformément À leurs idées ; censeurs du public, ils forçaient les particuliers À leur ouvrir leurs maisons, pour y voir ce qu’ils y faisaient; la nomination des curés de l’île qu’ils avaient leur rendait leurs vassaux soumis, avec lesquels ils agissaient en maîtres. Les généraux tremblaient sous eux, redoutant leur crédit en France, dont ils faisaient usage dans les occasions.”

De ce passage, en dépit du mauvais esprit qui l’anime, il résulte clairement que les sulpiciens avaient beaucoup de zèle et d'autorité, et qu'ils jouissaient À Montréal d’une grande influence ; ce ne pouvait être qu’au bénéfice des bonnes mœurs et pour le bien de la colonie.

Is avaient la charge non seulement de la ville, mais de toute l’île de Montréal ; leur ministère était actif, laborieux.

Lorsque l'abbé Picquet arriva au Canada, en 1734, le vénérable M. de Belmont n’était plus. [était mort le 22 mai 1732, à l'âge de 87 ans, et avait été remplacé comme supérieur L du séminaire de Montréal par M. Normant de Féradon. # M. de Belmont gouverna pendant plus de trente ans, dit M. de Latour, avec un zèle et une sagesse qui le firent estimer de €

6 tout le monde.” ? r ne M. Picquet demeura cinq ans à Montréal, travaillant en commun avec ses confrères du séminaire à la desserte de la ville et des paroïsses environnantes ; puis en 1739 il fut envoyé par ses supérieurs à une mission plus en rapport avec ses goûts et les heureuses dispositions que la Providence lui avait départies.

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Il y avait au sud de Montréal, de l’autre côté du fleuve, une magnifique mission de sauvages domiciliés et sédentaires: la mission de Caughnawaga. On y compta jusqu’à trois cents guerriers iroquois. Elle était sous la direction des pères jésuites. Il y avait un fort, une église, et un magasin où les sauvages pouvaient se procurer tous les objets dont ils avaient besoin, sans être obligés d'aller à Montréal. Les missionnaires tenaient en effet à ce que leurs néophytes allassent le moins souvent possible à la ville, où ils avaient trop facilement l’occasion de se procurer de l’eau-de-vie, ce poison funeste qui leur était si dommageable. On fit beaucoup de bruit, dans le temps, au sujet de ce magasin, que tenaient les demoiselles Desaulniers, sous prétexte qu’elles faisaient un commerce de contrebande avec les Hollandais

d’Albany, auxquels, disait-on, elles revendaient le castor qu’elles traitaient avec les sau-

. , ù e À € 1 vages Les choses allèrent si loin que M. de la Jonquière, gouverneur du Canada, crut

! Lettres de la R. M. Marie-André Regnard Duplessis de Sainte-Hélène, publiées par M. l'abbé Verreau dans la 1 Revue canadienne, t, xii.

? Mémoires sur la vie de M. de Laval.

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devoir faire fermer ce magasin et passer en France les demoiselles Desaulniers, ainsi que le P, Tournois, qui était alors directeur de la mission.!

De l’autre côté de Montréal, au Sault-au-Récollet, se trouvait une autre mission de saurages sédentaires ; il y avait en 1716, cent cinquante guerriers iroquois, algonquins et hurons, Cette mission, commencée en 1696,° appartenait aux sulpiciens. Le séminaire de Montréal y avait fait construire une belle église en pierre.’

En 1714, les sulpiciens demandèrent à la cour de France, par l'entremise de M. T'Echassier, supérieur de Paris, que la mission fût transportée au lac des Deux-Montagnes ; et il fut convenu, en effet, “ qu’il était nécessaire pour le bien de l’île de Montréal, et la mettre à couvert des insultes des autres sauvages, en cas de guerre, de placer cette mission à l’endroit demandé.” *

Le gouverneur, M. de Vaudreuil, et l’intendant Begon signèrent le 17 octobre 1717, en faveur des sulpiciens, l’acte de concession du terrain du lae des Deux-Montagnes ; cette concession fut confirmée par le roi le 27 avril 1718, et enregistrée au Conseil supérieur de Québec le 2 octobre 1719.

