Thomasius, Sitlenlehre
un caractère négatif, par opposition à la morale : « quod tibi non vis Qeri, alteri ne feceris » serait la règle du premier et « faites à autrui ce que vous voudriez qu'on vous fit » serait celle de la seconde. Mais cette idée ne contient pas encore la distinction que nous avons essayé d'établir entre le vouloir rationnel et le vouloir purement psychologique. En ce sens elle n'est pas exacte; on ne peut pas dire par exemple que les actes auxquels un créancier a droit soient ceux que nous voudrions en fait qu'on nous fit et que par conséquent le créancier n'a pas le droit de les faire. C'est ainsi que Renouvier a remarqué que l'idée de Thomasius représente une « maxime vulgaire des Grecs et des Chinois qui se retrouve aussi dans le Nouveau Testament ».Elle pousse en outre à une limitation trop radicale entre le droit et la morale ; ce mouvement de différenciation a été ensuite accentué par Kant, de même que par Fichte dans ses premiers travaux. Hegel (1) trouvait au contraire la synthèse des deux disciplines dans la moralité, considérée comme réalité supérieure dans l'ordre social, qui seul est la volonté objective se manifestant historiquement. De nos jours, en sinspirant d'une doctrine purement empirique on ne reconnaît d'habitude le droit que là où l'on constate en fait une contrainte
1. Hegel, Ueher die wissenschaftliche Behandlùny des Naturrechls, Rechtsphilosophie .
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extérieure (1), qui ne se retrouve pas pour les règles morales. Pourquoi cette contrainte ? Par utilité publique, dit-on le plus souvent. La morale ne comporterait donc pas l'utilité publique de la contrainte. Cette conclusion suffirait pour faire sentir la fragilité d'une telle définition qui n'est en somme faite que d'un point de vue purement historique. Mais l'existence de la sanction n'est qu'un caractère qui distingue accidentellement le droit de la morale ainsi qu'on l'a vu ; elle ne fait pas partie de l'essence même de l'idée du droit, c'est-à-dire de cette obligation en général. Par cette dernière idée le droit plonge dans le cœur même de la morale. Cette profonde connexion explique [aussi comment l'histoire du droit constate souvent des règles de morale qui se sont transformées en règles de droit. Sans aller jusqu'à affirmer avec certains auteurs que le «butdu droit» serait «la réalisation de la morale » (2), car ce serait une manière impropre de s'exprimer, on peut dire que cette réalisation est impliquée par l'idée du droit, qu'elle est un de ses effets logiques.