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DROIT ET FORCE PSYCHIQUE A

« puissances » dans leurs relations anarchiques avec l’extérieur.

Alors même qu’il serait permis de comparer la vertu à de l'énergie transformée, devenue de physique ou biologique, morale ou sociale (E. de Roberty), il y aurait confusion d’un ordre supérieur avec les inférieurs !, si le droit était réduit à l’action musculaire d’une victime ou des gendarmes, et a fortiori la tâche du législateur et du juge au travail de l'ingénieur. Le droit n’est point affaire de mécanique ou de physiologie : ou bien il n'existe pas, ou bien il comporte autre chose que l'énergie et l'autorité pure et simple, qui sont quelque chose d’objectif. Contrairement à cette cosmologie terre à terre, les rapports extérieurs doivent se compléter d’un état correspondant dans l'esprit (infra: Volonté, Raison, Idée de droit) ; le droit, par un côté, est une conception subjective. Et même qu’y a-t-il d'aussi profondément psychologique? La dynamique serait d’un bien faible secours pour l'interprétation des règles, tandis qu’on ne saurait comprendre le jeu des facultés et normes juridiques (autrement que dans leurs manifestations extérieures : appareil judiciaire, etc.) sans la psychologie individuelle et sociale. On n’expliquerait pas l'attraction que conserve le droit vaincu, ni la génération d’un droit qui n’est pas déjà en vigueur, le passage de la loi idéale à la loi positive, pourvue de sanction. Surtout on n’aurait aucune indication sur l’orientation à donner, sur ce que devrait être le droit, à côté de ce qu’il est.

Le droit et le devoir, accordera-t-on, sont respectivement des puissances et des nécessités psychiques, mais agissent-elles sur la raison, sur l’intellect, ou bien sur la sensibilité, par l'intérêt et notamment par la crainte d’une réaction nuisible, individuelle ou sociale, c’est-à-dire de la force. La peur de la sanction ne remplit-elle pas, préventivement et plus complètement, le même rôle que la sanction elle-même, en faveur du maintien ou du rétablissement de l'intégrité du droit? Le droit, dit Jhering, n’est pas un pur concept de la logique, il a, il est une force agissante; il puise donc forcément quelque part cette énergie motrice : à côté du procédé direct ou mécanique de coercition, la société en emploie un indirect et psychologique pour garantir l’exécution de ses prescriptions. La mécanique

1. Et de l'essence du droit avec son imperfection et sa limite (la force). L’idée est une force d’essence supérieure. « La force tend à passer du dehors au dedans, sous la forme de l’idée, qui meut l'humanité mieux que tous les moyens extérieurs. Le plus de force au dehors, le plus de science au dedans, tel est le suprême degré de puissance d’une société » (Fouillée, Idée du dr., p. 282). L'idéal serait l’absorption de toute force coercitive dans l’accord spontané.

sociale n’impose pas seulement certains actes par la force, elle pousse à les accomplir avec une spontanéité préparée, provoquée, et ceci par les quatre « leviers » (?) du mouvement social : la société dispose en effet, pour mettre en mouvement la volonté dans son intérêt, dans le sens de ses buts, des leviers égoïstes de la récompense et de la contrainte (ou pouvoir dirigé par un but juridique), et en outre de leviers d’un ordre plus élevé, sous la forme de l'amour et du sentiment du devoir. D’une manière plus large, l’évolution amène l’individu à désirer ce qui est désirable pour lui,et pour l’espèce, à la fois par des mobiles: non éthiques, y compris les sentiments tels que la vanité, le désir d’admiration ou d’approbation, la crainte du remords..., et par les diverses formes du mobile juridique et moral, qui se ramène essentiellement au sentiment de désirabilité en soi de certains actes ou états.

Les relations actuelles sont donc loin de se ramener à des rapports de force déguisés sous des dehors juridiques. Certaines puissances s’interdisent à elles-mêmes de se manifester, non seulement par politique, mais parce qu’elles sentent ou croient que c’est bien; les individus agissent le plus souvent les uns envers les autres comme à l'égard d’égaux, et il n’est pas jusqu'aux Etats qui ne reconnaissent l'indépendance de plus faibles qu’eux. A l’intérieur et même à l’extérieur, nous ne vivons pas comme des bêtes féroces déchaïînées, comme des criminels permanents, mesurant sans cesse l’équilibre des forces pour profiter du moindre avantage ; dans une mesure plus ou moins large, la personnalité juridique est respectée.

Cela est si vrai, le droit protège si peu exclusivement les forts, que certains, appliquant l’adage : is fecit cui prodest, se sont plaints de ce qu’il était l’œuvre des faibles, qui, pour se défendre, auraient inventé la « puissance morale » représentée par ce mot !. — Si nous répondions que le droit trouve son expression dans la loi positive, on nous objecterait que celle-ci est une création de la volonté : de celle d’un individu ou d’un groupe qui ont su s’imposer. Voyons donc comment prévaut une législation donnée et si le brutal aspect extérieur de son établissement ne cache pas l'influence et la direction d’un idéal moral.

Sans la force, dit-on, rien ne se fonde. Elle préside à l'édification

1. Calliclès, dans le Gorgias de Platon. — Nietzsche, 46., t. I, p. 240 : Derrière les valeurs morales se cache une triple puissance : les instincts de la bête de troupeau, du souffrant et du déshérité, du médiocre, contre les forts et les indépendants, les heureux, les exceptionnels. — Mabille, La guerre, p. 284.

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