La mission du Sault-au-Récollet fut elose en 1721, et transférée alors au lac des Deux- Montagnes. Les sulpiciens se hîtèrent d’y organiser tout € qui était nécessaire pour l’installation de leurs néophytes. On y construisit un fort et une église en pierre.’

C’est à cette mission du lac des Deux-Montagnes que M. Picquet fut envoyé en 1739. Ily resta dix ans.

Ceux qui ont visité le lac des Deux-Montagnes n’ont pu s'empêcher d'admirer cet endroit enchanteur, cette belle nappe d’eau, sillonnée par les vaisseaux qui descendent ou remontent l'Ottawa, ce superbe établissement d’'Oka,” gracicusement assis au pied de collines verdoyantes, et derrière ces collines’ les deux montagnes, bien garnies de boïs sains et

touffus, qui ont donné leur nom au lac et à toute la contrée avoisinante : sur le sommet d'une de ces montagnes, se dessine un petit groupe d’ermitages, dont l’éclatante blancheur rayonne sur la sombre verdure de la forêt ; le touriste, en les apercevant de loin, se rappelle

involontairement le célèbre pèlerinage de la Madonna del Sasso, À la tête du lac Majeur :

! M. Duquesne, successeur de M. de la Jonquière, écrivit plus tard au ministre pour lui demander de renvoyer à la mission du Sault-Saint-Louis le P. Tournois qui l'avait si bien dirigée. (Rapport sur Les archives du Canada, 1887, p. clxv.)

? Note de M. l'abbé Cuoq, prêtre de Saint-Sulpice, et membre de la Société royale, à l’auteur.

# Il y possède encore un domaine.” (Ibid.).

* Arrêt du Conseil de marine sur le changement proposé pour la mission du Sault-au-Récollet, 31 mars 1716 Archives dé l'archovéché de Québec.

® Le fort tait sur la pointe qui s'avance dans le lac, à l'endroit où s'élève la maison des messieurs de Saint- Sulpice : une partie des murs a été conservée dans la construction de cette maison. Il était de forme quadrangulaire, et renfermait une partie de ce qui est aujourd’hui le jardin. Une nouvelle église a remplacé l’ancienne gui est devenue la proie des flammes en 1877 : elle est de style roman.

® Le nom d’Oka a été donné à la mission du lac par M. l'abbé Mercier, lorsqu'il en était le directeur, en 1867 Oka est un mot sauvage, qui veut dire poisson doré.

? Ces collines, formées do sable aride, et minées sourdement par l’action de l’eau qui descend des montagnes, menaçaient, il y a quelques années, de se désagréger, et le sable envahissait déjà le village, lorsque M. l'abbé Lefebvre, le curé actuel d’Oka, proposa à ses confrères de Saint-Sulpice un moyen d'arrêter le fléau, Le séminaire de Montréal souscrivit généreusement à sa proposition. Dans l’espace de quelques semaines, plus de cinquante mille arbres, pins, cèdres et épinettes, furent plantés sur ces coteaux sablonneux ; puis, entre les rangées d’arbres bien alignées, on sema à profusion de la graine de mil et de trèfle. Le sol, désormais protégé contre le vent et consolidé par les racines des arbres, se couvrit bientôt d’un gazon vigoureux. Les collines autrefois dénudées sont

maintenant revêtues d’une riche verdure; et tout danger de désagrégation a disparu, Jamais l'ancien adage ne s’est n.ieux vérifié : Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.

ce sont les chapelles du Calvaire, qui doivent leur existence à M. Picquet ; témoins vivants de sa foi, de sa religion, de sa piété, elles perpétuent le souvenir de son nom et proclament bien haut son zèle éclairé pour la civilisation des sauvages.

Pour le but que l’on voulait atteindre, former une mission de sauvages sédentaires, et y attirer le plus de sauvages possible, afin de les christianiser, on ne pouvait choisir un lieu plus favorable que le lac des Deux-Montagnes, car il se trouve précisément sur le chemin que suivaient les Algonquins, les Nipissings et les Hurons J:rsqu’ils descendaient pour la traite à

Montréal ou à Québec. M. Picquet les guettait au passage, les attirait à lui, les engageait :

rester plusieurs semaines à la mission, et leur enseignait les vérités de la religion, Il ne se passait pas d'année qu'il n’en baptisât trente ou quarante.

