Saleillcs, op. cit. (Les accidents du travail, etc
96. — L'idée qui se dégage de ces considérations est que toute obligation en général soit morale, , soit juridique, découle d'un acte de liberté et qu'elle ne fait que garantir la personnalité donc la liberté de chacun et de tous. Quand il s'agit cependant d'actes qui se résolvent en un procès purement interne, la sanction ne peut intervenir du dehors et on a devant soi des obligations morales ; quand au contraire on considère les manifestations matérielles d'une personne, quoiqu'elles aient aussi leur source dans un acte libre, il est question d'obligations juridiques. Mais cette idée peut encore être complétée et précisée. Que doit-on en effet entendre par « garantir » une personnalité? Cela revient à se demander ce qu'il faut protéger dans une personnalité, ses manifestations actuelles ou même celles qui ne sont que possibles, et, pour répondre, il faut encore recourir à la signification de la notion de personnalité pratique, c'est-à-dire de liberté. Etre libre c'est agir conformément aux missions dernières que la raison impose. La notion théorique de temps ne doit donc pas intervenir ici, car tout ce qui est raison est vrai de tous les temps. Si l'accomplissement des commandements ultimes de la raison est l'objet d'un ordre qui s'impose partout, si cet accomplissement seul est une fin et non un moyen, la personne dans laquelle il se réalise est indifférente à la mission que nous avons, pourvu que nous contribuions à le faire réaliser.
Il y a donc obligation même quand il s'agit de rendre tout simplement possible, dans un avenir plus ou moins éloigné, le déploiement de l'activité de quelqu'un selon la raison. Il peut y avoir des obligations positives, qui ont pour objet d'aider effectivement quelqu'un, et non pas seulement de s'abstenir en fait devant sa souffrance ; elles ont la même signification que celles dont l'objet est négatif : la sauvegarde de l'activité libre d'une personne. Nous devons ainsi aux autres la bienveillance, la bonté, la charité par exemple. Par la bienveillance, par la bonté nous aidons les autres à réaliser leur but définitif, à déployer leur activiié libre, car notre état subjectif consiste en une tendance de se réaliser extérieurement par des actes. Ce sont des obligations morales, en tant qu'elles se rapportent à l'intention seulement. Les obligations de droit, au contraire, celles qui ont un objet extérieur sur lequel la contrainte devient possible, ont un caractère négatif ; elles n'enjoignent pas de faire quelque chose afin qu'une autre personne puisse se développer librement, elles commandent tout simplement de nous abstenir d'intervenir dans la sphère de l'activité de quelqu'un. Les soi-disant obligations positives du droit, comme par exemple celles de faire (l), ne sont que des obligations de s'abstenir, des défenses de dépasser une limite déterminée dans l'activité.