CHAPITRE II
Le réalisme, l’amoralisme contemporains, proviennent notamment de l’athéisme, du déterminisme, de l’évolutionnisme. Pourtant V’absence des dieux n’est pas une raison pour que nous nous croyions tout permis : si, à défaut de gardiens, des forçats s’entre-déchirent, nos instincts sociaux, notre intelligence, ne nous amènent pas moins à une conduite plus sage, dont, les premiers, nous profitons. Le déterminisme n’est pas le fatalisme : il existe en nous une puissance réactive à qui le réalisme n’interdira pas de se manifester. Quant à l’évolutionnisme, il n'empêche pas l’homme d’introduire de nouveaux facteurs dans l’évolution et a fortiori de conserver ceux qu’il possède, tel le sentiment de l'idéal. Bien mieux, il montre le développement de l « art », son efficacité croissante et finalement la possibilité, pour l’homme, de devenir l’instrument conscient de sa destinée ; avec la sûreté qui s’attache à une méthode d’observation, il permet de prévoir l’avenir, de fixer l’objectif rationnel de la conduite. Produit de la connaissance, l'idéal rencontre aussi une opposition soulevée au nom de la vie, qu’on souhaite plus intense : mais cet objectif offert par les évolutionnistes, c’est précisément la vie, dans son développement, qu’ils nous enseignent devoir être graduel: le moi ne doit pas s’épandre brusquement, sans limites, ou se délayer sous prétexte d’absorber le non-moi, et l'équilibre, l’harmonie, la coexistence maximum des libertés se trouve dans l’action et la réaction pondérées de chaque être et de son milieu. — Ces contestations fixent notre programme.
La possession d’un idéal étant une réalité, nous ne nous demanderons si elle est possible, qu’au point de vue rationnel, c’est-à-dire si elle est fondée en raison, légitime. Est-elle efficace? Elle l’est non seulement en ce sens qu’elle tend à se propager, mais encore en ce qu’elle amène à réaliser son objet, sous condition qu’il soit possible lui-même. Est-elle désirable? Sans elle, non seulement nous ne pourrions choisir la voie à suivre, mais nous risquerions fort de nous tromper. Mais ces conditions, — nécessaires, car il serait vain de fixer un objectif irréalisable ou mauvais, — ne sont pas suffisantes: il nous