G. Richard, Origine de l'idée de droit, p. v: ex
2. Krause : le droit est relativement indépendant, bien qu'en rapport intime avec la religion et la morale; il est issu d'un ordre divin inhérent aux rapports de la vie, ordre qui doit être connu par la raison et réalisé par la liberté; c'est une idée éternelle, mais qui doit se rattacher aux conditions de cette vie universelle, telles qu'elles résultent de l'histoire. (Ahrens, EncycL Jur., t. I, p. 84.)
contenu et leurs caractères intrinsèques, en deux grandes catégories. Le droit qui, de l'aveu de tous, sort de notre esprit, s'y trouve, suivant les uns, (( comme au fond d'une impasse )), tandis que, selon d'autres, il provient du monde extérieur, où il possède une réalité objective. Les écoles de la volonté ou arbitraires, sans affirmer qu'il soit une pure convention ni une création ex nihilo, soutiennent que son objet ne possède pas une nécessité absolue, parce que la nature ne le connaît pas et qu'il ne préexiste pas au commandement soit divin, soit humain^ unilatéral (autocratie) ou bilatéral (contrat social). Les théories du droit cosmique ou ontologiques le douent d'une existence réelle dans le monde extérieur, où elles prétendent seulement le découvrir par observation, soit interne (à la façon du spiritualisme), soit externe (suivant les écoles historique et positiviste) ^
Cette répartition n'est pas complète, parce que sa base n'est pas assez vaste : on n'est pas certain que l'école rationaliste entre dans la première série; et la tendance esthétique, qui est concevable dans le droit, ne rentrerait ni dans l'une ni dans l'autre ou bien elle rentrerait dans toutes deux. — Si on s'attache à classifier les systèmes d'après leur méthode, on réserve le nom d'école positive ou expérimentale (y compris l'utilitarisme) à celle qui donne la préférence à l'observation, — historique à celle qui compare les divers peuples dans le temps et l'espace, — idéaliste ou rationnelle à celle qui a surtout recours à la réflexion, au raisonnement -.
Il s'en faut que des cloisons étanches séparent ces groupes ; leur influence réciproque établit des types intermédiaires, des métis, à côté des purs. Qu'on se garde de croire que tout dépende de la méthode: Aristote, Machiavel, Montesquieu, ont « observé )>; Rousseau et Hobbes sont parvenus par la déduction à des conclusions diamétralement opposées.
Les simples tendances, qui fournissent les indications les plus vagues, offrent par là même la base la plus large de distribution : la vision gagne en ampleur ce qu'elle perd en précision ; du moins donnet-elle une vue d'ensemble. Le merveilleux fournissait aux primitifs un critérium simple et commode de la justice ; il ne perd jamais ses droits : aujourd'hui il essaie d'accommoder à sa fantaisie les conclusions les moins hypothétiques de la science. Si l'humain n'a pas tué,
1. Picard, ih., p. 361, 363 s; ]>. 380: grands noms qui illustrent chacune de ces théories. — Jellinek, System der si/bj. o/jf. Redite, ±'^ éd., p. 42: 1° in dem Willen, 2» in der dem Willen gegeniiberstehenden Gûterwelt.
2. Gius. Carie, Vita del diritto, p. 338,342-446 (exposé). — Critique dans: Aguiléra, ib., p. xv.
r.LASSIFH ATION LOGIQUE 19
a achevé » le divin, mortellement atteint, les philosophes ont pourtant détrôné les dieux, réduits à la portion congrue : ils ont bâti leur idéologie sur des hypothèses, des affirmations aprioriques de la raison ou sur des généralisations abstraites. Maîtres de la Grèce antique et du commencement des temps modernes, réconfortés par Kant et le néo-Kantisme ou criticisme, les métaphysiciens à leur tour, menacés par Bacon et Descartes, attaqués par Comte, assistent au déclin de leur règne. Le /^osi///" triomphe i plus amplement que la très spéciale méthode positiviste. Sur des terrains limitrophes de l'hyperphysique et du physique se tiennent, en des attitudes différentes, la morale indépendante et l'école cosmologique, (lelle-ci, tout en se défendant du subjectif, transfigure pourtant l'objectif : elle s'en inspire, mais, comme certains peintres, elle prétend voir dans la nature ce qui échappe aux non initiés. Aux auteurs qui imaginent un homme libre, d'autres opposent que chacun n'existe que par la collectivité solidaire ; Comte, partant de l'être social, nie le droit et admet seulement des devoirs. L'histoire donne une notion plus juste, sauf quand elle prétend ne constater que des rapports de force. La psychologie et la sociologie se rapprochent davantage de la vérité, sauf lorsqu'un utilitarisme étroit, ramenant tout l'altruisme à l'égoïsme, donne pour guide exclusif l'intérêt personnel. Pourtant ce système défectueux nous conduit au seuil de l'évolutionnisme.
