CHAPITRE VI
Etat physique des Vergers et les Insectes
Nous voici en mars 1902. Je continue cet ouvrage délaissé depuis 21 ans, écrit en partie dans le beau pays de la Touraine et que je termine actuellement à Genève, sur les rives merveilleuses du lac Léman.
L'école d'arboriculture est divisée en deux branches distinctes : les arbres fruitiers taillables, tenus en culture forcée, et lies arbres à grand vent qui poussent en liberté et sans taille. Prenons, comme exemple, deux arbres du même genre, greffés, transplantés dans un terrain similaire ; l'un est tenu en servitude et forcé, à Fétat de pléthore; il produit des fruits avant Tâge. La quantité de sève que donnent les ra-
cines si abondamment nourries ne peut être absorbée par les branches feuillées du sujet, la sève aigrit, reflue sous l'écorce et donne lieu à des éruptions; d'innombrables insectes se nourrissent de cette éruption de sève avant la cristallisation du liquide en décomposition. Cet arbre maladif, surmené, ayant une végétation sans cesse tourmentée, atteindra à peine l'âge de trente à quarante ans. Son congénère en liberté possède une croissance vigoureuse et ne porte pas de fruits avant l'âge de douze à quinze ans ; à cinquante ans, il est dans la plénitude de sa production, sans maladie, et il atteindra deux siècles environ.
On constate la ruine actuelle de la végétation et le dépérissement des vergers; les arbres soumis à la taille, sans culture ni engrais, auxquels on prétend donner une forme quelconque, ne peuvent résister longtemps, car personne ne doit ignorer combien la serpe est nuisible aux pommiers et aux pruniers, seul le poirier résiste pendant quelques années. Malgré les propositions que l'on m'a faites de m'occuper des vergers, je n'aurais jamais consenti à porter ma serpe meurtrière sur des arbres fruitiers.
Ces malheureux arbres sont raclés, écorcés jusqu'au liber, empoisonnés par d'horribles couches d'ingrédients corrosifs pour détruire le puceron lanigère. Il y a une trentaine d'années, les premiers arbres traités par ce procédé barbare étaient situés dans la campagne de Morillon, au point culminant de la montée de Pregny, les passants furent fort étonnés à
la vue de ces arbres blancs comme des spectres; ces arbres affaiblis par Tâge, rachitiques, privés de nourriture, disparurent en moins de dix ans; ceux qui étaient encore vigoureux ne donnèrent que très peu de fruits, et leur existence chétive, ne dépassa pas quinze à vingt ans. On peut remarquer que tout sujet raclé, écorcé, couvert d'ingrédient, est un arbre perdu à bref délai et sans production fructifère ; les exemples démonstratifs sont à la portée de chacun.
Trois causes principales sont les auteurs de la maladie :
I* La trop grande abondance de nourriture; 2» L'insuffisance de nourriture ; 3° L'agglomération des arbres en pépinière.
Les arbres forcés par une trop grande abondance de nourriture deviennent pléthoriques. A ceux qui sont privés de nourriture, le bois devient compact, très dur, les pores et les fibres n'ont plus la dilatation des arbres bien portants, la sève du sujet affaibli par les privations se décompose^ puis des insectes surgissent, se collent à la suppuration et absorbent les sécrétions. Avec une raclette fine et une brosse enduite de siccatif brûlant, on est parvenu à cautériser la suppuration pour quelque temps, mais elle fait éruption sur d'autres emplacements ; le siccatif évaporé, la suppuration revient à son premier point, de telle sorte que les plaies augmentent par les suites du traitement; dans le cas où l'on parviendrait à interrompre l'écoulement putride d'un arbre, il serait instantanément empoisonné et comme foudroyé.
Les vergers épuisés sont régénérés si Ton met sur toute l'étendue quatre mètres cubes de fumier par are ; on procédera par un léger binage pour faire la liaison de Tengrais avec le sol, on ne fauchera plus^ les herbes seront laissées sur place, elles se consumeront avec les feuilles, et il ne faudra prélever aucune dépouille.
