LE SUJET PENSANT ET AGISSANT
viduel ou social reste à la base, comme centre d’action et de cons: cience, malgré les influences externes d’autres moi, de l’ascendance et du milieu. La pénétration réciproque n’est pas destructive de l’individualité: c’est toujours Le moi qui cherche son bien.
Il y a un droit et pourtant il n’existe pas dans la nature : il lui faut un créateur qui lui donne sa valeur, rapportée à ce dernier. Il en est deux concevables : les dieux célestes ou quelques dieux terrestres, moi individuels, étatiques (Hegel) ou sociaux. Nous ne connaissons pas ceux des Olympes, nous ne savons s’ils existent et pouvons encore moins les prouver que les nier, ni surtout « nous mettre en leur peau » pour juger. Les autres s’écrient : Dieu est mort, je suis dieu! Le résidu de la connaissance et de l’action après un criticisme ou nihilisme intellectuel, universel et provisoire, c'est le moi pensant et agissant, avec sa vérité et son bien. Il est la suprème thèse qui s’affirme (6606, riônw?), et ainsi il joue le rôle que remplissaient les divinités dans les morales théologiques. C’est d’ailleurs un absolu tout relatif. Mais ce sujet, qui reste à préciser, suffit, en se prenant pour base, à remédier à l’amoralisme, à établir un tarif estimatif des choses, qui ne nécessite nullement une fin objective de valeur hyperphysique. C’est un fait: l’homme est le centre de ses connaissances ; de même l'éthique doit être et est effectivement « égocentrique ». Tout dérive du moi.
Qu’il soit esprit ou force, libre ou déterminé, un ou composé, unique ou multiple, peu importe. Ce peut être le sujet humain ou, s’exprimant en lui, le sujet social. Comme toute chose vivante, il possède ses désirs et ses aversions, son bien et son mal. Ceux-ci sans doute n’ont rien d’absolu, mais il ne saurait en être autrement : l’idée de valeur en soi supprimée, il ne reste que des valeurs relatives,
si la spéculation et la pratique ne sont pas dissociées, si l’on passe du premier au second, pourquoi ne pas interdire inversement de penser sur ce
qui échappe à notre influence ? — Revenons à la suite du résumé: 4 Le sujet conçoit par la projection de soi un idéal positif de liberté individuelle et de société universelle, — idéal à la fois cosmologique, social et
moral, et d’autre part rationnellement persuasif. 5° Idées-forces. 6° Fondement d’une valeur supérieure. Droit restricteur: justice; droit persuasif: fraternité. T Liberté extérieure; laisser à chacun la spontanéité intérieure, la faculté de se diriger d’après ses idées-forces. (Spencer attribue à chacun les conséquences de sa conduite.) 8 Cette limitation se déduit de la limitation des intelligences. 9° L'égalité se déduit de la liberté. 40° L’6galisation progressive des conditions économiques et naturelles est une conséquence ultérieure, amenée par la nature même et le progrès social. 41° Le droit idéal et réel devient le maximum de liberté égale, compatible avec le maximum de force et d’intérêt pour l’organisme social. — P. 290: faits, idées (droit), influence des idées sur les faits.
existant par rapport à un sujet. L’idéal relatif est même en progrès sur la morale qui reposerait sur un absolu insaisissable. L’être qui penserait et jugerait d’après de prétendus noumènes mourrait promptement ; celui qui se borne à un idéal fait pour lui, vit ; or, si la Vie n’est pas un Bien, du moins sa vie est-elle son bien. De là ressort la nécessité, posant la relativité de toute valeur, comme de toute connaissance, de boulevërser l’éthique théorique.
Niant tout bien et tout mal, c’est cela qu’une autre révolution nous enlèverait, en contradiction avec le lot de tout être vivant! L'homme, forcément est anthropocentrique. Pas plus que rechercher l’absolu, il ne peut faire abstraction de soi. Condamner les idées d’utilité et de nocuité, de désirabilité, cela équivaut à nier la sphéricité de la terre et les propriétés de la sphère, sous prétexte que cela n’existe que par l'esprit. Le droit existe par la vertu des moi, mais pour ne pas préexister en dehors de nous, il n’en correspond pas moins à desrapports objectifs. Le caractère absolu, superposé par les morales et purement apparent, ne contredit nullement à ces conclusions. Il n’y a pas de droits et devoirs en soi. Toute valeur, par définition, est, non une qualité intrinsèque, mais sa « relation » avec une base d'appréciation. (Une même chose est donc susceptible d’être, à la fois, bonne et mauvaise.) En réalité les morales même les plus générales et impersonnelles d’aspect ne sont pas dans leurs préceptes pratiquement similaires, autre chose que des idéaux personnels, alors même qu’elles n’exprimeraient pas seulement des dispositions naturelles ou acquises ou des réactions contre ces mémes influences. Sous les conceptions communes, chacun fait rentrer les siennes propres. Proposer des idéaux relatifs à l'homme et à la société, ce n’est donc que systématiser l’état actuel.
Chacun est dieu et souverain dans sa sphère. Est-ce à dire qu’il possède une valeur absolue et une sphère illimitée, sans compte à rendre à personne ni restrictions à imposer au prochain? Il n’est point nécessaire qu’un sujet ait une valeur pour en créer une par rapport à soi. Il n’en a peut-être aucune, mais les choses en ont certes pour lui : un objet ne peut-il présenter relativement à un sujet un caractère dont celui-ci n’est pas doué? Le moi, comme le monde sous ses formes successives, est envisagé ici sans valeur en soi, comme ni bon ni mauvais. Il n’a point à éprouver quelque vanité de son caractère divin, à s’adorer lui-même, à se confondre avec le Tout, mais seulement à croire qu’il est le centre de ses relations avec le monde, la base de ses impressions, de son activité et de sa science (et nullement le but de l’univers).