CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
la rendre assimilable à la Pensée, et comment il faut concevoir la’ Pensée pour la rendre assimilatrice de la Nature, ou mieux encore, puisqu'il est impossible de ne pas admettre que l’intelligibilité dans la Nature et l'intelligence dans la Pensée sont les manifestations d'une même réalité et les éléments d’un seul Tout, comment il faut concevoir le Tout unique, ou l’absolu, pour le rendre capable de produire, dans un objet intelligible, un sujet intelligent. Ainsi la question de savoir ce qui fonde en raison la connaissance, ou à quelles conditions elle est possible, est identique à la question de savoir quelle est la nature de l'absolu qui supporte les deux termes de la connaissance, et à quelles conditions il peut produire leur union réelle et leur harmonie effective. La théorie de la connaissance aboutit donc forcément à une théorie de la Nature et de la Pensée considérées dans leurs rapports, et la philosophie, même réduite au rôle, plus modeste en apparence, de fonder idéalement le Savoir, se convertit nécessairement en une doctrine de l'existence universelle : sous la question du moi, se retrouve le problème de l'univers.
Les recherches spéculatives que nous nous proposons d'essayer dans les pages suivantes auront donc pour objet une conception générale du monde, en même temps qu'une théorie de l'intelligence dans ses rapports avec lui. Indiquons en quelques mots la marche que nous devrons suivre et les principaux points sur lesquels portera notre analyse. Partant de la formule idéale du Savoir unifié, c’est-à-dire de la
conception dû monde phénoménal telle que la connaissance rationnelle l'exige et l’établit, et identifiant cette conception au monisme ou à la doctrine de l’unité de l'Étre, nous examinerons quelles sont les diverses interprétations métaphysiques dont le monisme est susceptible, et nous nous donnerons pour tâche de faire un choix entre ces interprétations, en prenant pour guide l'intérêt même du Savoir, et en nous imposant pour loi de donner la préférence à celle qui nous paraîtra promettre à la connaissance la vie la plus riche et la plus féconde. C’est donc au point de vue de leurs rapports avec les conditions du Savoir que nous analyserons les trois philosophies fondamentales du spiritualisme, du matérialisme et du panthéisme, après les avoir exposées dans leurs tendances générales et leurs formules essentielles. Divisant alors le problème en deux questions secondaires, et considérant tour à tour les doctrines exposées comme théories de la Nature et comme théories de la Pensée, nous chercherons d'abord à démontrer que le spiritualisme et le matérialisme aboutissent à des conceptions de l'existence objective qui la rendent inassimilable à la science, soit en la privant de toute unité intelligible, soit en lui ôtant toute vie réelle hors de l'esprit. et nous conclurons que ces deux systèmes sont, à ce point de vue, destructifs du Savoir. Faisant la contre-épreuve pour le panthéisme, nous essaierons, au contraire, de faire voir qu'il est précisément identique au principe général du Savoir, et que son énoncé peut se déduire