La forêt conserve toutes ses dépouilles, tandis que le verger est mis à contribution sans compensation. Un proverbe campagnard dit ceci : « On ne peut récolter dessus et dessous )►. Les herbacés consumés surplace, en moins de dix ans, donnent une couche épaisse d'humus comme un tapis moelleux; la fraîcheur est maintenue régulièrement, il n'y a plus de sécheresse ni de perturbation et la maturité des fruits suit son cours. Le foin prélevé du verger sous l'ombrage des arbres ne contient presque pas de suc lactifère et il n'a pas le poids du foin venu dans les prés. Pour une ou deux fauchées dont la main-d'œuvre est bien au-dessus de son prix, suivant l'étendue du verger, on subit une perte au lieu de faire une économie. Tout propriétaire désireux de conserver son verger doit interdire l'usage de la faux, de la taille et du raclage. Quand on a arraché un arbre épuisé, il faut le remplacer par une essence différente.
J'ai possédé près de Poncin (Ain), une petite propriété dans laquelle existait un verger contenant quelques ponimiers et poiriers maladifs, ruinés, dès le début; je mis de l'engrais d'étable, après avoir biné le sol et laissé toutes les dépouilles ; les herbes con-
sumées avaient donné, douze ans après, une épaisse couche d'humus, la récolte annuelle des fruits fut abondante et produisit dix ou quinze fois plus que la valeur des coupes de foin que l'on aurait faites. ^ Un grand propriétaire des environs de Genève fît
renouveler, il y a vingt-cinq ans, un ancien verger ruiné, après avoir biné profondément le sol; lorsqu'il fut bien fumé, la reprise des arbres ne laissa rien à désirer, mais sans cesse taillés dès les premières années, ils ne tardèrent pas à dépérir.
Un deuxième propriétaire fît défoncer une vigne, créa un verger sur l'emplacement de la vigne, et la reprise des arbres fut très heureuse; taillés chaque année, la croissance de ces arbres se ralentit et ils commencent à péricliter. Tout l'engrais mis dans ces deux vergers s'est transformé en foin à grandes fauchées.
Pour assurer la reprise des arbres de verger, on creuse fréquemment de grands fossés de deux mètres de diamètre ; lorsque la terre est renouvelée, bien fumée, les sujets poussent très facilement; à l'âge de quatre à cinq ans, leurs racines refoulées au-delà du fossé, contre la terre stérile, sont épuisées ; le contrecoup se fait sentir sur les branches qui se reploient sur elles-mêmes, le tronc prend du lichen, le bois se durcit et se dessèche ; ainsi les frais de plantation . sont nuls.
Le campagnard procède d'une autre façon ; il porte à sa vigne ou dans un de ses champs cultivés une hottée de fruits gâtés qu'il étend, puis il jette quel-
ques pellées de terre pour les couvrir; parmi les graines germées il choisit les plus beaux sujets qu'il greffe ; de cette manière il obtient des arbres vigoureux qui ont une écorce lisse et brillante.
Lorsque son verger est épuisé, il ne remplace pas les arbres morts, mais il choisit un autre emplacement dans une vigne ou dans un champ destiné à remplacer le verger; les arbres plantés dans ce terrain sont dépouillés des brindilles qui croissent sur le tronc, à la hauteur jugée nécessaire; en peu d'années ils prennent une fort belle envergure et jamais le paysan ne les taille.
Les arbres dont les racines ont accès dans une haie vive, sont relativement plus beaux et mieux portants, parce que la haie contient des matières réduites en humus depuis de nombreuses années, qui facilitent la croissance et la longévité des arbres.
J'ai planté, il y a douze ans, au nord du château des Créts, à Jussy, un bois forestier en petits plants d'essences diverses; des noyers et des poiriers malades étaient englobés dedans ; actuellement ces arbres vivent sur les dépouilles du bois et ils ont atteint une végétation magnifique.
J'ai pu constater les mêmes résultats dans ma propriété.
La constitution physique de l'arbre fruitier élevé en pépinière ou venu spontanément à l'état naturel dans la forêt, ne peut lui permettre de résister à la réverbération des grandes routes ; il est asphyxié sous des nuages corrosifs de poussière, déséquilibré sous
la greffe contraire à son organisme, ses racines délicates n'ont pas la puissance de pénétration de celles des arbres forestiers tels que l'orme, le peuplier, le chêne, qui peuvent passer sous le tablier empierré des grands chemins et traverser les fossés à la recherche de leur nourriture ; confiné dans son trou de plantation, taillé à outrance, raclé jusqu'au liber, empoisonné sous des couches d'ingrédients de tous genres, son existence est très abrégée et la récolte de fruits est généralement nulle, tel est le cas pour les poiriers et les pommiers qui longent les bordures des grands chemins.
