‹ Le Fondement du DroitChapitre 146 sur 166 · Les Primitifs, p · texte numérisé non relu

Les Primitifs, p

mais seulement les petits, qui sont réputés auxiliaires de l’agriculture, et les jeunes, qui « deviendront grands ».

Les uns voient dans l'institution des tabous l’origine de l’obligation morale (B. Jevons) ; d’autres opposent à cette vue que c’est plutôt une extension du devoir. Les deux conceptions sont loin d’être exclusives l’une de l’autre ; c’est sans doute une manifestation d’un sentiment de respectabilité exagéré dès l’abord ou amplifié par la suite. À

— Les mêmes questions, non tout à fait ojseuses, se posent à propos du fas et du nefas, auxquels s’attache beaucoup plus Pidée de malédiction, de « porter malheur », intermédiaire entre les suites naturelles et la sanction artificielle. Il se rencontre ici, en outre, une idée de causalité, mais rudimentaire et fausse : ce n’est pas le renoncement, d'avance, à comprendre l’incompréhensible, à réduire en lois les mystères et hasards apparents, mais c’est tout au plus un essai, un commencement d’explication scientifique dans le domaine de l’action, — de même que l'intervention d’êtres doués de personnalité, en ce qui concerne le jeu des forces naturelles. — Nous sommes loin aussi de confondre le « fas » et le « jus » et n’ignorons pas que les Romains ont soigneusement distingué le droit émané de la tradition religieuse et celui qu’élaboraient les puissances laïques : comices et magistrats {, — source distincte et indépendante. Mais tous deux, — outre qu’ils limitent l’activité par des mobiles absolus et non égoïstes, en apparence, — présentent une grande analogie dans leur utilité supposée et dans leur fonction réelle. On croyait se conserver, par certaines attitudes, la faveur des dieux, éviter leur ressentiment. On puisait, en réalité, une force dans les augures, dans l’acquiescement des puissances supérieures, comme par l’approbation de la conscience. La confiance au succès contribue efficacement à le donner.

Pourtant ces encouragements étaient fragiles et présentaient leur revers de dangers. Si tous les rivaux n’avaient possédé à quelque degré l'esprit de superstition et si les auspices n’avaient, plus ou moins de bonne foi, truqué les signes ou leur interprétation, la peuplade qui aurait obéi aux présages, eût été à la merci de celle qui leur échappait : la panique causée par des éclipses a perdu plus d’une armée, La réprobation des dieux, leur menace, le sentiment d’aller contre les plans providentiels, ou le désespoir fataliste en l'avenir,

1. Jhering, Espr. du dr. rom.,t. I, p. 266; Voigt, Die XII Tafeln, 1, $ 135; Leist, Græco-ilal. Rechisgesch., p. 115 s; Muirhead, Hist. Intr. lo the priv. law of Rome, p. 14 s ; Carle, Or. del dir. Rom., p. 908.

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