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GARANTIES DE L’'IDÉAL

les conditions d’existence sont à la fois naturelles et sociales finit par concevoir, vouloir et aimer ces conditions, dont les unes empruntent à leur universalité sa puissance » (Comte, Fouillée).

Nous n’insisterons pas sur la corrélation de cette relativité avec celle de la connaissance, ni sur l’avantage de ne pas donner un même idéal concret à des sujets de catégoriés différentes. L’idéal ne vaut que relativement à l’un d’eux et est conditionné par lui, mais c’est la seule manière de lui conférer quelque prix. Il n’y a que le relatif, ou du moins, s’il existe un fondement métaphysique, nous n’en savons rien. Remarquons d’ailleurs que cette nécessité logique, économique et essentiellement hypothétique, prend un caractère absolu quand la notion de la fin est disparue et qu’elle nous apparaît ainsi en pratique, la plupart du temps. De plus, si le sujet transgresse l’idéal, il s’expose à en subir les suites.

Mais, pas plus que le sentiment de l’obligation ne crée une obligation absolue, la sanction naturelle n’est une sanction morale. Ainsi, chacun des sujets ne saurait adapter le milieu à soi plus qu’uniquement s’adapter à lui : l’action et la réaction sont nécessaires sous peine d’inexistence ‘. Mais c’est là quelque chose comme un conseil d'hygiène. — Qu’importe ! On ne transgresse pas impunément une telle consigne : la nature, comme la société, a de terribles sanctions etil n’est pas question d'y abolir la peine de mort. — Toutefois, suivre notre nature, n’est-ce pas un précepte commode, susceptible de couvrir tous les vices et toutes les lâchetés ? Notre nature est placée dans la Nature et nous devons, sous les mêmes menaces, y jouer notre partition. — Qui m’y obligera contre mes intérêts personnels ?

4. Fouillée, El. soc., p. 95-104: Rien n’est moins exact que d’imaginer l’être comme une suffisance interne. La vie plus intense ne peut pas ne pas devenir plus expansive, ne pas se répandre au dehors, non seulement pour exercer son action sur autrai (Nietzsche), mais pour s'unir à lui. L’être a toujours besoin d’accumuler un surplus de force, même pour avoir le nécessaire. La surabondance se manifeste par le besoin de fécondité, intellectuelle, sensible, et non pas seulement génésique. La vie a deux faces : nutrition et assimilation, production et fécondité; plus elle acquiert, plus il faut qu’elle dépense. C’est la loi: l’expiration suit l’inspiration. Et la puissance se déploie mieux dans l’union que dans la lutte: la vie individuelle communie avec la vie universelle. La biologie, au nom de laquelle on soutient l’égoïsme, est synthèse, solidarité, sympathie. Vie, société, moralité, recouvrent une identité profonde. (Cp. Novicow, Just. et exp. de la vie.) — P. 98: l’action qui a ses antécédents dans l’organisme tend à le rendre plus organique, à l’élever; l’influence extérieure fait que l’organisme agit comme s’il était inorganique, comme la poussière soulevée., — Mais la valeur ne s’attache pas qu’à la première catégorie. L’être sans doute a forcément un idéal en réaction contre le non-moi: la réalité, toutefois, comprend le non-moi comme le moi, l’adaptation passive comme l’active.

Mon intérêt mieux compris, celui de mon groupe ou de ma race, dont je me sens solidaire, — et cette formule embrasse mes instincts (infra : Nécessité du devoir).

Les conditions, avons-nous dit, sont subordonnées à la fin, mais acquièrent la nécessité qui leur manquait, dès que cette fin est ellemême une nécessité de fait, étant donnée la constitution du sujet. Or celui-ci non seulément désige sa vie, mais ne peut pas ne pas la désirer. Cette tendance est le produit inévitable de l’évolution, car si ses ancêtres ne l’avaient possédée, l’être actuel j'existerait pas, et les circonstances sont rares où il est besoin de lui faire de la vie un devoir.

Prétendrait-on rationaliser le moteur de la vie, en subordonner l'existence aux conclusions favorables ou défavorables d’un raisonnement, de l’intelligence? Cette vue, inexacte, tendrait à renverser l’ordre naturel de subordination, à ériger en principe le subordonné et à abaïsser la cause finale au rang de dérivé. Si la rationalité coïncide avec la vie, c’est qu’elle est influencée par celle-ci, et se rend à son ordre. Kant, déjà, convenait que l’homme a pour fonction d'agir et non pas tant de savoir ! et qu’il est incapable de connaître le dernier mot : aussi donnait-il la prééminence à la volonté, sous le nom de raison pratique. Après lui, Comte proclame qu’il faut « penser pour agir ». Loin que la vie ait à se réclamer d’une fin, elle constitue la mesure de la valeur, la source des idées-forces : l’objet à mesurer coïncide avec l’étalon. Toute justification extérieure est une émanation d’elle-même et ne saurait la justifier ?. Elle seule est assez vaste

1. Ge n’est pas tout à fait le mot de Bonald, retourné par Comte : « L'homme est un organisme servi par une intelligence », La vie animale a-t-elle pour unique fin la vie végétative ? Nous disons seulement que ce qui est « survenu » a besoin du support qui le soutient et dont il est actuellement un moyen, et non qu’il ne constitue pas la fin dernière. (Gomte lui-même dit ailleurs que le supérieur explique l’inférieur.) Le développement complet de l’esprit exige la vie sociale, mais celle-ci présuppose l’esprit; la connaissance est aujourd’hui la servante de la vie organique, mais la psychologie ne s’absorbe pas dans la physiologie. Toutefois la société implique Pindividu, et il n’y a pas de vie intellectuelle sans vie animale, ni de vie animale sans vie végétative.

2. Fouillée (1b., p. 104, 275) rattache le prix de la vie au sentiment de jouissance qu’elle entraîne, — Et si elle douloureuse, à charge? Nous préférons faire reposer le besoin sur la vie, le psychologique sur le biologique, car la vie ne s’accompagne pas toujours de sensations. On ne saurait lui donner de valeur qu’à la condition de savoir ce qu'elle est et par la métaphysique: c’est la subordonner au mystère ou au moins obliger à en attendre l’éclaircissement. Donc, ne pas poser la question et même refréner le souci de rationalisation, qui demande à tout des raisons ; laisser la vie s’affirmer comme une force, — c'est encore la plus puissante, la moins discutable, la plus « demandée ». Le plaisir n’est apparu que comme un

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