Bagehot, Lois sc. du dév. des nations, p
- 2. Reclus, t6., p. 243 : chez les Monticoles des Nilgherris.
3. Stirner, ib., p. 19 : « J’appelle époque nègre l’antiquité, époque où les hommes étaient sous la dépendance des choses (repas de coqs, vol des oiseaux, éternuement, tonnerre, bruissement des arbres sacrés, [entrailles des victimes]...). Le mongolisme, c’est l’époque chrétienne où nous sommes esclaves de l’idée. À l’avenir est réservé de dire : je suis maître du monde des choses et du monde de la pensée. » — L’exactitude historique de cette vue est loin d’être rigoureuse, de même que la distinction et surtout l’opposition entre nos propres tendances internes, soi-disant seules conformes à l’intérêt personnel et celles qui nous viennent du dehors. Les idées « sacrées » qui nous dominent et nous dirigent, c’est-à-dire les idées morales et juridiques, correspondent, en général, à des utilités objectives. Loin de devoir s’en affranchir, le Moi n’a pas de meilleur moyen d'atteindre et d’être apprécié à sa plus haute valeur, que d’estimer lui-même le « dur diamant du non-moi ». :
nette, elles paraissent un peu aprioriques. Pourtant, dans les « projets » de réorganisation sociale et jusque parmi les utopies, il se trouve quelque part de vérité et d’utilité, qui agit efficacement. Précurseurs et «(excessifs » sont nécessaires, mais les tiraillements et oscillations ne doivent pas être exagérés et la voie la plus directe, la plus immédiate, de satisfaction est loin d’être toujours la plus sûre. La société, qui vit forcément dans le présent, ne peut pas ne pas considérer comme criminels et ne pas punir les fanatiques, forcément anormaux, qui vivent comme dans un autre monde. Toutefois à l’égard des individus qui agissent en prévision du stade naissant ou prochain, il serait injuste de sévir, sous prétexte que leurs persécuteurs, qui sont précisément le principal obstacle à l’avènement de cet idéal, ne pensent pas comme eux. Surtout il est illogique de se montrer indulgent envers ceux qui veulent ressusciter un passé suranné et de réserver les sévérités à ceux qui prêchent un « nouvel évangile », contre lequel le principal grief est qu’il n’a point encore été réalisé ! Sans doute cette attitude tient-elle à ce que le disparu à prouvé au moins qu’il pouvait exister et fonctionner, tandis qu’on n’est jamais sûr d’un idéal qu’il soit le futur ou même le possible; de plus, elle présente une correspondance étroite avec notre tendance générale à l’inertie, avec les intérêts à courte vue liés au maintient du statu quo.
Cette action, contraire à l’instauration des nouvelles formes, s’affirme aussi par la conservation des anciennes. Ce qui est arrivé ne s’efface pas à tout jamais; il en reste plus que le souvenir : la trace en demeure aussi dans les faits. Le passé vit en nous. Les survivances se rencontrent non seulement dans les organismes, mais parmi les instincts, les mobiles de toutes sortes, les institutions. La morale, les mœurs, les habitudes sociales (guerre), se prolongent au delà des circonstances dont elles sont issues ; tels préceptes se détachent de la fin à laquelle ils étaient adaptés et finissent par se suffire à euxmêmes: désormais, amoindris ou non, ils sont sans fonction. Du moins mainte règle cesse d'être adéquate aux buts qui la conditionnaient et, en tout cas, si elle ne se soutenait par la force acquise, on ne l’inventerait pas.
— L'écriture, la rédaction, la codification, aident la tradition dans son rôle social. C’est comme une mémoire extérieure ; et cet adjuvant présente le même défaut que son succédané : le motif une fois oublié, — et souvent disparu, car le contrôle de l'opportunité n’est plus aussi facile, — La prescription reste, paraissant respectable par elle-même, Encore devient-elle, en même temps que plus précise,