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EXIGENCES DU DÉVELOPPEMENT INDIVIDUEL ET SOCIAL

rait subsister, présentent, comme celles de toute construction, un caractère d'urgence et de relative uniformité ! et doivent impressionner semblablement des consciences similaires : ainsi s’expliquent la quasi-universalité et la quasi-immutabilité de quelques règles essentielles.

Pourquoi donc ne se sont-elles pas dès l’abord et directement imposées à l'intelligence et aux aspirations humaines? Le gouvernement, dit Spencer, est une fonction corrélative de l’immoralité de la société. De même la nécessité des idées de droit et de devoir réside dans les imperfections de Pespril humain, qui ne sont pas essentiellement une privation et un mal positifs, une infériorité par rapport à lanimal, mais plutôt un empêchement à un plus grand bien, à une vie aussi intense que possible. Ces imperfections tiennent elles-mêmes, non pas à une chute originelle ou à des instincts pervers et corrompus, mais aux pos{ulats du progrès. En ce sens qu’elles sont exigées par l'infériorité relative de l’homme par rapport à son état actuel ou futur, ces idées ne répondent pas à sa nature totale et encore moins à ses caractères supérieurs. Aussi, au lieu d'exposer, à la suite des philosophes du droit naturel, ses facultés constitutives, rechercherons-nous, à titre d'indication, quelques « défauts » du primitif et du sauvage, de l’homme moderne et de l’homme en général, défauts auxquels les sentiments moraux et juridiques apportent un correctif.

Il n’est plus nécessaire, à l’heure actuelle, de réfuter l'erreur (égomorphique » qui reporte dans le passé les sentiments et idées modernes (homo œconomicus et moralis) ; la difficulté est plutôt de fixer quand commence le règne humain. De l’humilité de nos origines, les sauvages actuels, survivants de l’état primitif, donnent une imparfaite idée 2, ainsi que les enfants, si l’on retranche leur « acquis ». En tout cas, l’élévation morale de nos premiers parents était

1. Par la pression sociale et les nécessités naturelles. Théoriquement, les notions de droit et de devoir n’ont pas besoin, pour avoir une raison d’être, de deux personnes ni même de deux volontés en présence. Aussi concoit-on des devoirs et droits de l’humanité envers elle-même: n’est-elle pas, selon Pascal, comme un homme immense qui vivrait toujours et toujours apprendrait? Dans l’hypothèse absurde où elle se fût composée d’un seul homme, les mêmes nécessités extérieures n'auraient pas engendré les mêmes dispositions psychiques, car la Sélection n’eût pu s’exercer. La pluralité d'individus, la lutte et l'accord, l’état de société, ont la plus large part dans le besoin d’idéaux: ceux-ci sont surtout des produits sociaux. — Les devoirs envers soi sont de Sagesse plus que de justice et la plupart ont un aspect social (ivrognerie, débauche).

2. Bagehot, Dév. des nat., p. 19: Les sauvages ont le caractère de l’enfant,

avec les passions et la force de l’homme : monde simple et violent. — Spen- COL O0 ICRNUIS 1e

peu considérable. Or on peut imaginer les inconvénients de Pabsence normale du sens moral en observant ce qui advient au cas d’oblitération ou de réapparition morbide, atavique des caractères ancestraux ; si les effets en choquaient moins, c’est qu’ils étaient plus répandus, ce qui était loin d’atténuer le mal. Et que donnaient les autres mobiles? Suivant une formule résumée de Howard Collins, les traits émotionnels du primitif consistent dans ( une correspondance moins étendue ét moins variée avec le milieu, une moindre faculté représentative et des manières d'agir moins éloignées de l’action réflexe ».

De la rudesse de son organisme résultait une difficulté d’agir, une vie peu aclive, peu multipliée et une tendance excessive à l'action immédiate (Bagehot). Paresse et impulsivité rendaient indispensable un surcroît, tantôt à l'impulsion, tantôt à l’inhibition. Peu nombreux, immédiats, les désirs régnaient trop exclusivement, ils étaient excessifs en eux-mêmes et insuffisamment ou imparfaitement contrebalancés par d’autres mobiles, parce que l’homme ne prévoyait pas les réactions et risques provoqués par ses actes et que le complexus de dispositions qui constitue le moi n’était pas, chez lui, très marqué. Or on ne saurait survivre si l’esprit n’est impressionné au moins proportionnellement aux inconvénients éventuels ; les sentiments moraux, qui contribuaient à ce résultat, étaient donc éminemment favorables à leurs titulaires. Dans une sage économie, il convient aussi que le désir ne s’exagère pas l’importance vitale de l’acte. Plus est forte la tendance des impressions à se traduire en actes, — plus aussi, l’impression étant donnée, est fatale l’action correspondante et moins grande la « liberté » ; tenant alors peu compte de la personne et des aspirations d’autrui et même de ses propres aspirations générales, on s’expose à des déboires et lésions sans nombre, à des contradictions pratiques, c’est-à-dire à des pertes d’efforts. Un idéal prédéterminé et abstrait présente au moins l’avantage de donner une direction fixe, sinon invariable, à la conduite et à la vie, au lieu de « tourner à tout vent ».

Lorsque les habitudes, les associations traditionnelles d'états psychologiques, sont faibles, le premier désir survenant s’impose, sans en appeler d’autres par contraste. Tel est bien le trait qu’on a partout observé chez les sauvages : impulsion subite, irrésistible, disproportionnée avec l'intérêt en jeu. Maints actes brutaux signalés à l’actif des primitifs doivent être regardés ( moins comme des exemples de cruauté réfléchie que comme le fait de l’étourderie et de la spontanéité enfantine ». La victime n’est pas seule à pâtir de cette impulsivité : celle-ci retombe sur son possesseur et lui aliène ses compagnons,

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