Pendant mon dernier séjour en Alsace, igoS, j'ai vu dans différents vergers des arbres colorés en blanc, en jaune et en rouge; un certain nombre étaient complètement vitriolés. Ces traitements horribles sont dus à des conférenciers désireux d'entraîner leur auditoire à la chasse aux insectes.
En Savoie et dans le canton de Vaud, les paysans ne se rapportèrent point aux paroles du conférencier et ne voulurent pas racler leurs arbres; dans certaines communes les autorités imposèrent à leurs administrés le raclage de leurs arbres ; après quelques essais, le résultat étant négatif, on dut y renoncer.
Le puceron lanigère se tient abrité sous une écume blanche; la régénération des arbres lui fournit davantage de sève putride destinée à sa nourriture, mais ce n'est pas sa présence qui est la cause des nombreuses pustules qu'on voit sur les arbres; il pénètre par
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Touverturc et fixe ses œufs à l'intérieur de la pustule, puis de nombreux petits insectes sortis des oeufs meurent en attendant qu'il s'en ouvre de nouvelles.
Au printemps de l'année 1866^ étant occupé dans le parc du château de Vougy, près de Roanne (Loire), j'ai dû cesser mes travaux à cause de la grande quantité de chenilles processionnaires qu'il y avait sur les chênes. le suis venu à Genève en juin dans la même année et je constatais que les environs du lac Léman étaient aussi envahis par ces vilains insectes.
Une autre chenille beaucoup plus grosse que celle du chêne se fixe aussi sur les pins noirs d'Autriche et ne prend sa nourriture sur ces arbres que pendant le temps nécessaire à la formation de son nid ; dès les premières chaleurs du printemps, elle fait ses incursions de nuit et rentre le matin dans son gîte. Vers la fin d'avril les chenilles abandonnent leur nid et se répandent sur les arbres fruitiers qu'elles dévastent ; comme les chenilles processionnaires, une à une, elles descendent à la suite d'un chef de file en tête de ligne qui les conduit sur un autre arbre. J'ignore quelle fin ont ces chenilles, la reproduction se fait on ne sait comment pendant l'hiver. Il est très urgent d'enlever les nids sur les pins et de les brûler, si l'on désire préserver les vergers, mais il n'en est pas de même pour les chenilles processionnaires qu'on brûle en vain lorsqu'elles sont réfugiées sur les chênes, rien n'aboutit, le nombre des chenilles est le même l'année suivante.
A la même époque et pendant les trois années qui suivirent, les ormeaux furent envahis par des petites chenilles brunes, longues de cinq à six millimètres et épaisses d'un millimètre.
Quelques propriétaires inquiets de leurs arbres s'adressèrent aux savants qui furent mis en demeure de répandre de bonnes paroles d'espoir; ils conseil^ lèrent de faire racler et écorcer les ormeaux pour détruire les insectes ; heureusement l'idée ne vint à personne de les passer sous une couche d'ingrédient; des tas de mousse furent déposés au pied des ormeaux et la nature prolifique y répandit le trop plein de sa production en nombre considérable d'insectes desséchés et mourants qui furent brûlés avec la mousse.
Les papillons destinés à la reproduction du genre s'étaient réfugiés par myriades dans les feuilles recroquevillées tournées au Midi, sur les régions élevées des arbres et assistaient à l'autodafé de leurs . congénères. Cette chasse à l'insecte n'aboutit à rien, les trois années suivantes il y en avait autant.
Ces petites chenilles ont fait de nouveau leur appa<rition en 1900 et 1901 ; on appliqua le même traitement qu'en ï866; le résultat fut simplement négatif, les sujets traités ne diffèrent pas des ormeaux non traités et laissés à eux-mêmes.
L'écorce épaisse, spongieuse, des ormeaux sert à maintenir la fraîcheur en été et à emmagasiner la chaleur pour l'hiver ; le résultat de l'écorçage ne tarde pas à se manifester, la chaleur brûlante des rayons
Si
du soleil couchant décompose la sève à son passage, dessèche Técorce mince et le liber échappés à Técorçage; les arbres affaiblis par Tâge meurent des suites du traitement qu'ils ont subi.
