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PRINCIPE DE LA RELATIVITÉ DE LA VALEUR

idéal ‘, scientifique, donnant des solutions à tous les problèmes législatifs, soit à un petit nombre de maximes, fondées sur l'équité et le bon sens, qui s’imposent au législateur lui-même, mais ne lui donnent qu’une simple direction ?. Contradiction plus grave, les uns l’appuient sur un prétendu « état de nature », idyllique ou guerrier, antérieur à l’état social; d’autres le conforment à la « nature de l’homme » et lui donnent pour mission de satisfaire à ses tendances *; quelques-uns appliquent le vocable au droit tel qu’il sort « naturellement » de la vie des agglomérations humaines, tandis que la plupart font dériver du sentiment « naturel » certaines lois qui s’opposent aux forces brutes du monde extérieur.

De telles conceptions ont pu être inévitables ou même, historiquement, rendre des services # ; elles n’en sont pas moins erronées. Qu’on l'appelle intuitive ou pratique, la raison, pour être différente de la conscience, n’en est pas moins exposée aux mêmes critiques. Bien mieux, cette « faculté », comme tant d’autres propriétés qui élèvent l’homme au-dessus de la brute, le doue peut être en même temps de la possibilité de descendre plus bas qu’elle. Les jugements les plus vulgaires des primitifs étaient plus conformes à la saine raison que tant d’affirmations prétendues rationnelles. Le pithèque qui trouve bon relativement à lui un mets quelconque erre moins que le savant métaphysicien qui plane dans lAbsolu et apprécie les choses au nom d’une valeur en soi : la ( raison » est ainsi parvenue à nier les conditions de ( vie ». Toute cette « théologie », ces êtres nulle part observables, sont nés d’une imagination insuffisamment contrôlée par des esprits peu critiques ; les principes de la morale absolue ont été conservés au même titre que les mystères de la foi, qu’on ne doit pas discuter. Ils ont pénétré partout, alors qu’ils ne devraient être nulle part : il convient d'effacer tout ce qui ne laissait agir le moi que sous main. Îl eût pu se demander si tout le monde radotait ou si, au rebours, il était le plus fou, l’homme qui, dans un tel milieu, eût pris l'initiative du bouleversement le plus complet des idées qui se soit opéré depuis que l’homme cherche le pourquoi des choses : à savoir, de poser la relativité de toute connaissance et de toute valeur

1. Sumner Maine, Anc. dr., p. xvir; Oudot, Ph. du dr., p. 67; Acollas, Idée du dr., p. 29.

2. Cp. Beudant, &b., p. 37; Planiol, Dr, civ., t. I, p. 3 et auteurs cités.

3. La vraie nature est-ce donc ce qui n’existe pas? Bannir ce qui est contraire aux « rapports naturels », équivaut à dire: l'exception (effective) ne doit pas devenir la règle (idéale).

4. Lévy-Bruhl, Mor., p. 92: les pays qui ont manqué de métaphysique n’ont pas eu davantage de physique scientifique; sans métamorale, une science des phénomènes moraux ne serait peut-être pas née.

(« égocentrisme »), c’est-à-dire d'apprécier par soi comme on pense par soi.

Un postulat essentiel qu’on ne peut accorder aux éthiques rationalistes consiste dans l’universalité de leurs maximes : « Il est, disait Cicéron !, une loi vraie, la droite raison, congruente à la nature, diffuse en tous, éternelle. Elle ne sera pas autre à Rome qu’à Athènes, demain qu'aujourd'hui : une, éternelle, immuable, elle s’imposera à toutes les nations et à tous les temps. » Dans la forme extrême, on prétend qu’elle se rencontre en tous les hommes, les embrasse tous comme sujets de droits êt possède un contenu toujours semblable à lui-même. De cette nature humaine partout identique, qui fonderait le droit passivement et activement ?, les caractéristiques seraient la raison et la liberté. Or, elles ne se rencontrent pas chez tous les hommes avec les mêmes caractères, et il serait vain, pour y obvier, de légiférer en vue d’êtres par hypothèse raisonnables et libres, sans spécifier si l’on a affaire à des hommes ni auxquels.

L'extension des communications, l’étude comparée des diverses populations du globe depuis la préhistoire, percent les inexactitudes d’une anthropologie et d’une « anthropodicée » bâties en dehors du temps et de l’espace. Il n’y a « plus de Persans de Montesquieu, d’Hindous de Voltaire, de Chinois des philosophes », — Européens à peine travestis, — plus de bons sauvages, libres ou régis par des lois d’idéales simplicité et uniformité. La présence de certaines idées dans toutes les intelligences prouverait tout au plus que leur objet se rencontre partout, mais non la valeur de l’esprit qui les conçoit. Mais, sans compter l’absence et les variations extrêmes de l’idéal (infra), ilest normal que le droit diffère de peuple à peuple ou même présente quelque confusion dans un même pays et ne reste nulle part dix ans le même, il est fatal qu'il se modifie au milieu d’un monde changeant : c’est un produit d'évolution et ses transformations sont parallèles à celles de l’homme et de la société *. S’il y a

A. Rep., III, 22. — Thiers: Le droit est à Paris comme à Pékin, en été comme en hiver.

2. Sans exiger de science spéciale. Aussi, en l’Homme qui servit de base aux éthiques grecques, chrétiennes..., on reconnaît le Grec, le Ghrétien… Cf. Lévy-Bruhl, p. 67, 72.

3. Tylor, Primit. culture, tr. fr.; Lubbock, op. cüit.; Post, Gr. des Rechts, p. 25 s. — Spencer, Mor. des diff. peuples, p. 5, 29: la confusion, décroissante, provient de la différence des conditions de vie (action directe de la discipline sociale et sélection), de la divergence entre la morale externe d’inimitié et la morale interne d’amitié, enfin de la diversité des écoles; Fortn. Rev., juil. 1888, ou Essais, III, Ethique de Kant, et Just. p. 3215

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