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SECTION IX

Systèmes logiques et téléologiques.

1° À base absolue.

Sous cette forme particulière, ces systèmes sont intermédiaires entre l’a priori et le relatif : la base est posée comme inconditionnée, le reste est déduction. Les données directes de la volonté, de la conscience ou de la raison, précédemment étudiées, étaient seulement susceptibles de fournir matière au raisonnement ; suivant de nombreux moralistes, tout se réduit, par contre, aux rapports de la pensée, & à la raison travaillant sur elle-même au moyen de la logique formelle ». Le devoir consisterait en l’absence de contradiction dans la poursuite du but final et en l’adaptation des moyens à la fin: rester ‘d'accord avec soi. Ce critère est purement formel et, même si l’on admet que le vice résulte d’une inconséquence et que le mal ne peut être érigé en règle logique, cette théorie ne fournit aucune indication sur le contenu du devoir. Les théories que nous allons esquisser s’efforcent de remédier à cet inconvénient.

La méthode a priori légitime consiste, suivant Kant 1, à partir de « propositions dont les négations (ou l’affirmation) sont inconcevables et à avancer par des propositions dépendantes successives de même nature ». — Que ces vérités soient expérimentales, mathématiques où logiques (Littré), il n’est pas moins nécessaire de sortir des constatations ou du raisonnement abstrait pour ex tirer des préceptes applicables à la vie pratique. Existe-t-il d’ailleurs de tels axiômes? Un petit nombre paraissent tels aux gens raisonnables ; mais la raison a-t-elle raison ? D’autres les nient, mais précisément à cause de cela nous négligeons leur jugement ! La plupart sont contestés.

Les posilivistes ont renouvelé ces idées. Leur conception est intellectualiste, en ce qu’elle accorde à la connaissance une part plus large qu’au sentiment : « Ne s’étonner de rien, tout comprendre. Se prémunir contre le retour des actes dont on a constaté la nocuité, comme contre le feu ; assurer le retour des actions utiles, comme on prépare celui des moissons : sans haine. Le grand mal est l’erreur ou lignorance ; atteindre le bien à l’aide du vrai ?. » En un mot, sa-

4. Spencer, Probl. de mor.: Mor. de Kant; Renouvier, Sc. de la mor., préf. 2. Cp. Fouillée, Mor. cont., p. 39 s; p. 44: Taine; p. 86, Sidgwick.

voir pour pouvoir, — on dit même volontiers : savoir, c’est pouvoir. Et cette science, purement positive, se passe de métaphysique ; aussi Littré !, abordant le problème spécial de la justice, ne dépasse-t-il pas les trois échelons de la biologie, de la psychologie et de la logique.

Les origines des phénomènes moraux remontent jusqu’à la trame de la substance vivante, aux besoins de la nutrition et de la génération, nécessaires à la conservation de l'individu et de l’espèce. De ces besoins dérivent l'amour de soi-même et l’amour des autres, les sentiments égoistes et altruistes, auxquels s’adjdignent des sentiments désintéressés s'appliquant à de pures idées et qui sont l’amour du vrai, du beau et du juste. Nous parvenons ainsi au domaine supérieur qui est propre à l’éthique. « Le juste, rapporte M. Fouillée, est de l’ordre intellectuel, de la nature du vrai, et il est aussi distinct de l’utile que le vrai l’est lui-même. Son origine et son fondement en font foi. D’après l’histoire, l’idée primordiale du juste n’est autre que celle de compensation, de dédommagement, conséquemment d’égalité à établir ou à rétablir entre les personnes. » Aristote Le définissait déjà : ce qui est conforme aux lois et à l’égalité, et son nom latin, æquum, évoque la même pensée. D’après l’analyse psychologique, ce concept lui-même se ramène à la notion d’identité : pour fonder la justice, il a suffi que nous reconnaissions, d’instinct, la ressemblance ou la différence de deux objets. À égale À , un homme égale un homme, voilà le point de départ commun à tous nos jugements ! ; de cette intuition fondamentale, base des démonstrations logiques, dérivent les « conclusions » spéculatives, transposées en « devoirs » dans le domaine de l’action. À ces deux catégories d’obligations s’attache la nécessité impérative, qui est le propre de la vérité logique.

Au point de vue physiologique, la thèse de Littré n’est pas irréprochable. La nutrition n’est nullement le seul besoin égoïste et la génération ne se cantonne pas dans la sexualité: aussi rattache-t-il abusivement à cette dernière tous les besoins sociaux. Dans le domaine psychologique, la supériorité des sentiments altruistes est affirmée sans que leur irréductibilité à Pégoisme soit démontrée. — Quant à la base des déductions logiques, c’est une pure hypothèse : si je ne puis, sans contredire mon jugement par ma conduite, m’attribuer plus qu’à vous lorsque nous sommes égaux, éette obligation cesse dès qu’on constate que l’égalité n’existe pas : or elle n’est nulle part.

1. Orig. de l’idée de justice, Philos. posit., mars-avril 4870.

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