SECTION IV
Ecoles historique et ethnographique.
Si l'on observe le monde extérieur, comme le propose l’école cosmologique, on n’y trouve pas seulement des rapports de force, mais des rapports de droit établis. Les premiers étant manifestement insuffisants, certains auteurs s’en sont tenuswaux seconds. Cette école prend place entre: — d’une part, la théorie objective, car elle considère aussi ses principes comme des faits, et celle de la force, dans la mesure où celle-ci coopère au triomphe des législations, — et d'autre part, les systèmes « arbitraires » et aprioristes, puisqu’elle s’appuie sur des données du travail de l’esprit, qui se ramènent en dernière analyse à des aspirations individuelles ou collectives.
Le xvin® siècle français avait exalté la personne et son droit naturel ; les idées d’autonomie et de raison avaient trouvé leur expression la plus élevée chez Kant. La Révolution avait traduit en actes ces principes, mais avait échoué dans sa tentative de fonder un ordre nouveau ; elle se terminait dans le sang. Bouleversant les rêves idylliques d’un nouvel état naturel et d’une paix éternelle, le déchainement des passions à l’intérieur et à l’extérieur, puis l’irruption de Napoléon avaient donné l’essor aux théories de la force : la même réaction contre l'illusion que l’idée conditionne les événements et dirige à son gré la réalité objective, prit une autre forme dans laffirmation de l’impuissance à rompre les traditions et de la nécessité de se plier au développement historique.
La conception avait été déja brillamment exposée par Montesquieu, ce grand précurseur de tant d’idées contemporaines et qui, précisément parce qu’il devançait son temps, n’avait pas fait école. Comme l’homme lui-même, les institutions lui paraissaient façonnées par le milieu. «Les lois, écrivait-il, doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites que c’est un grand hasard si celles d’une nation peuvent convenir à une autre. Elles doivent être relatives au physique du pays, au climat glacé, brûlant ou tempéré, à la qualité du terrain, au commerce, aux mœurs. » Dans cet état d’âme, il entreprit sa vaste étude de l'Esprit des lois (1, ur).
« Les codes des peuples se font avec le temps, à proprement parler on ne les fait pas. » Ces paroles de Portalis ! prouvent dans quel-
1. Disc. prélim. sur le G, civ. (Fenet, Trav. prép., t. I, p. 476).