INCLINATION AU BIEN ET MÉRITE
leur morale, tandis que ceux qu’on exécute par inclination n’en ont aucune. À moins de prétendre que le sentiment du devoir w’incline pas à l’action conforme, c’est conseiller de faire ce qu'on ne veut pas; et, au point de vue pratique, un tel idéal, qui estime l’homme d’après les privations, compromettrait sa vie. Schiller, rapporte-t-on, se moquait agréablement de cette morale hautaine : « Je fais du bien à mes amis, mais jee fais malheureusement par inclination naturelle. » Il n’est point indifférent, sans doute, dans l’état actuel, de savoir si le bien est accompli sans motif moral ou même par un motif immoral. Mais, laissant de côté la morale de l'intention comme celle du résultat, nous croyons que l’évolution vers l’exécution mécanique du bien n’a rien de regrettable. À nos yeux, il peut y avoir un progrès moral sans progrès de la conscience morale. Il n’est même pas nécessaire au bonheur de l'humanité que les hommes soient bons; il suffirait qu’ils eussent des instincts appropriés et une intelligence capable de les bien servir. Or l’état d’exacte pondération des impulsions et inhibitions est peut-être inaccessible, mais indéfiniment approximable.
Adjuvants et succédanés n’ont pas une valeur absolue, mais les mobiles moraux ne l’ont qu’en apparence; et si les premiers lemportent, c’est qu’ils possèderont une valeur relative supérieure au point de vue de l’adaptation et rempliront mieux leur fonction: sinon, pourquoi les autres disparaîtraient-ils? Mécanique, la moralité devient plus sûre.
Mais, dans un avenir prochain, lutilité consciente suppléerait-elle avantageusement au droit et au devoir ?