Il s’efforçait aussi de les faire renoncer à leur vie errante et vagabonde, Il réussit à en fixer un grand nombre, et leur apprit à cultiver la terre.

Il attira aussi beaucoup d’Iroquois ; de sorte qu’il eut bientôt À Oka quatre petits villages de sauvages différents. Il fit entourer ces villages de fortes palissades de cèdre, qu'il flanqua de redoutes ; sous la protection du fort de la mission, les néophytes de M. Picequet purent se livrer à la culture de leurs terres sans avoir À craindre les attaques de leurs ennemis.

“ On ne saurait dire, écrit l’abbé Cuoq, tout le bien qu’il fit au lac des Deux-Montagnes durant les dix années qu’il y fut missionnaire, IL électrisait les sauvages par sa parole de feu, par sa verve poétique, et l’on chante encore les cantiques qu’il a composés.”

Par les sauvages qui fréquentaient la mission du lac des Deux-Montagnes, M. Picquet était au courant de tout ce qui se passait même dans les endroits les plus reculés de la cotonie, “Il fut des premiers, dit Lalande, à prévoir la guerre qui s’alluma entre les Anglais et les Français vers 1742... Ses sauvages faisaient tous les détachements qu’il leur demandait. Ils étaient continuellement sur les frontières pour épier tous les mouvements des ennemis.” M. Picquet connaissait ainsi les agissements des Anglais, et en prévenait le gouverneur, qui se tenait alors sur ses gardes.

La prise de Louisbourg en 1745 jeta la consternation dans le Canada. On craignait beaucoup que les Anglais, profitant de leur victoire, ne se rendissent jusqu’à Québec. On craignait surtout que les sauvages, se rangeant comme d'habitude du côté du plus fort, ne se tournassent contre la France et ne fissent quelque mauvais coup. “M. Picquet, dit Lalande, répondit de cette partie.” Il sut nous garder l’amitié des sauvages, même des roquois.

La guerre, cependant, continuait entre l'Angleterre et la France. Ta flotte du duc d’Anville, destinée À reprendre Louisbourg, avait été détruite. M. de la Jonquière, nommé gouverneur du Canada, venait d’être fait prisonnier par les Anglais ; et M. de la Galissonière était nommé, à sa place, administrateur de la colonie.

Dans l'été de 1747, M. Picquet descendit à Québec avec soixante guerriers iroquois. Il voulait les mettre en rapport avec le nouveau gouverneur, M. de la Galissonière, croyant sans doute que rien n’était plus propre à attacher ces sauvages à la France, que de leur faire

1 Il y en a sept, mais on ne voit de loin que les trois dernières : les quatre autres sont perdues dans la forît le long du chemin qui conduit au sommet de la montagne. Ce sont de petits ermitages de forme quadrangulaire, en maçonnerie blanchie à la chaux. M. Picquet avait fait faire en Europe sept tableaux représentant autant de scènes de la Passion, et en avait placé un dans chacune de ces chapelles Mais comme ces toiles, d’un grand prix, se détérioraient, on les a transportées dans l’église du village et remplacées par d’autres peintures non moins propres à exciter la piété populaire. Tous les ans, durant la saison de l'été, mais surtout le jour de l’Exaltation &e la sainte Croix, des milliers de personnes font le pèlerinage du Calvaire, au lac des Deux-Montagnes : il y a pour ce pèlerinage une indulgence plénière que M. Picquet lui-même obtint du souverain pontife.

L'ABBÉ PICQUET 9 ns vivants 4 connaître cet homme distingué, ce savant remarquable, ce militaire intrépide qu’elle nous roclament 4 avait envoyé. Sa démarche fut couronnée d’un grand succès, Les Troquois furent enchan-

tés de l'accueil qui leur fut fait à Québec; ils jurèrent fidélité à la France; et lorsque plus

taires, et y tard ils retournèrent dans leur pays ils nous recrutèrent bon nombre d’alliés,

sr un lieu 1 A Québec, M. Picquet ne s'appliqua pas seulement À faire de ces Iroquois des amis chemin que dévoués à la France, il travailla aussi à en faire de bons chrétiens, et employa à les évangér la traite à liser tout le temps qu'il demeura avec eux. Mais laissons parler ici MM, de la Galissonière engagenit à et Hocquart ; leur lettre au ministre de la marine ne fait pas moins leur éloge que celui de n. Jnese » L'abbé Picquet :

