‹ Le fondement de la moraleChapitre 17 sur 81 · LES FORMES D^RIVÉRS DE LA MORALE SELON KANT · texte numérisé non relu

LES FORMES D^RIVÉRS DE LA MORALE SELON KANT

pense, avant que la question ait pu pénétrer jusqu'au tribunal du bon sens proprement dit ; il cbercbe donc à nous mener comme il convient pour ses desseins, sans même en avoir conscience : bien pins, il se figure parler d'après ce qu'il voit, au moment où il parle selon ce qu'il veut ; c'est à ce point, qu'il peut aller jusqu'à mentir, au pied de la lettre, sans s'en apercevoir. Tant la volonté est toute- puissante sur l'intelligence. Aussi, veut-on savoir si un homme parle d'après ce qu'il sait ou d'après ce qu'il désire ? il ne faut pas s'en remettre au témoignage de sa conscience à lui : c'est à son intérêt que d'ordinaire il faut regarder. Prenons un autre exemple : imaginons un homme serré de près par ses ennemis, dans les angoisses suprêmes ; il rencontre un marchand ambulant ; illui demande s'il sait un chemin de traverse : rien d*étonnant si ce marchand lui réplique : < N'avez-vons rien à m'acheter ? > — Certes on ne peut dire qu'il en soit toujours ainsi : il arrive presque à tout homme de prendre part directement au bonheur et au malheur d'autrui, et, pour parler comme Kant, de voir en autrui une fin et non un moyen. Cependant c'est là une pensée plus ou moins familière ou étrangère à chacun, de traiter les autres, non plus ainsi qu'à l'ordinaire comme des moyens, mais comme des fins : et de là les grandes différences que l'on trouve, en morale, entre les divers caractères. Maintenant, d'où dépendent ces faits ? le savoir, ce serait connaître le fondement vrai de l'éthique, celui que je chercherai dans la partie suivante de cet écrit.

Ainsi Kant, dans la seconde formule, nous a signalé Tégolsme et son contraire, à l'aide d'un trait des plus caractéristiques ; c'est là un point brillant dans son œuvre ; et je l'ai mis en évidence d'autant plus volontiers que, désormais^ je ne pourrai

pas laisser grand'chose debout de tous les fondements de son éthique.

Kant a donné à son principe de morale une troisième et dernière forme : c'est l'Autonomie de la volonté ; « La volonté de tout être raisonnable est nm législatrioo universelle pour tous les

M LU FONDliaSNT DE LA MOEALB.

ètrei reitonnablei. » Sans dntite, c'est ce qui résulté de la première formole. Mais de celle-ci, voici ce qni snit (voir pour s'ei éclairer p. 71, R. 60): le caractère spëcifiqae propre de Tlmpéntif catégorique, c'est que la volonté, en se déterminant par devoir, abdiqué tout intérêt»

Dn coup, toni les principes moraux antérieurs sont minés < car à tonte action ils donnent ponr principe en gnise de jon: ou d'aignillon, nn intérêt, quê cet intérêt d'ailleurs soit propre " V agent, ou étranger, > (p. 73, B. 62) (On étranger, notez bien iv point). « An contraire une volonté qui agit en législatrice mi verselto commande an nom dn deiooir, et commande des actes qn' n'ont rien d voir avec l'intérêt. Réfléchissez d'abord à ce que ceh peut bien signifier : rien de moins qu'un acte de volonté sain motif, un effet sans cause. Intérêt et motif sont denx termes identiques : l'intérêt; n'est-ce pas « quod mea interest » ,ce qui m'est avantageux ? £t n'est-ce pas là ce qui, en toute occasion, excite, met en jeu, ma volonté? Qu'est-ce dès lors qu'un intérêt, sinon l'action d'un motif sur la volonté? Là où il y a un motif pour mettre en jeu la volonté, il y a un intérêt ; et s'il n'y a pas de motif, elle ne peut pas plus agir, qu'une pierre ne peut, sans être poussée ni tirée, changer de place. Ce sont là choses qu'on n'a pas besoin de démontrer à un lecteur instruit. Or il s'ensait que. nulle action ne pouvant se passer d'un motif, toute action suppose un intérêt. Kant, lui, pose une seconde espèce» et toute nouvelle, d'actions : celles qui se produisent sans intérêt, c'est-à-dire sans motif. Et ces actions, il faudrait que ce fussent celles qu'inspirent la justice et la charité I Pour renverser tout ce monstrueux échafaudage, il suffît de réduire les idées à leur sens propre, qne Ton masque en jouant sur le mot intérêt. -^ Kant n'en célèbre pas moins (p* 74 ss. ; B. 62) le triomphe de sa doctrine de Tautonomie : il nous crée une utopie, séjour de la moralité, sous le nom de Royaume des Fins: il est peuplé de pures essences raisonnables, in abstraeto, qui toutes et chacune veulent perpétuellement, sans vouloir aucun objet quelconque (en d'autres termes^ sans

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