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INFLUENCES DIRECTES

ne fait-il pas qu’enregistrer des empreintes, simplement revivifiées sous forme d’impulsions et d’idées-reflets, et les facultés et règles conçues par l’homme ne sont-elles pas la simple traduction des propriétés et lois physiques. Il opère un choix parmi ces relations et en pose seulement une partie comme idéaux, par intuition ou délibérément. Ces derniers ne sont pas toute la biologie, toute l’anthropologie, toute la sociologie, mises à l’impératif.

Les idées et les sentiments s’adaptent au mode prédominant d'activité. Un genre de vie guerrier encourage une morale agressive audedans, ou du moins s’accorde mal avec l’appréciation de la vie humaine en général : il semble étrange de condamner ici les coutumes homicides (duel, boxe...), au nom d’un principe qu’on viole autre part. Par contre, la paix favorise les occupations productives et engendre, de l’intérieur à l’extérieur ou réciproquement, l’esprit de justice et l'honnêteté. Les hommes qui y sont assujettis restreignent leur liberté à raison de celle d’autrui, si même ils ne recherchent une coopération harmonieuse. D’une manière générale, le respect se porte sur le caractère prédominant des mobiles, des fonctions, des structures : l’impulsif estime lPimpulsivité, l’égoïste l’égoisme.… Chaque époque tend à honorer, à présenter comme honorable, la forme d’activité qui lui est particulière et cette idée l’y encourage encore, On remarque des différences analogues entre Les peuples : les théoriciens eux-mêmes confondent le droit, en Allemagne avec la force, en Angleterre avec l'intérêt, en France avec l'idéal. Ceci se ramène à l’affirmation que le désir de désirer, l’idée de désirabilité, le devoir, le droit, font appel à des désirs plus profonds de l'être et en rapport plus intime avec ses tendances générales. — Or l'idéal n’est pas seulement la justification d’une façon habituelle d’agir et de penser : il se porte aussi sur des mobiles de choix, exceptionnels, distingués du reste, sur une partie de soi. Et même les conceptions les plus expressives du tempérament réagissent à leur tour sur le tempérament réel.

Parmi les influences directes qui ont contribué à la création des idéaux, il y a intérêt à distinguer celles qui s’exercent sur l'individu en dehors de l’action sociale et celles qui résultent de cette dernière. La discipline du monde extérieur précéda même la discipline sociale, et l’expérience fut individuelle avant de s’accumuler dans les générations. Dans l’hypothèse fantaisiste où humanité se fût composée d’un seul être, de génération en génération, les idées de bien et de mal restent concevables, puisque chacun aurait eu son bien et

son mal. Du moins la moralité, qui a une fonction, des fins personnelles et collectives, ne s’absorbe pas plus dans la société que dans Vindividu isolés : c’est encore dans l’homme qu’elle trouve son origine. Et la moralité sociale est une image agrandie, par ondes d’imitation, de moralités individuelles, plutôt que celles-ci ne sont le reflet de celle du groupe.

Nous devons toutefois accorder à l'influence collective, de la famille, de la cité, de la société, de l'humanité, une place proportionnelle dans cet exposé à celle qu’elle occupg dans la réalité, c’està-dire de beaucoup prépondérante. Sans elle, les restrictions à Pégoïsme individuel, que comportent les idéaux, sembleraient sans cause et sans raison; elle seule explique le triomphe de la sociabilité dans le droit et le devoir.

Le seul fait de l’état grégaire entraîne, à raison de la contiguité, des limitations d'ensemble (polyplastides de Le Dantec). A fortiori, toute association impose, corrélativement à la solidarité et au besoin d’entr’aide, des restrictions à l’activité de ses membres (qu’elle développe par ailleurs). Partout où des hommes sont réunis, la tendance à satisfaire unilatéralement leurs inclinations, non contrebalancées et dont chacune irait droit devant soi, sans s’occuper des autres, entraînerait des oppositions d’idées, des froissements de sentiments, des rivalités de désirs, c’est-à-dire des déperditions de forces, contraires au but de l’union. Cette contradiction est si formelle, cette nécessité si impérieuse, que les associations de criminels, pour mieux échapper aux limitations légales, s’en donnent à elles-mémes. La prévision des sanctions, la compréhension de la nécessité d’obéir et du besoin de respect réciproque dans l'intérêt individuel et commun, jouent assurément un rôle dans la formulation de l’ordre social. Mais la présence, dans les unités composantes, de la conscience psychologique ne suffit pas à expliquer qu'ils y voient une obligation, c’est-à-dire autre chose qu’une nécessité de fait, et qu’ils s’y conforment spontanément sans attendre la coercition effective. Mais l’économie réalisée par cette reproduction interne et préventive du mécanisme extérieur et répressif, qu’elle rend inutile, laisse deviner que la première est un succédané et un produit de Pautre.

Les premières influences que nous avons subies, celles qui se sont exercées sur nos ancêtres, tracent de profondes empreintes en notre cerveau et nous laissent des dispositions habituelles ou héréditaires, qui agissent souvent malgré nous et comme si nous n’étions pas maîtres de notre activité, mais mus par une personne étrangère,

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