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CONTRADICTIONS DE LA SCIENCE DES MOEURS

des lois sociales, dit à son tour M. Lapie, fournira par elle-même le moyen d’atteindre l’idéal. Mais cette éventualité ne se réaliserait qu’accidentellement, comme les inventions pratiques dues aux investigations scientifiques pures: pourquoi ne pas discipliner cette recherche et, positiviste, délaisser un domaine où la méthode positive porterait des fruits? Dès qu’on abandonne cette intransigeance, un rapprochement s'opère avec l’idéalisme traditionnel : la détermination (scientifique » des causes par lesquelles la morale se forme, se transforme et se maintient, nous aidera, selon M. Durkheim, à (trouver le sens dans lequel nous devons orienter notre conduite, à déterminer l'idéal vers lequel nous tendons confusément. Seulement nous ne nous élèverons à cet idéal qu'après avoir observé le réel et nous l’en dégagerons. Même les idéalistes les plus intempérants ne peuvent suivre une autre méthode, car l’idéal ne repose sur rien s’il ne tient pas ses racines à la réalité. » Alors? La querelle proviendrait-elle d’un malentendu entre des moralistes qui s’appuient forcément sur la terre ferme des faits constatés, et des réalistes qui consentent à édifier une morale ?

On ne voit plus bien ce qui demeure des prétentions initiales de la « science des mœurs ». Etait-ce la peine de partir en guerre contre la morale pour la réconforter ensuite de son alliance, après avoir abandonné toutes ses positions et prises? Avons-nous de multiples choix à exercer, ou bien n’existe-t-il pas de problème moral? Y a-til ou n’y a-t-il pas d'appréciation et de régulation possibles ? Après s’être demandé, comme les amoralistes (supra), pourquoi on interviendrait d’une manière quelconque dans la nature, alors que la Science enseigne le non-interventionnisme, il semble qu’on cherche à mieux connaître la loi de fait (des tendances ou des aspirations, souvent opposées ?) pour la mieux suivre; puis, ne se contentant plus de vouloir par avance le stade futur de l’évolution, on exprime la nécessité de le corriger. Enfin, comme la « normalité », qu’on propose pour solution, se passerait difficilement d’être « normative », on se trouve avoir rétabli successivement la valeur, le désirable, Pimpératif, et affirmer leur efficacité, le tout contrairement aux prémisses. Qui érige la pratique en théorie et qui prétend et espère la redresser ? Voici que les négateurs de l’idéal se montrent plus idéalistes que les moralistes, auxquels, corrigeant plus réellement l’évolution des faits et celle des aspirations, ils reprochent leur réalisme pratique! Les rôles semblent intervertis. — Pourtant, à cette conception fuyante et contradictoire, dont l'existence est subordonnée à sa non généralisation et que lextension couperait par la base (au moins quant à lé-

tude des jugements moraux, sinon quant à la conduite effective), à cette proposition qu’on n'avance que parce qu'on la prétend dénuée d'action, à cette anti-morale qui abdique provisoirement en faveur de la morale et se fie définitivement aux mœurs d’autrui, en un mot à ce fantôme qui postule son néant ou y mène et à qui, pourtant, toute existence étrangère porte ombrage, — nous préférons la doctrine plus large, plus rationnelle des moralistes, qui laisse à la science des mœurs l’existence qu’on lui refuse en son nom et qui en tient compte sans réciprocité ! Un seul conflit subsiste, — qu’il convient de ramener à ses proportions, — quant à la manière de déterminer la fin de la conduite et les moyens de l’atteindre. Or l'étude des mœurs d’autrui nous révélerait tout au plus leurs conditions de vie ou les conditions générales de la vie, et non les nôtres ni les moyens mieux appropriés ‘. Et même, en dehors de ces dernières, la recherche directe des exigences de notre nature est un moyen plus sûr et le seul qui évite de vivre sur un passé insuffisant, de quelque manière qu’on le travaille. Et si les tenants de la science des mœurs se plaignent qu’on les réfute ou qu’on fonde des systèmes au nom de la logique et de l'intérêt, n'est-ce pas précisément au point de vue de la connaissance et en vue d’une meilleure adaptation aux conditions de vie, qu’ils jugent désirable l'extension de l’étude objective aux phénomènes sociaux ?

III. — Sortis de leur impassibilité en même temps que de la « science », l’objectif qu’ils offrent à la volonté, c’est ( le type normal, tout entier d'accord avec soi et ayant éliminé ou redressé les contradictions, c’est-à-dire les imperfections qu’il contenait » ?. Cette périphrase remplace les mots, qui eussent paru « vieux jeu », de: perfection dans l’harmonie des facultés de l’homme et des hommes

4. La connaissance des moyens employés par autrui, de la pratique courante, est essentielle sans doute, mais élémentaire (comme pour le médecin, l'inventeur) et ne dispense pas d’ajouter de son cru. Il ne s’agit pas seulement d’inventer? Nous ne pouvons nous contenter de chercher, fütce des indications, dans le bric-à-brac des mœurs usagées qui nous conviennent par occasion. Les nouveautés, les créations doivent être faites sur mesure, par détermination directe de nos besoins. — La ligne à suivre dans un cas donné ne saurait se deviner a priori, et le plus souvent les principes d’économie, de moindre effort, de finalité, ne suffiraient pas à l’indiquer. Mais il ne suffit pas non plus d'observer la conduite universelle dans son dernier état ou son évolution; il faut tirer des lois de la vie et des conditions de l’existence les règles de la conduite en vue du bien individuel et social. Ce dernier travail ne se ramène nullement à la première opération.

2, Durkheim, i6. ; Lévy-Bruhl (p. 98) parle incidemment de l’effort conscient pour résoudre les contradictions de préceptes.

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