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FONCTION DES MOBILES ÉTHIQUES

par autrui.) Par leur côté négatif, ils renforcent les inhibitions, notamment chez les hommes impulsifs, insusceptibles d’éprouver assez fortement la crainte des sanctions, cachées, indirectes, lointaines, improbables : ils sont donc indispensables dans l'intérêt même des obligés. Sous les deux aspects, ces mobiles représentent des intérêts qu’on ne voit ou ne sent pas, qu’ils évitent de peser à chaque occasion ou dont 6n ne tient pas suffisamment compte ‘, tout cela parce que généraux, futurs, médials, hypothétiques, ou concernant autrui (notamment la descendance), ou parce que l’éventualité de succès ou d'échec paraît plus certaine qu’elle ne l’est, ou encore parce que notre désir ne se conforme pas au désirable, ou enfin parce que notre activité mentale n’est pas inépuisable et que la répétition du calcul et de la réflexion serait superflue.

Il nous reste à préciser d’où provient le défaut de coïncidence et de proportion entre la propulsion et la résistance psychiques et ce qu’il serait désirable qu’elles soient. C’est un des points les plus négligés de la question et il ne suffit pas d’y répondre que la sélection a conservé des variations avantageuses : il faut rechercher, ce qui en crée l’avantage et pourquoi elles ont une forme particulière.

Les desiderata auxquels répondent les divers correctifs moraux et juridiques ? résultent du contraste existant entre les conditions extérieures du développement humain et l’état psychologique de l’homme lui-même.

La fonction principale de ces sentiments a consisté, de tout temps,

coive la conséquence de sa conduite (Supra: Lévy-Bruhl). — Lazarus, Leben der Seele, t. III: Notre nature psychique perçoit fout acte humain accompagné d’un sentiment d’approbation ou de blâme.

4. Le Rôle de la G., p. 245, 256, 291, 314: les idées de droit et de devoir combattent l’attraction de plaisirs égoïstes, grossiers ou immédiats, à raison des conditions définitives de satisfaction. — Les chocs en retour sont graves surtout si les victimes ne restent pas réduites à leurs forces personnelles, si elles sont conscientes de leurs droits et de la nécessité de les soutenir énergiquement. Du moins l'infraction fait courir des risques, destructeurs de sécurité, c’est-à-dire de tranquillité et de prospérité. De plus les excès individuels entraînent le désordre du groupe, dont chacun souffre et dont l’auteur est souvent puni.

2. Garactérisés par l’idée de désirabilité., La même explication vaut pour le droit et le devoir; nous ne chercherons pas lequel est né le premier. Elle s’étend aux sentiments d’honneur et de honte, de mépris, au désir de gloire, à la vanité, et à toutes ces armes morales — haine, soif de vengeance, bienveillance... — qui renforcent de même la tendance à agir ou à réagir et qui sont les succédanés d’autres mobiles (notamment du calcul de l'intérêt). Sans elles, l’homme, qui se demande s’il doit réprimer les lésions, secourir son compagnon, etc... et qui ne peut en calculer toutes les conséquences, serait bientôt éliminé.

mais plus ou moins habilement, à découvrir et à remplir les conditions du développement individuel et social . Pour chaque sujet, ils tendent à l’équilibration normale des actions et réactions entre le moi et le non-moi. Ils encouragent à l’action les inertes, au calme les impulsifs, mais tout en tenant compte des tempéraments, eux-mêmes conditionnés par les. exigences de la vie personnelle. En un mot, ils réagissent contre l’état de fait, mais en le prenant en considération et dans la mesure des possibilités.

En général on ne met en relief que l’aspect restrictif du droit et de la morale sur la personne, la contrainte externe ou interne?. Ils ont pourtant aussi un pouvoir expansif, fort bien élucidé par Jhering : ils donnent le vouloir, la force de conserver une situation ou d'accomplir un acte. Ils ne négligent pas plus l’individu que la société. L’Etat lui-même et la loi s’expliquent par l'utilité des membres, envisagés aussi bien isolément que dans leur ensemble : ils préservent des dangers externes et internes et organisent des services mutuels. La notion de nos devoirs tempère l’égoïsme, celle de nos droits atténue la tendance à la non-résistance, au dépouillement de soi : les hommes n’auraient pas vécu, si leur maxime unique avait été : vivre pour soi, ou : vivre pour autrui. Aussi la presque unanimité des législations pratiquées ont introduit un compromis heureux entre ces extrêmes, avec des concessions plus ou moins larges à chacun. La condition de vie de la collectivité étant la coordination et la coopération, il n’est pas étonnant que la morale, comme le droit, soit un exposé des modes de conduite qui s’adaptent à l'association (Spencer).

La fonction réelle, ainsi constatée, se trouve, comme c’est naturel, coëincider, dans son ensemble, avec la fin idéale que nous avons posée. Qu’est-ce à dire, sinon que l’intuition a devancé ce que la science positive a rendu conscient et raisonné, en même temps qu’elle l’a précisé ? Et ceci n’a point lieu d’étonner un évolutionniste, puisque le réel tend vers l’idéal et réciproquement, et que, marchant l’un au devant de l’autre, ils doivent se rencontrer. Mais tandis que, pour la « science des mœurs », l’idéal effectif doit avoir le dernier mot, nous n’y voyons que la corroboration de l’idéal posé en premier lieu.

Les exigences de la nature humaine et de son perfectionnement, les conditions sans lesquelles aucune existence en commun ne sau-

4. Spencer, 16. ; Mor. des diff. peuples, p. 53: les conditions dont l’accomplissement assure le bonheur ou écarte la souffrance.

2. Richard, Idée du dr., p. 232: L’idée de droit est une répression interne de certains mobiles (et besoins), ou elle n’est rien.

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