& Il est À propos, monseigneur, que vous soyez informé que, pendant le long séjour que

réussit à en les députés des Cing-Nations ont fait à Québec, M. Fabbé Picquet, missionnaire du lac des

Deux-Montagnes, a profité des dispositions où il les a trouvés d’embrasser le christianisme, etits villages en leur faisant régulièrement, et chaque jour, dans la chapelle Saint-Roch, des instructions qu'il flanquit publiques, suivies d’une prière, à la portée de cette espèce de catéchumènes, I y a lieu d’être net purent se surpris d'une pareille assiduité de le part de ces sauvages; quoiqu'ils soïent capables d’une emis. grande dissimulation, quelques-uns donnent lien de croire qu'il y aurait de la sincérité dans x-Montagnes leur conduite, Vous verrez par leurs paroles jointes à notre journal, qu'elle paraît soutenue ; r sa parole de Pavenir nous le fera connaître encore mieux. ») : “ Le sieur Picquet prépare l'ouvrage depuis longtemps avec beaucoup d'adresse et de . M. Piequet le. Il a dans le village des Cinq-Nations quelques-uns des sauvages du lac, des plus sages, jés de la colo- ét qui lui sont aftidés, dont il se sert pour gagner les autres. Nous l'avons encouragé À les Anglais et suivre ce qu'il a commencé, et il se flatte du succès, eur demandait. # Cet ecclésiastique est parfaitement désintéressé, et emploie une partie de son revenu , des ennemis.” pour l'exécution de son projet. C’est de nous-mêmes que nous vous proposons,monscigneur, rouverneul, qui de demander pour lui à Sa Majesté une pension sur les bénéfices de 6 à 800 livres : il n’en

peut faire qu'un bon usage et que pour une fin très convenable.” !

On craignait

’À Québec. On *x** 1 plus fort, ne se [l est évident que l'abbé Picquet, durant son séjour À Québec, avait fait une excellerte et, dit Lalande, impression à M. de la Galissonière, De son côté, le gouverneur avait dû laisser dans l'esprit les Iroquois. du digne sulpicien une haute idée de ses talents et de ses capacités administratives, La flotte du due En arrivant au Canada, M. de la Galissonière vit tout de suite le côté faible de la colonie, mquière, nommé La France prétendait, et avec raison, à la possession de tout le territoire américain qu’elle + M. de la Galis- avait découvert, Etait-ce en vain que les Champlain, les Nicolet, les Jolliet et les Marquette, . les Cavelier de La Salle, et tout récemment (1743) les Varennes de la Vérandrye avaient riers iroquois. Jl ù parcouru ce vaste territoire, au prix de fatigues et de dangers incroyables, avec une ardeur susonière, croyant et une intrépidité qui nous étonnent, et qui n’excitèrent pas moins l'admiration de leurs , que de leur faire contemporains que, de nos jours, les courses de Stanley et de Livingstone À travers Hire l'Afrique n’ont excité la nôtre?

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La France prétendait avoir droit à tout le territoire qui s'étendait depuis les Alléghanys “jusqu'aux montagnes Rocheuses. Oui; mais elle avait oublié de prendre efficacement pos-

Ha toiles, d'un grand session de ce vaste domaine, Quels établissements avait-elle, par exemple, dans la grande D caiHtATER non moins vallée de l'Ohio on Belle-Rivière ?

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Montagnes : il Y a pour 1 Lettre inédite de MM. de la Galissonière et Hocquart au ministre, 18 octobre 1747. Archives de l’archeo. vêché de Québec.

Sec. I, 1894. 2.

Et voilà que les Anglais, qui avaient laissé nos hardis découvreurs arpenter les régions de l’ouest, et étaient restés tranquillement sur les bords de l'Atlantique, commençaient À sortir de leur étroite demeure, et à déverser le trop plein de leur population de l'autre eôté de la chaîne des Alléghanys !

