‹ Le Fondement du DroitChapitre 46 sur 166 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

Doctrines théologiques.

La valeur morale ou juridique attribuée à certaines situations et actions correspond en principe à un état ou à des rapports objectifs, à des propriétés particulières de l’objet apprécié. Pourtant, dès lors qu’il est difficile, d’une part, de faire accepter aujourd’hui ce principe et, d’autre part, de déterminer avec quelque probabilité idéal objectif auquel correspond notre idéal subjectif, est-il étonnant que, dans les temps anciens et encore actuellement aux esprits peu cultivés, le devoir et le droit, le péché et le délit se présentent comme résidant respectivement dans l’obéissance ou la désobéissance et non dans la nature des rapports eux-mêmes? Ce trait n’implique d’ailleurs nullement que la réalisation de l’idéal ne procède, dans une telle hypothèse, que de la contrainte et de la crainte : il se peut que l’assentiment, l’idée de la respectabilité, existent, mais se portent sur la source du droit et non sur son contenu.

Diverses autorités ont été et sont encore, suivant les temps et les lieux, revêtues de ce prestige. À l’époque primitive et chez les peuplades peu avancées, le droit est réputé émaner de la divinité ou d’ancêtres divinisés, représentés ordinairement par les prêtres ou les chefs : il jouit, par conséquent, de l’appui de la foi en un être surnaturel, susceptible d’intervenir dans les affaires humaines, et de la croyance au caractère infaillible qu’on prête à ses prescriptions. L’adhésion est, d’avance, pleine et entière à tout ce qu’ordonne le pontife, quel qu’en soit l’objet. (D’où la méthode dialectique, dont les juristes sont imparfaitement dégagés.)

Quelque incompréhensible qu’elle paraisse à certains contemporains, l’idée de Dieu n’a pas moins tenu une grande place dans l'histoire du monde. Si tous les phénomènes sociaux ne sont pas issus du phénomène religieux !, il fut du moins un temps où ils s’absorbaient avec lui dans une masse mal différenciée. Toute relation, toute institution, — famille, cité, Etat, — recevait une consécration ?

4. Durkheim, Année sociol., II : parenté, moralité...; — Belot, La relig. comme princ. sociol., Rev. phil., 1900, p. 290.

2. Fustel de Goulanges, Cité ant.; Jhering, Dr. rom., t. I, 1. 3; Lyall, Mœurs d'Extr.-Or., p. vu ; Sumner-Maine, Ancien dr., soc. prim,, p. 6; id., Ancien droit, coutume primilive..…, p. 13 : ex.

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