SECTION VII
Théories aprioristes.
De la part d’esprits critkjues et dans les stades avancés de l’évolution, l’obéissance s’attache moins aux ordres qu’aux principes. Les premiers ont perdu leur réputation d’infaillikilité alors que subsiste le sentiment que les principes ne peuvent être différents de ce qu’ils sont, au moins dans le domaine moral, le plus réfractaire au scepticisme. Mais l’assentiment, toujours nécessaire, ne va pas forcément dès lors au contenu des prescriptions ; la soumission est encore obtenue parfois à raison de l’origine du commandement, par l’autorité de la conscience, de la raison et surtout de l'impératif catégorique. Ces formes intermédiaires, loin de se ramener à de pures concepts, présentent un caractère persuasif ou impératif, un élément moteur, une tendance à la réalisation ; la ( raison pratique » n’est même qu’une volonté déguisée, tombant sous les mêmes critiques. Tous ces principes peuvent aussi être présentés comme émanés ou comme indépendants de la divinité, et alors ils se rapprochent où s’éloignent de la théorie théologique.
I. — A la foule, le « sens moral » paraît mystérieux dans son origine comme dans son essence, et des philosophes l’ont vu sous le même aspect. « [Instinct divin, immortelle et céleste voix, guide infaillible.. » : tels sont les termes par lesquels Rousseau, en son Emile, qualifie la conscience. Mais alors même qu’on la considère comme une lumière allumée par Dieu en nos esprits, elle ne soustrait pas à son propre jugement l’être humain, gratifié de pleine compétence.
L’homme constate en lui-même, comme une réalité, une aptitude à distinguer le bien du mal : c’est la conscience morale, distincte de celle des psychologues ‘. Elle lui donne l'intuition d’une règle que son caractère impératif différencie des conseils de l'intérêt. On a même soutenu qu’elle agissait universellement, avec nécessité et invariabilité. L'école écossaise, depuis Hutcheson, va jusqu’à y voir un sixième sens.
1. Bouillier, Consc., p. 1,13... Get ouvrage est vieilli, mais des juristes non attardés (Saleilles, R. frim. du dr., t. 1, p. 98) conservent la conscience à la base du droit.