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RELATION ENTRE LA CONDUITÉ ET SES CONSÉQUENCES

de tous, par l'égalité : tout individu, en évitant les dommages et en poursuivant sa propre sustentation et son développement ou ceux de sa progéniture, doit ne pas gêner ses congénères dans l’accomplissement des mêmes actes, ne pas les empêcher de recevoir les suites naturelles de leur force ou de leur faiblesse.

Tels sont donc les deux premiers préceptes de la justice : ne pas être privé du fruit de ses actions ni se décharger sur autrui de leurs conséquences fâcheuses ; ne pas mettre obstacle à leur observation par autrui. Tandis que le premier s'étend à tous les êtres, le second, dans l’ordre du temps et de l'autorité, est particulier aux créatures qui vivent en commun : c’est la forme que prend le précédent en présence de la vie grégaire, dont c’est souvent une condition de maintien. Il est encore plus impérieux chez l’homme, car la nécessité de l’association y est plus grande.

En dernier lieu, apparaît cette condition, cette maxime : puisque la surcharge ou le sacrifice de quelques membres peut être favorable à l’ensemble (ou plus utile que la poursuite de leur avantage particulier), il est des circonstances qui légitiment une telle conduite. C’est une seconde restriction à la loi fondamentale. Elle suppose que lPespèce a des ennemis; chez Phomme, cette subordination totale ou partielle de soi est réclamée en outre par la lutte contre l’homme lui-même, mais elle s’arrête à la guerre défensive.

Telle est, interprétée librement, la remarquable construction juridique de Spencer. Quelques éclaircissements et corrections complèteront êt défendront la nôtre.

On a adressé à Spencer les reproches les plus opposés, souvent à la fois injustifiés. Il fonde une nécessité relative, mais d’une grande autorité. Pourtant on l’accuse de ne donner que de simples conseils ou, à l’inverse, de distinguer, comme un partisan du droit rationnel, parmi les faits et de n’admettre pour base que l’ordre stable. Mais à quoi rimerait un idéal portant sur les conditions de vie de quiconque et en toute circonstance? Il faut bien limiter ces exigences contradictoires et le mieux est encore de rechercher la plus grande somme de vie des sujets envisagés. Le bien de lespèce n’est d’ailleurs pas présenté comme un désirable absolu, mais comme une fin trés générale, sinon ultime. L’évolutionnisme, en repoussant l’idée de création séparée et de nature distincte des espèces, ne saurait donner de la valeur de l’individualité la notion traditionnelle, mais cette différence ne l’empêche nullement d'admettre des droits de l'individu, même « contre PEtat » (p. 130), en donnant pour raison que l’homme dans le superorganisme, à la différence de la cellule, est centre de cons-

cience. Il prévoit même le terme du progrès dans Pindividuation, dans la différenciation des unités spontanément intégrées.

Spencer n’admet pas l'égalité, en chiffres absolus, de la rétribution, ce qui supposerait l’équivalence des facultés, mais l’égalité des avantages que le droit procure, « l'égalité dans le droit au Droit », selon l'expression de M. Picard. Les idées de liberté et d’égalité se tiennent ainsi de près : La personnalité, son corps, son patrimoine, ses sentiments, sont respectables, mais en autrui comme en nous. C’est cette égalité de liberté que promet la devise républicaine et que donne la démocratie : par là est réalisé un grand progrès, et c’est une autre question de savoir s’il est suffisant, si le désir d’égalisation effective répond à quelque nécessité, si les majeurs ont une obligation plus positive que de laisser les moindres s’élever à eux.

La loi d’égale liberté, objecte M. Tanon, est, comme la maxime de coexistence, toute formelle et vide de contenu. Le respect de la personne, dit-on encore, est un terme fort vague. — Il est facile de préciser la manière de le’manifester. La déférence, l'hommage extérieur, sont insuffisants et l’admiration intérieure ne saurait faire l’objet d’une dette t : l’autorité se contente de l'intégrité effective, même si celle-ci est due à son intervention et manque de la spontanéité souhaitable. La véritable difficulté est de déterminer en quoi consiste cette intégrité. En l’abstention de délits contre ma personne et mes biens, répond M. Richard. Mais n’existe-t-il pas des lésions légitimes et lesquelles ? Quant au respect de mes biens, il suppose un rapport fondé, entre eux et moi. La seule manière de préciser est l’énuméralion, après examen de chaque catégorie d'actes. M. Richard y procède lui-même : laisser jouir autrui du fruit de sa conduite consiste, suivant lui, à éviter les lésions corporelles et économiques, à accorder la sécurité et même à ne pas donner d'alarme, car le danger se mesure d’après l’imagination, le tempérament, l’âge, le sexe, la position et l'expérience. Spencer s’est livré à un plus long mais attrayant examen des conséquences de son principe (infra : Fonctionnement).

1. Richard, Idée du dr., p.152, 169, 188. — Lui-mème qualifie superficielle et incomplète sa formule: « le pouvoir garanti de satisfaire ses besoins sans commettre de délit ». Ne pouvant les satisfaire tous, il faut les discipliner et, faits réels, leur opposer un autre fait réel (et non une idée). Le besoin collectif, le calcul utilitaire? Non: la sympathie et la solidarité consciente. — Des juristes précisent ainsi la « coexistence des libertés »: Ce n’est pas la possibilité de l’usage par autrui de sa liberté, mais l’usage antérieur et effectif, qui me limite, C’est nier l’existence de droits géné raux non conditionnés par l’accomplissement d’un fait, telle la liberté de-

conscience. — « Le minimum et l'égalité de sacrifices » de la part de chacun restent imprécis et demandent des caleuls compliqués.

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