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CONCEPTION DE LITTRÉ

Dira-t-on que, existant comme idée, il faut qu’elle existe comme fait ? & Pourquoi? Les mathématiques constatent et ne réparent pas » (Fouillée). Pour que la nécessité logique se transforme en nécessité morale, les attributs effectivement équivalents devraient être en outre également inviolables. La moralité consisterait-elle à demeurer d’accord avec ses prémisses ? Si je veux rester membre de la société, disent Hobbes et Spinoza, je dois exécuter mes engagements, parce que le contrat est un de ses moyens. Mais, en les violant, je reste logique avec mon intérêt ! «IL esi d’ailleurs, dit M. Fouillée, une identité encore plus complète que celle sur laquelle Littré appuie la justice : moi — moi, et moi avant tout. »

Cette théorie repose sur la confusion intentionnelle et bien intentionnée entre le domaine de la connaissance et celui de l’action. Pour que les conclusions d’un syllogisme soient des devoirs, la majeure doit porter sur des fins à atteindre et à la mineure sur des moyens appropriés.

— Les systèmes téléologiques n’ont pas tous le même caractère ni la même valeur. Quelques-uns supposent l’existence d’une fin absolue. L'homme a un but et des facultés, il a le droit de disposer de son activité en vue de cette fin. La société a un but, qui est d’aider ses membres à atteindre les leurs ; elle compte donc parmi ses attributs tous les pouvoirs nécessaires. Quelles sont ces fins ? De deux choses lune : ou bien elles sont vraiment absolues (la perfection des facultés..), c’est-à-dire métaphysiques, et comme telles exclues, parce que le positif ne comporte que du relatif ; ou bien elles se ramënent à une contingence (le fonctionnement, le développement des facultés) et on n’y est tenu qu’autant qu’on accepte de poursuivre la fin supérieure vers laquelle elles s’acheminent. |

Si l’on offre à l’homme de suivre sa nature, ce ne peut être que sa nature actuelle ou sinon le terme de l’évolution ou une fin extérieure. Dans ce dernier cas, il y a solution de continuité. Dans le premier, il y a tautologie. « Homme reste homme » est aussi vain que: « Triangle reste triangle ». Cela signifie-t-il: fais-toi valoir, développe tes aptitudes ? Alors il y a ou bien conflit entre elles, ou bien sacrifice des unes, considérées comme simples moyens, aux autres, envisagées arbitrairement ou métaphysiquement, comme fins ultimes ?.

4. Adde: liberté, harmonie... (supra). L’idée de devoir, dit M. Beaussire, suffit au droit comme l’espace à la géométrie : elle est au point de départ, tout le reste est déduction.

2, Fouillée, tb., p. 675, 89 s, 108 : Renouvier part des fins (bonheur) réelle-

2 Systèmes finalistes à base relative.

L'utilitarisme, à n’en pas douter, se range parmi ces systèmes, car l'intérêt suppose une relation entre un moyen et une fin, laquelle n’est, en général, pas présentée comme possédant une valeur absolue. Avec lui, apparaît la correspondance entre les éléments subjectif et objectif, entre l’esprit humain et certains rapports extérieurs, COrrespondance qui sera mieux comprise par les théories subséquentes. Chez les uns, toutefois, domine le côté, interne, du plaisir, des désirs, des besoins, tandis que, chez d’autres, ressort le côté, extérieur, de la désirabilité, de l’intérêt réel. Même dans le premier cas, le principe utilitaire se distingue de la conscience, en ce qu’il apprécie les actes plutôt par ce qui suit, d’après les conséquences éprouvées par Pindividu ou la société, que par les appréciations qui les précèdent dans l'esprit. Même dans le second, la fin proposée, plus ou moins bien entendue et élevée, matérielle ou spirituelle, n’est pas présentée sous un aspect transcendant, telle la perfection. Souvent même on s’en tient à des satisfactions, sinon égoïstes, du moins assez grossières et impératives, et ainsi s'explique que, aux époques de crise du rationalisme, apparaissent ces deux formes du matérialisme juridique : le droit fondé sur les besoins ou sur la loi, qui en est l'expression collective, soutenue par la puissance.

L'intérêt d’ailleurs exerce une influence permanente sur la législation et les mœurs et la doctrine qui Périge en principe est presque aussi vieille que l’humanité. Dés l'antiquité, Callicrate, dans le Gorgias, Carnéade, Epicure, Cicéron même, soutiennent qu’on peut légitimement ou même qu’on doit rechercher l'utilité, et que le fondement de la société et de la justice n’est point autre. Au moyen-âge, les princes (Louis XI, Ferdinand d’Aragon...), les politiques (Machiavel), les publicistes (même Pufendorf) et jusqu’aux ecclésiastiques, ont pratiqué, conseillé ou excusé la recherche du bien particulier ou étatique. Dans les temps modernes, c’est en Angleterre que Putilitarisme a trouvé ses expressions et applications les plus nettes. Bentham, selon Sumner Maine, aurait eu la direction intellectuelle de ses compatriotes pendant un demi siècle: son succès, corrige-t-on, tient plutôt à ce qu'il a merveilleusement formulé ieur caractère national !.

Même sous ses formes perfectionnées, ce système s’apparente

ment désirées par l’homme et des différences de valeur établies entre elles, I1 n’en résulte qu’un impératif hypothétique. A. Anc. dr, p. 15; Fouillée, Idée du dr., p. 51; Guyau, Mor. angl. cont.

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