‹ Le Fondement du DroitChapitre 59 sur 166 · SECTION VIII · texte numérisé non relu

SECTION VIII

Tendances individualistes et socialistes.

Très près des précédentes se trouve l’idée que chaque homme possède, de par son existehce et sa qualité d’être humain, des prérogatives naturelles, des droits innés, — das nùt uns geborne Recht, suivant l’expressiôn de Gœthe. «Anthropocentriquement », la Vie est le Bien ; tout ce qui est vital, dans l'humanité, est moral. Le droit à l’évolution vitale tout entière, active, sensible, intellectuelle, constitue le droit primordial de l’individu. Le fait de sa naissance, à lui seul, lui donne le droit de vivre; l’existence des besoins dont la satisfaction est nécessaire à la vie fonde la faculté juridique de les satisfaire. L’homme a donc le droit de vivre, de se développer, de se reproduire.

Sous un nom différent, c’est le même principe qu’on pose en vertu de la liberté, du moins quand on entend par là l’indépendance extérieure et non le libre arbitre. La vie, dit-on, ne vaut que par la libre jouissance de nos facultés et même du fruit de leur activité (propriété). Le droit résiderait dans l’autonomie de l’être humain, dans la permission et le pouvoir de ne dépendre que de lui-même dans ses actions, d’être le maître de sa destinée. De ce droit fondamental découleraient tous les autres, hypothétiques, c’est-à dire subordonnés à l’accomplissement d’un fait, ou absolus, c’est-à-dire assurant directement le respect de l’individu.

On voit que cette théorie se fond avec celle de linviolabilité de la personne, basée sur sa dignité, qui en fait une fin en soi, non traitable comme une chose. Dès que la personnalité est définie un sujet de devoirs, on touche à la doctrine qui fonde le droit sur l’obligation.

Distinctes à l’analyse, les idées de liberté et de dignité ont suivi une évolution presque parallèle ; le sentiment de la liberté semble inséparable de celui de la dignité, tandis que la liberté s’est souvent affirmée sans aucune dignité. Le christianisme, il faut lui rendre celle justice, a relevé, à cet égard, l’homme, dont les philosophes antiques avaient accepté l’esclavage. Quant à la doctrine de la liberté, elle est traditionnelle en France, et, par l’intermédiaire de Rousseau, elle a influé sur Kant !. L’idée du droit subjectif inné a inspiré les

4. Delbos, Phil. prat. de Kant, p. 115. — Descartes, Mirabeau, Maine de Biran, Royer-Collard, V,. Cousin, Jouffroy..., Proudhon, Franck. — Novicow

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