M. de la Galissonière aurait vor que la France envoyât immédiatement des colons en grand nombre, au moins une dizaine e mille, dans la vallée de l'Ohio, et que l’on se hâtit d'y construire quelques forts, comme on fut obligé de le faire quelques années plus tard sous le coup de la grande nécessité,

En attendant, il fit ce qu'il put par lui-même, et chargea M. Céloron de Blainville, à la tête d’un détachement de Français et de sauvages, d'aller prendre possession de cette vallée, en y plantant de distance en distance des plaques de métal sur lesquelles étaient gravées les prétentions de la France. Le P. de Bonnécamps accompagna l'expédition, et tint, à l'occasion de ce voyage, un journal très intéressant, dont je me propose de rendre compte À une autre réunion de la Société royale, L'expédition eut lieu en 1749,

M. Picquet, de son côté, proposa à M. de la Galissonière d'aller fonder, à l'embouchure de la rivière Souékatsi,! un établissement qui pût faire contrepoids à Oswégo. Les Anglais avaient profité du traité d'Utrecht, qui déclarait les Iroquois des Cinq-Nations sujets de la Grande-Bretagne, pour établir sur la rive sud du lac Erié ce fort, qui était une menace perpétuelle contre les Français. % La route, dit Lalande, que Fabbé Piequet avait vu prendre aux sauvages et aux partis ennemis que les Anglais envoyaient sur nous, lui fit choisir un poste qui pât à l'avenir interecpter le passage des Anglais.”

Le gouverneur et le ministre de la marine entrèrent tout à fait dans les vues de M. Picquet, et avec le consentement de ses supérieurs ecclésiastiques il fut chargé de lentreprise,

M. Picquet était allé à Souékatsi dans l'automne de 1748 : il avait pris connaissance du lieu, et étudié les avantages qu'il offrait pour le but qu'il avast en vue, Il y retourna de bonne heure, au printemps de 1749, et fonda sa mission, !

* Jean-Baptiste Céloron de Blainville. Le récit de son voyage est intitulé : “ Journal de la campagne que moi Céloron, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, commandant un détachement envoyé dans la Belle- Rivière par les ordres de M. le marquis de la (ralissonière, commandant général de toute la Nouvelle-France et Pays de la Louisiane, etc.” De retour de son voyage, il se rendit au Détroit, dont il avait été nommé commandant l’année précédente. (Montcalm and Wolfe, t. 1, p. 76).

En 1750 et 1751, on le trouve commandant au fort de la Présentation. (Registre de la Présentation).

Il était marié à Sasanne Piot de L'Angloiserie, Sa fille Louise- Susanne épousa, le 9 nov. 1651, M. de Rigauville. Dans l’acto de mariage, M. Picquet écrit : “ Vu la permission accordée par M. le marquis de la Jonquière, gouverneur général du Canada, au sieur de Rigauville, enseigne d’infanterie, fils de feu Nicolas-Blaise de Rigauville, capitaine, et de feue Dame Marie-Françoise Pachot, de se marier à la Présentation avec Demoiselle Louise-Susanne Céloron de Blainville, fille de sieur Je de Blainville, lieutenant d'infanterie, commandant au fort de la Présentation, et de Dame Sus gloiserie......”

an-Baptiste Céloron anne Piot de L’An-

* Relation du voyage de la Belle-Rivière fait en 1749 sous les ordres de M. de Céloron, * Appelée maintenant Oswégatchie.

Le premier juin 1749, comme il appert par cette inscription latine, qui se lit en tête du Registre de la Présentation :

“In nomine Domini Dei omnipotentis, individus Trinitatis, ad prop

nel agationem divini imperii Domini Nostri Jesu Christi, Sanctissimæ ipsius Sponsie Ecclesisæ, necnon regni 1

audovici decimi quinti Regis dilectissimi Christiaann0 À Christo nato millesimo septingentes'mo quadragesimo Summo lontifice Benedicto decimo quarto ; Quebecensi episcopo Henrico-

nissimi ; ad salutem barbararum Americiæe gentium, nono, primä die junii : Marià de Pont-

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Il lui donna le nom de la Présentation, en l'honneur, sans doute, du jour où, chaque année, les prêtres de Saint-Sulpice renouvellent solennellement leurs promesses cléricales, “et ce choix fut approuvé de ses supérieurs.” !

