‹ Le Fondement du DroitChapitre 158 sur 166 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Nécessité du droit et du devoir.

Disparût-elle jamais, l’AMée de désirabilité renaîtrait bientôt, tant que d’autres moyens n’atteindraient pas avantageusement au même résultat, puisque celui-ci est nécessité par les conditions de développement individuel’ et social. En dehors des desiderata particuliers à un temps ou à un pays, elle répond à des desiderata généraux : son avenir est donc indéfini, sinon infini, car rien n’autorise dès maintenant à en prévoir ou à en presser le terme. On ne saurait, de longtemps, instaurer l’état psychique qui donnerait satisfaction directe à ces mêmes lacunes, connaître nos conditions de vie et y faire adhérer nos désirs et aversions.

Les plaisirs et les peines, dit Spencer, seront un jour « si bien adaptés » aux besoins idéaux, que la conduite morale sera la conduite naturelle. N'est-ce pas supposer la perfection complète et définitive qu'il raille ailleurs? Les idées de droit et de devoir sont des moyens d'accorder nos dispositions subjectives aux conditions objectives du développement vital. Ces desiderata ne sont pas un tout donné, et l’adaptation de l'individu au milieu social et naturel, perpétuellement changeant, ne sera jamais ( parfaite ». Le prétendre serait postuler un arrêt de l’évolution.

Si supérieure que soit, à certains égards, la réflexion sur l'instinct et fût-il concevable et souhaitable qu’elle s’étendit, elle ne saurait pourvoir à tout, ni le plus simplement et le plus économiquement possible. L'homme n’est pas toujours touché, au plus haut point, par le calcul; fini, horné, il demande de l’absolu et du sacré : aucun Etat, aucun système juridique, n’a réussi par la simple conscience de lopportunité (Jh ring). Les leçons de l'expérience personnelle sont souvent mieux senties que les conclusions toutes faites de celle de la race, de même que l «auto-didactisme » donne des convictions plus fortes que la science facile des cours et des manuels; mais elle ne fournit pas les mêmes garanties. Et à quoi bon refaire hors de propos tout le travail accompli pour nous? Les sentiments moraux et juridiques font participer à l’expérience de l’ascendance.

Non seulement il est impossible de peser tous ses actes, mais il n’est pas souhaitable d’y tendre. Qu’on songe à la vanité de déterminer, en chaque occasion relevant de l'idéal, le but à poursuivre et

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