NÉCESSITÉ DE LA PARITÉ DES CIRCONSTANCES CONCOMITANTES
lui-même, n’est autre chose que l’aspect éthique sous lequel se présente la loi biologique en vertu de laquelle la vie en général s’est maintenue et a évolué vers des formes supérieures : celte loi est donc revêtue de la plus haute autorité possible, » Elle prévaut sans calcul dans le monde animal, et c’est vers elle que s'efforcent plus ou moins habilement les législations humaines, la conscience et la plupart des morales théoriques (les variations apparentes s’expliquant par le changement des sujets, non moins que du milieu, et par les corrections apportées à notre Conception) ; vers elle aussi la réflexion nous conseille de tendre. Il n’est donc pas étonnant que le Système de Spencer soit seulement un perfectionnement des idéaux traditionnels, sa supériorité résidant en ce qu’il a pleinement conscience des conditions indispensables à remplir : il combine la vieille maxime ! d'égalité de liberté avec le principe moderne de la survivance des plus aptes. Pouvait-il en étre autrement ? C’est par leurs actions et réactions et par la sélection, que les formes vivantes s’adaptent au milieu et se surmontent elles-mêmes; or la nature, dans l’ensemble, ne se trompe pas dans ses procédés de perfectionnement automatique ct l'être réfléchi ne peut mieux faire que de les suivre, en les améliorant à son point de vue.
Le maintien et le développement de l’espèce ? résultent du ériomphe des mieux adaptés et le requièrent. Or celui-ci suppose et exige la parité des circonstances concomitantes entre les concurrents, afin que le résultat de la lutte ou de la rivalité indirecte exprime exactement les véritables et personnelles aptitudes comparatives de chacun et non point les dispositions extérieures accidentelles ou même les qualités momentanées et inessentielles des sujets. Les procédés brutaux violent ces desiderata, parce qu’ils multiplient les effets d’une légère supériorité relative et rendent définitifs les résultats d’une lutte fortuitement inégale. Un acte isolé devrait n’être prohibé et ne désavantager que s’il était significatif de graves particularités ou avait
physique : équilibre des activités coordonnées; — biologique : balance des fonctions (et le plaisir coïncide avec l’état normal des fonctions); — sociologique: diminution de la guerre et de la coopération forcée, qui y est adaptée.
1. Du droit naturel et de Kant. Mais la voie est plus sûre: au lieu de l’6noncer comme une exigence a priori indépendante de toute fin utile, Spencer y voit une condition de vie en général et de vie sociale en particulier.
2. Spencer part de ce point: « Dans la hiérarchie des obligations, la préservation de l’espèce prend le pas sur la préservation individuelle. » Le bien-être de l’espèce — Simple agrégat — n’estunefin que parce qu’il collabore au bien-être de ses membres; mais la disparition de lespèce emporte celle des individus, tandis que celle d’un grand nombre d’individus laisse subsister l’espèce, c'est-à-dire la possibilité de réaliser le but final.
une tendance à se généraliser ; en lui, on vise son développement virtuel. Les bons effets exceptionnels des moyens brutaux se trouvent, à la longue, mieux assurés par une multitude de petites lésions ou de petits profits appliqués à chaque manifestation d’une disposition favorable ou défavorable. La longévité, chez les hommes et en particulier les civilisés et chez les nations, tend à rendre superflus les procédés brusques, en multipliant les avantages d’une tendance conforme aux conditions de vie.
Une bonne sélection, suivant Spencer, et par suite le développement de l’espèce, impliquent une relation étroite entre la conduite el ses conséquences !. Cette corrélation existe sans conteste et sans exception dans le règne animal et en assure la prospérité. Dans le domaine social, elle s’affirme par le principe que tout individu doit être à même de recueillir, et recueillir effectivement, les avantages et inconvénients inhérents à sa nature et aux actes qu’elle lui impose. Envers les solitaires, il n’y a pas d’autre exception, que l’assistance et la subordination qui résultent de la faiblesse du jeune âge et favorisent l’éducation de la progéniture. « Durant l’enfance des animaux, avant que l’auto-sustentation soit possible, Les avantages gratuits leur sont accordés en raison inverse de leur aptitude à s’aider eux-mêmes (si elle correspond à une plus grande jeunesse ; sinon, pourquoi soutenir Les faibles à égalité d’âge ?) ; à l’âge adulte, la part est enraison directe du mérite, celui-ci étant mesuré par l’adaptation aux conditions d’existence (plus loin : à l’échelle du pouvoir d’autosustentation). Telles sont les deux lois auxquelles une espèce doit se conformer pour durer. Si les petits étaient rémunérés selon les services rendus et les adultes en raison de leur faiblesse, l’espèce dépérirait et s’éteindrait: 4° par la perte d'individus supérieurs, 2° ensuite par la propagationd’êtres inférieurs entravant celle des supérieurs. »
La loi sociale idéale n’est pas autre chose que cette loi biologique mise à l’impératif, car elle demande à être respectée dans notre propre intérêt. Spencer voit là la « justification » d’un « devoir ». La notion de désirabilité reste, en effet, utile, malgré la tendance conforme, lorsque celle-ci est insuffisante.
Pour que cette loi produise ses pleins effets, elle doit s’exercer sur tous les adultes ; c’est la restriction de la liberté de chacun par celle
4. Ib., p. 3, 7, 12, 21, 18: « 11 n’a que ce qu’il mérite! » Déjà dans son 1ntrod. à la sc. soc., ch. XV, il montrait les effets choquants de la violation de ce rapport: l’imprévoyance des Anglais vient de ce que la loi les protège contre les conséquences de leurs désordres et oblige les travailleurs réguliers à soutenir les fainéants., — Soc., $ 322.