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RÉALITÉ, POSSIBILITÉ, IDÉALITÉ

à tous aurait-on renoncé à tenter, si l’on avait su que des obstacles arrêteraient à mi-chemin ! Ne faut-il pas souvent, pour agir, espérer plus qu’on n'obtiendra? Stirner connaissait bien la puissance de ce mot magique, lui dont le système reposait tout entier sur des irréalités qu’il présentait comme possibles, lui qui essayait de se persuader et de suggérer aux autres que tout est permis, c’est-à-dire possible. L’essentiel est de savoir plus exactement ce qui est et ce qu’il faut présenter comme tel. Le possible n’est nullement le concevable, mais ce dont la réalisation dépend de nous ou plutôt de l’idée que l’hypothèse conçue est désirable ou même de la simple représentation que nous en avons, car toute image est motrice.

Singuliers réalistes, ceux qui ne voient pas que leur type idéal est pur concept en attendant qu’il devienne réalité! Comment peuvent-ils nier l’aftirance de leurs imaginations, — Egoiïste, Surhomme..., — sur eux-mêmes? En tout cas, ils sont bien forcés de constater la résistance qui résulte, dans le public, de l’idée que Pobjet de leurs vœux n’est pas possible, désirable ou permis. Stirner surtout se heurte aux « puissances invisibles », aux revenants ( avec lesquels on tient les hommes » : le monde chrétien, reconnaît-il, travaille à réaliser des idées, dont la poussée vers l’incarnation est constante. Par un autre fantôme, il se libère en partie et prétend libérer les autres. L'idée du respect dû aux institutions n’a-t-elle pas suffi, suivant lui-même, à les sauvegarder contre toute atteinte ? Et, pour être vénération et prosternation, combien, dans l'immense majorité des cas, cette disposition est-elle fondée, au point de vue même de l’intérêt de ses possesseurs!

Le monde est-il progressif et l’homme perfectible, en un sens absolu ? Il n’en est nullement besoin pour que les thèses de Stirner et de Nietzsche soient fausses et contradictoires. Tous deux prétendent prendre l’être tel qu’il est et pourtant ils semblent oublier tout à coup la tendance de l’homme vers un mieux-être, fût-ce de jouissance ou de puissance, qu’ils tenaient d’abord ‘pour universelle et dont ils souhaitaient seulement une réalisation plus complète. — Estil nécessaire même que l’homme possède un libre-arbitre ? L’exclusion, prononcée au nom du déterminisme, de toute conception éthique repose sur la confusion entre le pouvoir de se déterminer sans raison et le pouvoir d’exercer une influence quelconque sur le développement du monde et notamment, l’idée d’une action étant supposée, d’effectuer cette action. Ce pouvoir, dites-vous, est donné, déterminé ? Qu’importe ! Il existe, et c’est là ce que vous paraissiez contester. Et si l’être conscient peut agir sur le monde, le reste des sophismes diri-

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gés contre l'idéal tombe : il est naturel qu’il agisse, c’est son Bien, — non de valeur absolue sans doute, mais d’un prix d’autant plus considérable pour lui qu’il lui est relatif, — car la manifestation de tout être, son rôle inévitable, c’est d’agir. L’homme n'est donc pas qu’un spectateur, il est acteur à son tour, il a un rôle à tenir. Que la pièce, le drame, soit ou non la matérialisation de l’absolue beauté, il n’en a pas moins la pôssibilité de jouer bien ou mal et d’en subir les conséquences. S'il joue mal, le public lui infligera les sifflets et les huées, sinon davantage. S’il joue biem il en recevra la récompense naturelle ? avec la réputation d’un bon acteur, il éprouvera la satisfaction de soi et surtout du devoir accompli. Mais combien insuffisante reste cette comparaison entre la scène et la vie réelle!

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