Il se trouve que cet enchaînement logique correspond à un enrjendrement chronologique et progressif: cette coïncidence n'a pas lieu d'étonner les adeptes de la doctrine transformiste. Partant du point le plus éloigné, notre exposé aboutira, par une voie parallèle, à la solution qui nous semble la meilleure. Etant donné le fait, conçu comme l'absence et non l'opposé du droit, nous examinerons si on l'a limité et si on doit le limiter. De la négation de l'idéal, nous rapprocherons les théories qui le cherchent là où il n'existe pas, à savoir dans les rapports du monde extérieur et en particulier dans les rapports de force, et celles qui se contentent de l'envisager lui-même comme une réalité donnée et d'en suivre le développement effectif. La réalité doit être modifiée, et la force dirigée par l'esprit, c'est-àdire par la volonté ou la raison : on a tour à tour attribué ce rôle aux dieux, puis aux hommes. A côté des systèmes aprioristes ou intuitionnistes, nous examinerons enfin les systèmes téléologiques, qui font du but le principe du droit.
1. S'élevant, au contraire, de la phy.sique des mœurs à leur métaphysique, M. Fouillée {Mor. cont., p. vu) suit la gradation inverse. P. 319 s: morale esthétique, qui confond bien et beau, et morale indépendante.
SECTION I Négation de l'Idéal.
Un coup d'œil superficiel, jeté autour de soi, convie à distinguer dans le monde un domaine où règne le fait pur et simple et un autre où tendent à se réaliser certaines idées qui portent sur un objet non pas actuellement existant, mais supposé et conçu comme désirable, comme « bien », comme juste : c'est le domaine effectif de la morale et du droit, qui sont précisément en question. Le vulgaire les accepte comme intangibles, mais devant la science rien n'est sacré ; elle ne réserve même pas, à la façon de Descartes, les a vérités nécessaires », avant d'appliquer un doute provisoire, libérateur du préjugé et avantcoureur de la connaissance du vrai.
Trois voies ont abouti séparément ou cumulativement à une négation définitive de V idéal chez quelques auteurs : l'introspection, l'affirmation purement subjective et instinctive du moi contre tout ce qui lui est étranger, contre le non-moi inorganique, organique ou social; l'observation, le raisonnement, la dialectique, l'examen critique de la notion ; un peu à l'opposé du premier procédé, la négation de la valeur du subjectif opposé à l'objectif, la capitulation du moi et de ses aspirations devant le fait, le positivisme absolu (à la différence de celui de Comte, qui admet le devoir), le réalisme.
I. — Chez Max Stirner *, les inclinations personnelles, les désirs, le souci de la commodité, protestent contre la gêne que procure toute loi, morale ou autre; mais cette révolte de Yégoïsme se couvre d'apparences logiques et de procédés dialectiques. En face des Absolus, le moi se dresse, négateur, destructeur, dissolvant. La conscience était à peine née, le moi formé, l'être humain surgi, que, semblant vouloir renoncer à soi, ils abdiquèrent devant des êtres imaginaires qui, pourtant, étaient leur création: dieux, bien, vertus. La poursuite de ces idéaux était aussi vaine que les sacrifices destinés à se concilier des divinités inexistantes: les valeurs absolues supposeraient un créateur et il n'en existe pas. L'homme ancien, au lieu de se prendre comme mesure, chercha un étalon en dehors de soi, et ce qui, au fond, possédait peut-être un prix relatif à lui, il le dénatura en lui
\. Der Einzige u. s. Eigenthum ; L'Unique et sa propr., tr. Lasvignes. — Laplaigne, Mor. d'un égoïste; Palante, Précis de sociol.