‹ Le Fondement du DroitChapitre 108 sur 166 · MODES DE SATISFACTION AUX DESIDERATA · texte numérisé non relu

MODES DE SATISFACTION AUX DESIDERATA

connaissance et de la réflexion, ils nous mettent en garde contre l’abus qu’on en fait, contre les « pourquoi » posés, contre la critique, le doute et l’irrésolution. Lis nous confèrent le dogmatisme, la décision nécessaires à l’action, tout en réprimant d’autre part les excès de l’impulsivité de la foi ou du désir. C’est une des formes multiples de l'instinct de vie, qui nous pousse, comme des machines, à l’activité, malgré l'intelligence qui proclame la vanité de toutes choses. Ce dernier instinct force à se cacher le pessimisme et le désespoir platoniques ou pratiques, en pensée ou en action, qu’engendrerait la science s’il ne l’empéchait de s’appesantir sur l’absence de raison d’être du monde et sur ses vilains côtés ; il donne à l’homme, sinon l’espoir de fins métaphysiques, du moins le devoir de vivre, de vivre à cause des êtres chers, à cause de l'humanité.

Tous ces contrastes entre les conditions de vie et l’état psychologique sont autant d'obstacles au progrès. Mais la nature du primitif, du moderne, de l’homme en général, ne comporte pas la possibilité d'acquérir directement ou immédiatement les dispositions mentales postulées : la faculté de raisonnement, la prévoyance, les sentiments individuels et sociaux, etc., et, somme toute, une juste proportion dans les mobiles. Il eût fallu, pour cela, que le primitif fût le moderne et que l’homme imparfait fût exactement adapté aux conditions de son mieux-être. Le résultat important plus que le moyen, il est nécessaire mais suffisant au perfectionnement, que l’homme agisse comme s’il possédait ces attributs, ces désirs, ces idées. Les choses étant plus ou moins propices à ses fins, alors même qu’il ne le sait pas, il convient, dans ce cas, qu’il agisse comme s’il connaissait leurs qualités favorables ou nocives. Comment l’évolution naturelle aboutit-elle à remplir ces desiderata, à établir la coïncidence et la proportion entre la propension à tel acte et sa valeur vitale réelle pour l'individu et pour l’espèce ? L'idée de désidérabilité en soi ou de respectabilité en soi et l’idée inverse poussent à poursuivre ou à éviter leur objet suivant leur utilité ou leur nocuité et comme si nous concevions, d’après ce précédent caractère leur désirabilité relative à un intérêt ou à un désir et la nécessité de les accomplir ou de s’en abstenir. Ces tendances remplacent, renforcent ou combattent un désir direct ou une aversion absents, insuffisants ou excessifs, ou encore une « volonté », lorsque la croyance en l’adaptation du moyen est trop forte ou trop faible. Nous sommes poussés vers ce dont nous apprécions l'utilité personnelle, mais nous ne l’apprécions pas toujours ni exactement ou bien d’autres mobiles s’y opposent :

c’est dire que les mobiles moraux et juridiques doivent être euxmêmes des forces, des idées-forces. Il faut également au bien social un principe actif pour triompher des passions et spéculations égoïstes. Ainsi s’expliquent les idées de nécessité et d’obligation. D’une manière générale, le droit et le devoir transforment des nécessités physiques (travail...), des conditions de fait, en obligations morales. À cet égard, les idées de droit et de devoir agissent de même, étant restrictives ou motrices chez autrui ou chez soi. On conçoit aussi qu’elles opèrent simultanément et se combinent de diverses manières. Et dans toutes çes manifestations, elles exercent une influence bienfaisante…

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