Voici en quels termes il rendait compte, l'année suivante, À M. de la Galissonière, de son voyage, de ses travaux à la Présentation, de ses espérances, de la situation de son établissement, On remarquera les propositions qu'il faisait au gouverneur pour lPamélioation de la navigation dans les rapides du Saint-Laurent : ces propositions ne sont pas d’un homme ordinaire, et dénotent un esprit pratique :

“ Voici en substance, monsieur, ce que j'ai déjà eu l'honneur de vous écrire dans plusieurs lettres successivement, que M. de Beaudicourt ? m'a dit que vous n’aviez pas reçues.

“Je partis de Montréal, comme vous le savez, le 9 mai, bien charmé, en m'éloignant, quelque stoïcien que je sois, de ne plus entendre les mauvais raisonnements que certaines personnes faisaient contre mon entreprise,

“Je passai par le lac des Deux-Montagnes pour y prendre ma chapelle et mes hardes, et j'y appris que les gens du Sault-Saint-Louis n'avaient eu pour objet dans l'alarme qu'ils donnèrent ce printemps, que de m'empêcher de suivre ma route. Je ne crois pas, quoi qu’on puisse dire, que personne leur ait inspiré cette manœuvre: les sauvages sont assez coquins, étourdis ou bêtes, pour faire de leur tête de pareilles affaires, comme cela s’est vu pendant la guerre.

“ Je ne parlerai point des mauvais raisonnements que des envoyés sauvages de Lachine vinrent faire aux Iroquois des Cinq-Nations qui étaient au lac, ee qui les a empêchés de monter avec moi, ni des motifs de crainte que les Français et sauvages voulaient jeter dans

briand ; totius Nov Francis Gubernatore DD. de la Jonquière ; et, ipso absente, jussu regis duce generali ejusdem Coloniæ tempore belli DD, de la Galissonnière; et rei judiciariæ, civilis disciplinæ et rei ærarit præfecto DD. Bigot; sub tutelà Beatiss'ma Dei genitricis Mariæ Virginis, Beatorum Archangeloram Michaelis, Gabrielis et Raphaelis, Angeloramque Custodum, Beatorum Joannis Baptistt et Joseph, Sanctorum apostolorum Petri, Pauli et Joannis Evangelistie ac Sancti Francisci Salesii, novie habitationi vulgo dictæ à barbaris Soégatsi et à Gallis La Présentation initia dedit Franciscus Picquet, presbyter.”

Cette inscription latine est précédée d’une note qui est comme le titre du Registre :

“ Registre où sont écrits les Baptèmes et les Sépultures de la mission de la Présentation, coté, paraphé et commencé à être mis en usage par moy prêtre soussigné, missionnaire des sauvages, qui ay conçu le projet de ce nouvel établissement, l’aÿy mis au jour, formé et affermi autant qu’il a été en mon pouvoir, malgré les contradictions presque générales des principaux habitants de la cclonie, surtout de certains interprètes des commissaires de Montréal, gouverneurs et des autres officiers des trouppes, et des missionnaires de différentes missions, mais protégé par M. le comte de la Galissonière, commandant général du Canada, et M. Bigot, intendant, l’an mil sept cent quarante-neuf, pour la plus grande gloire de Dieu et le salnt des sauvages. (Signé) François Picquet, prôtre.”

Le premier acte du Registre est du 9 janvier 1750; le dernier, du 23 juillet 1760. 11 y a, en tout, 409 baptêmes et 56 mariages.

À partir du 10 nov. 1759, les sépultures se font “ dans la grande île des (ialops nommée l’île Picquet.”?

Dans ses différents actes, M. Picquet se nomme “ missionnaire de Saint-Sulpice, chargé du nouvel établissement de la Présentation ” ; ou bien, ‘‘ missionnaire des sauvages et des Français au nouvel établissement de la Présentation que nous avons formé ” ; ou “prêtre de Saint-Sulpice, missionnaire des sauvages et des Français au nouvel établissement de la Présentation que nous avons formé et dont nous sommes chargé pour le Roy ”; ou encore, “ prêtre de Saint-Sulpice, missionnaire du Roy, qui avons établi cette mission, chargé pour le Roy de ce nouvel établissement, et supérieur de la dite mission nommée La Présentation ” ; ou enfin ‘‘ missionnaire du Roy, prêtre de Saint-Sulpice, supérieur de la mission de Soégatsi.”

