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INFLUENCES DIRECTES

Les actes suivis fréquemment de peines quelconques, et en particulier de châtiments, inspirent naturellement une répulsion transmissible, tandis que les réactions heureuses contre les pressions sociales éveillent le sentiment et le désir de la plénitude. Cet écho n’a rien d'étonnant en lui-même, sauf à élucider comment nos ancêtres ont acquis ces impressions et comment chacun, aussi bien que nousmêmes, y à ajouté sa part.

Elles comportent une idée de supériorité et une idée d’obligation. La première leur est liée, selon Spencer, à raison de ce que, dégagées d’un grand nombre de cas particuliers, elles exercent l’empire le plus général et le plus constant. La seconde leur vient de ce qu’elles sont la réduction interne du processus de la coercition externe.

Les êtres, dit à peu près Spencer !, sont gouvernés par des sentiments qui répondent aux suites de leurs actes. Ces suites étant complexes, un sentiment simple laissera l’être sous la menace des conséquences auxquelles il ne correspond pas. Le guide le plus parfait, sauf exception, sera celui qui correspond au plus grand nombre de résultats et aux plus lointains. Si plusieurs sens sont affectés par un objet extérieur, l’acte qui s’ensuivra sera mieux ajusté que le mouvement réflexe. Chez l’homme, il y a un motif de retenue renfermant .non seulement les idées de châtiment, de déshonneur et de ruine, mais aussi l’idée des droits et de la souffrance d’autrui ; le tout est joint à une aversion générale pour les actes nuisibles aux autres, aversion qui naît des effets héréditaires de l’expérience. « Aux freins constitués par les représentations mentales des effets intrinsèques des actions, s'ajoutent des freins résultant des représentations mentales d’effets extrinsèques, sous la forme de pénalités politiques, re-

1. Bases de la mor. évol., p. 91 s, 112; Just., p. 28 s : L’indigestion produite par un mets détermine la prise en aversion de ce mets, — phénomène qui montre comment l’expérience crée des associations qui influent sur la conduite. La maison où nous avons perdu un parent, subi une maladie, reste si intimement liée à un état mental douloureux, que nous persistons à l’éviter. Quant au sentiment égoïste de justice : Bouchez les narines d’un animal, garrottez-le, il fera, pour se dégager, des efforts proportionnés à la vitalité de l’atteinte. Rendez-lui la liberté, sa satisfaction atteste le prix qu’il y attache. L’homme éprouve des sentiments analogues, mais d’une manière plus étendue, plus variée, relative à des entraves plus indirectes, moindres. Le sentiment de justice débute par le contentement de faire usage de la force physique et de recueillir les avantages qu’elle procure, s’associant à l’irritation qu’excitent les empièétements directs ou non. Quant au sentiment altruiste, il est d’abord suppléé par les pro-altruistes : crainte des représailles, de l’aversion sociale, de l’autorité,des ancêtres. Ces sentiments amènent le respect d’autrui et la coopération, qui engendrent l’altruisme, favorisé par une vie pacifique.

ligieuses et sociales. Avec l’évolution de la société (rendue possible par des institutions qui maintiennent l’ordre et associent dans l’esprit le sentiment de l’obligation avec l'idée des actes prescrits et de la cessation des actes défendus), sont nées des occasions de voir les conséquences mauvaises qui découlent naturellement d’une conduite interdite et les bonnes qui suivent une conduite commandée. De là ont fini par se développet les aversions et les approbations morales, — l'expérience des effets intrinsèques venant nécessairement ici plus tard que l’expérience des effets extrinsèques. Les pensées et sentiments qui constituent ces aversions et approbations sont toujours dans une étroite connexion avec les pensées et sentiments qui constituent la crainte des pénalités politiques, religieuses et morales et, par suite, ont été accompagnées aussi du sentiment d’obligation. »

L'abandon d'un bien immédiat et spécial en vue d’un bien éloigné et général est le trait cardinal — en même temps que de la retenue morale — de celles qui ont leur origine dans la crainte de l'autorité, visible ou invisible, ou de la société en général : on sacrifie Le désir passager à la peur de la vengeance, de la punition légale, du châtiment divin ou de la réprobation publique (p. 99). Toute la vie de l’individu est ainsi soumise à une pression extérieure, simplement sanctionnatrice, ou éducatrice également, si elle vise à le réformer par suggestion et raisonnement et à raison d’une expérience antérieure. Toujours nous imitons la communauté, elle nous moule à son image: c’est le gouvernement « le plus despotique et le plus minutieux, le plus rigoureux et le plus obéi » (Tarde, de la Grasserie). Qui ose lui résister ? Qui est capable de supporter le blâme constant de sa coterie? Malgré nous, nous finissons par adopter le jugement qu’elle -porte sur nous et à nous y conformer !. L’appréhension de la colère du chef, le contrôle politique, se différencie du contrôle moins défini d’une crainte mutuelle. À mesure que se développe la croyance aux esprits, on arrive à redouter d’offenser ces puissances omniscientes, omnipotentes et impitoyables. Ces trois sortes de freins se rapportent d’abord à cette fin, alors capitale, que constitue le succés à la guerre, puis à l'accord intérieur, nécessaire à la victoire, et jusqu'aux moindres délits.

Ce n’est pas encore le mobile moral, mais sa préparation: on obéit aux commandements non à cause de leur rectitude, mais parce que c’est l’ordre et qu’on serait puni si l’on désobéissait ; ce qui retient,

1, Lagerborg, p. 379 s. — P. 372: La loi morale, comme les autres, est l’expression de la volonté générale; on n’approuve ou ne blâme quelqu’un que parce qu’on a quelque chose à exiger de lui (?) — Cp. Westermarck.

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