DIVERS PROCESSUS DE L'ACTIVITÉ PSYCHOLOGIQUE
sert d’objecter que les précédentes n’offrent pas la même faculté. Cette indispensable condition peut d’ailleurs être remplie de diverses manières : sans désirer une chose pour elle-même, nous pouvons croire qu’elle est adaptée à telle fin que nous désirons et cela suffit parfois à sa réalisation.
Encore faut-il que le phénomène psychique ait lieu. Comment peut-il se produire sans le libre arbitre? Il n’est pas au pouvoir de l’homme de se créer de toutes pièces des mobiles, d’aspirer à ce qu’il ne désire pas, de libérer sa volonté ou, si l’on veut, de la déterminer en dehors de toute volition. Néanmoins nous avons l’idée de notre pouvoir sur nous-mêmes et de celte idée dérive, sous certaines conditions, ce pouvoir même. « Il y a toujours, dit M. Fouillée !, un certain degré de liberté Là où il y a vision de plusieurs actes possibles, conflit d’idées-forces, ambiguïté au moins apparente des futurs, absence d’une spécialisation qui enferme l’être dans un seul genre d’actes, comme l’insecte qui ne peut bâtir qu’un seul genre de cellules. »
Complétant cette propriété, qui n’est ni le libre arbitre ni une étroite détermination, il existe une certaine indifférence subjective et une « interchangeabilité » objective, qui confèrent une quasi-liberté. L’homme peut non seulement préférer une chose qui ne lui plaît pas à une qui lui déplaît davantage, mais encore vouloir, en vue d’une chose qu’il désire, une chose qu’il ne désire pas, et cela, non par comparaison et choix entre les deux termes d’une alternative, mais comme un moyen pour une fin. Tandis que la première particularité est commune avec les actes impulsifs, la seconde est propre aux actes finalisés, à but spécifique ou générique.
Lorsque le désir porte directement sur un objet, l’efficacité d’un idéal contraire est, toutes choses égales, moindre que si l’objet, non désiré par lui-même, est voulu en vue d’une fin extérieure. Dans le premier cas, il n’y a pas deux modes de satisfaction possibles et, s’il s’agit d'empêcher l’acte, il faut supprimer ou remplacer le désir ; cet acte étant préféré, dans son individualité, de toute la puissance de l’appétition dont il est l’objet, un mobile différent devra, pour triompher, posséder une grande force. On ne peut ici compter que sur la faiblesse de l’impulsion (en intensité absolue) ou sur l’existence d’impulsions concurrentes ou contraires (intensité relative).
4. 1b., p. 99; Idée du dr., p. 248, 255; Lib. et dét., 2e p.: Si, au moment où la passion m’entraîne, je conçois la possibilité de modifier cette direction pour atteindre une fin meilleure, cette idée de ma puissance est en moi le commencement d’une puissance réelle; c’est une force opposée.
Supposons au contraire un syllogisme téléologique : je désire tel but, je crois que tel moyen est approprié, le mieux approprié, donc je veux ce moyen. Il suffit de changer la conviction pour modifier l’objet de la volonté résultante. Chez tout homme réfléchi, la démonstration de l’inadaptation d’un procédé, de la meilleure adaptation d’un autre, aura comme résultat de substituer le second au premier, par hypothèse, non désiré. Or la modification d’une croyance, simple affaire de compréhension, est plus facile que celle d’un besoin ou d'un désir : tout se ramène à la possibilité d’une démonstration par la science positive. — Outre ce rôle directeur, la croyance, sans affaiblir précisément le pouvoir moteur, rend la volonté moindre que le désir ou au plus égale et la préférence moindre que la volonté ou au plus égale. L’intensité de la conclusion est fonction des prémisses; or, même si la foi dans le moyen est absolue, elle ne saurait attacher à lui plus fortement qu’au désir initial. D’autre part, tandis que l'impulsion directe tend à faire passer immédiatement à l’acte, la délibération entraîne une sorte d’indécision momentanée ; aussi la tendance des sensations à se transformer en actions va en décroissant à mesure qu’on s’élève vers un type humain supérieur : la vie individuelle et sociale peut ainsi être d’autant mieux organisée, c’està-dire harmonisée en elle-même et appropriée aux nécessités extérieures. Moins spontanés, moins isolés, les phénomènes psychiques sont mieux coordonnés : la cause qui produit un sentiment « réveille immédiatement toute une série de sentiments antagonistes » (G. Le Bon). L’hésitation, compagne de la réflexion, rend en même temps la conduite plus indépendante de l’accident, moins fatalement unie aux circonstances, aux mobiles surgis isolément. — Tandis que le désir tend exclusivement à se satisfaire par l’accomplissement de son objet, le fait qu’un but se cherche un moyen rend moins fatal tel ou tel procédé, à moins qu'une association impérieuse d'idées ne les lie l’un à l’autre. Dans tous autres cas, ce seul fait ouvre une alternative. L’objet voulu « médiatement » l’est par une opération détachée, même s’il s’impose à première vue : on définit le but, on apprécie le moyen. La volonté n’a plus le même caractère de fixité; son objet (comme son intensité) varie à raison des changements du désir et de la croyance, et cet effet se multiplie à mesure que s’allonge la chaîne des syllogismes où la conclusion de l’un est majeure de l’autre. Une proposition ou un ordre survenant, opposés, on cherchera une autre issue au désir, et on s’y conformera d’autant plus volontiers que le premier acte conçu n’était pas recherché pour lui-même. Généralement on ne croit pas que l’adaptation de tel moyen soit absolue ni