1 Note de M. l'abbé Cuoq, à l’auteur.

?4(M. Drouët de Beaudicourt, lieutenant d’infanterie et commandant audit poste (de la Présentation).” (Registre de la Présentation, acte du 9 janvier 1750). Céloron de Blainvilie le remplaça comme commandant de la Présentation ; et M. de La Périère succéda à Céloron. (Ibid. acte du 7 oct. 1753.)

mon cœur pour me faire relâcher. M. de la Morandière vous en aura déjà suflisamment informé,

‘Je me mis done en marche pour monter les rapides avec vingt-cinq Français et quatre sauvages, et j'arrivai heureusement le 30 du mois de mai au lieu de ma destination, à la rivière de la Présentation, que les sauvages nomment dans leur langue Soégatsi.

“Il ne s’est rien passé, dans tout mon voyage, qui soit digne de votre attention. Jai seulement examiné attentivement la nature des rapides de la rivière du fort Frontenauc," si importante aux Français, surtout pour nous conserver la possession du lac Ontario, sur lequel les Anglais ont des veux d'une concupiscence extrême,

Jai reconnu, monsieur, qu'il ne serait pas bien difficile de rendre cette rivière plus praticable au'elle n'est, et qu'un homme entendu, avee six bons travailleurs, pourrait dans

un été ôter au moins les dangers d'y périr, qui s'y trouvent dans plusieurs endroits, pour les bateaux du roi et les canots des voyageurs.

“ Les principaux rapides sont les Cascades, le Trou, le Buisson, le Coteau-des-Cèdres et les Cèdres, le Cotcau-du-LPac, les Mille-Roches, le Moulinet, le Long-Sault, le Rapide plat et les Galops ; les moins dangereux sont la Pointe-au-Diable, celle À Colas, et celle Cardinal, d'autres petites pointes À peu près de la nature de celle-ci,

“ Les plus à craindre pour la vie des canotiers et la perte des canots sont le Trou, qu'il serait aisé de rendre praticable en faisant un chemin le long de terre, le rocher étant fendu en plusieurs endroits, et n'y ayant presque que des grosses pierres que l’on pourrait frfe tomber dans le fond du trou sous la chute d'eau qui pourrait ainsi s'aplanir ;

“ Le Buisson, où lon à déjà fait un eanal dans le roc, mais qu'il serait nécessaire de eren: ser encore un pied, afin qu'on y puisse passer dans les eaux basses, ce qui paraîtrait facile, À cause que le rocher se peut lever par banes en bien des endroits, et que le passage n'est pas long ;

“Le Coteau-du-Lae, où récemment le bateau de M. de Joncure a péri, et un jeune homme, L'on peut aisément pratiquer un passage entre la terre et les chutes, et former un chemin jusqu'au-dessus des îles à dix où douze arpents plus haut que le Coteau, pour éviter l'endroit qui est précisément au-dessus des chutes, et par où il faut nécessairement passer avec les bateaux où les grands canots des voyageurs; et si par malheur lon y fait la moindre manœuvre, lon est perdn sans ressource,

“ Le Long-Sault a ses dangers, et il est facile d'y remédier en pratiquant un chemin le long de la côte ; pour une demi-journée que j'y ai fait travailler mes hommes en y passant, tous ceux qui y ont monté cette année Pont trouvé fort praticable,

«Tous ces rapides sont comme le sépulere des VOVAD'eUrs,

Les autres, moins considérables, peuvent bien sadoucir en pratiquant des chemins k

long de la côte, et en coupant avec soin tous les arbres qui les embarrassent,

Un homme judicieux, entendu, et appliqué à cette œuvre, trouvera infailliblement le moyen de rendre pratieable cette rivière, occasionnera ainsi létab

lissement des terres magnifiques que l’on y voit de tous côtés,

soit dans les îles, soit dans les côtes du nord et du sud. “ Et afin que le roi ne crée pas un nouveau fond pour cette dépense, il n°

6 st point de bourgeois de canots qui ne donnât À sa part une pistole

, Chaque engagé uu éeu, et chaque bateau du cent une pistole, ce qui ferait, suivant une supputation, la somme de mille écus, ce

qui ferait les gages des travailleurs, Le roi pourrait donner cent pistoles À l'entrepreneur,

Montréal au fort Frontenac (Kingston).

| Il appelle ainsi la partie du Saint-Laurent qui va de

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