‹ Le fondement du phénomène juridiqueChapitre 71 sur 74 · Saleilles, art. cit · texte numérisé non relu

Saleilles, art. cit

perdrait-elle son importance pour le droit? Toute l'étude que nous avons entreprise ici aboutit au contraire à l'affirmation de l'importance incalculable de l'expérience pour toute science juridique. On a objecté à la morale rationnelle et inconditionnée, fondée sur la liberté, de se présenter sous un aspect humainement trop rigide, qui n'est pas compatible avec les réalités. Mais c'est méconnaître complètement la distinction que nous avons essayé de reprendre, entre la forme logique, méthodologiquement a priori, et la matière de la connaissance, entre l'idéal et la réalité, entre le problème eschatologique de la raison, comme on le nomme, et celui de la constatation empirique des faits. C'est une pure légende, que d'attribuer à la conception que nous avons cru devoir défendre dans ces pages l'erreur qui serait vraiment sérieuse, de porter la science à l'abstrait pur.

Et cependant on a pu écrire que d'après cette conception « il faut se renfermer dans l'obscurité de la réflexion, comme Descartes dans son four, loin de l'éclat trompeur des choses apparentes qui sont des occasions d'erreur et cachent la véritable réalité. Se mettre en plein dans le transcendantal est, affirmet-elle, le plus sûr moyen de découvrir les mystères du Monde. La Raison pure serait l'instrument dont la Nature nous a doués pour accomplir cette œuvre d'algèbre ou d'alchimie psychologique » ! « L'École spiritualiste, proche parente de la Métaphysique, ne

se demande pas si le Droit auquel elle aboutit par cette mathématique cervicale s'adapte à la Vie, à « la Nature naturante » qui évolue autour de nous et en nous, et donne satisfaction à nos légitimes et instinctifs besoins, mais seulement s'il est conforme à ce qu'elle croit être la Raison, et si la logique syllogistique la plus rigoureuse ne trouve rien à y redire ! Elle crée des « Fantasmes» (l).Non seulement l'étude des principes logiques de la connaissance juridique ne nous incite pas à une création abstraite du droit, dénuée de tout contact avec la réalité, mais par la distinction rationnelle entre la forme et la matière, elle conclut qu'il n'y a pas de connaissance valable pour notre science en dehors de celle des faits concrets. L'histoire du droit et l'étude comparative des législations devient ainsi pour un juriste le plus précieux des instruments de travail. Une législation qui ne s'inspirerait pas de la réalité, apparaîtrait comme suspendue dans le vide. Le droit naturel, sous toutes ses formes, n'entre même pas dans le cadre du problème logique et se réduit justement à une conception inspirée par le point de vue empirique.

120. — L'étude de la Raison nous la fait apparaître comme la créatrice des réalités que la science étudie. Elle explique et justifie la croyance à l'objectivité de la vérité. Elle fonde l'expérience que nous avons

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