On accusa ces innocentes chenilles d'être l'auteur de la mort presque foudroyante des ormeaux de la plaine de Plainpalais et de ceux de la route de Lyon.
Au milieu de septembre les coléoptères s'en vont de tous côtés pour se réfugier dans les greniers des maisons de campagne et dans tes grandes fissures sèches des vieux arbres ; ils affectionnent l'écorce rugueuse du chêne, dans laquelle est réservé le calorique, car le froid n'est pas aussi intense dans une chênaie que dans les autres bois.
On les trouve aussi en grand nombre dans l'intérieur des souches sèches et dans les nids d'écureuils, mais ce dernier refuge n'est pas des plus sûrs, car il suffit d'un caprice de maître écureuil pour tout bouleverser.
Aux premières chaleurs d'avril, les papillons arrivent par myriades pour prendre place sur les ormeaux; dans les premiers jours de juin, les chenilles nouvelles presque microscopiques fécondent sur différents arbres où elles montent pendant la nuit, parce qu'elles redoutent la clarté du soleil ; groupées sur les deux faces d'une feuille, elles mangent la partie tendre et laissent les filaments; les feuilles ainsi ajourées donnent à l'arbre un aspect blafard et vitreux. Le passage de ces petites bestioles n'est la cause d'au-
cune maladie et ne peut donner la mort aux arbres. Les feuilles ajourées tombées sur le sol sont en partie remplacées au mois d'août par des feuilles nouvelles d'un vert tendre plus petites que les premières. Inhérentes à Tormeau, les chenilles y sont fixées chaque année en petit nombre et passent inaperçues, elles reviennent par période envahissante ; la période d'envahissement peut se prolonger pendant deux, trois et quatre ans, malgré cela la couche concentrique d'aubier atteint l'épaisseur régulière chaque année. Les déjections de ces chenilles réduites en poussière fertilisent le sol et nourrissent les arbres privés d'une partie de leurs feuilles.
En écrivant « ormeau » j'emploie un mot ancien absolument local. L'ormeau est un baliveau de la première à la deuxième réserve ; en France on pourrait supposer qu'il n'existe à Genève que de petits ormes ; l'orme est ainsi nommé et considéré comme un grand arbre.
Trois variétés d'ormes viennent spontanément : l'orme à grandes feuilles, l'orme à petites feuilles et l'orme à plus petites feuilles encore dit « tortillard ». Le bois des deux derniers est compact et très dur ; l'existence de ces arbres peut atteindre deux à trois siècles. Le bois de l'orme à grandes feuilles est poreux, filandreux, moins résistant, souvent atteint de la carie sèche ; aucun arbre ne lui est comparable sous le rapport de la puissance de pénétration de ses racines dans le sol ; mieux que tout autre espèce il supporte la taille en servitude.
Dans les anciennes pépinières tenues en culture intensive, avec beaucoup de fumier, les arbres forcés ont leurs racines maladives, et sécrètent des pustules sur lesquelles les vers blancs du hanneton prennent leur nourriture, ceux-ci dévastent parfois des parties entières sur l'étendue de la pépinière, et en font autant sur un espace limité de la prairie ; le terrain est bouleversé, les herbacés sont coupés, triturés, la récolte de foin est perdue pour l'année.
L'année suivante les herbacés transformés forment une récolte abondante d'autant plus que ces larves ont travaillé et fertilisé le sol par leurs déjections. L'arrivée des hannetons fait pendant quelques jours le bonheur des enfants ; les communes leur donnent une prime pour la récolte de ces insectes.
Les oiseaux en détruisent une grande quantité ; les moineaux percent les hannetons sous les ailes, et ab* sorbent la partie liquide qui est pour eux un nectar. Rien ne peut en diminuer le nombre, et il y en a autant chaque année.
Vers la fin de juin, la forêt paraît brûlée, désolée après le passage des hannetons ; les détritus mélangés aux déjections de ceux-ci couvrent le sol, l'air est chargé d'une odeur acre. En l'absence des feuilles, les rayons du soleil pénètrent sous la futaie, les herbacés cachés sous l'ombrage sont mis à jour, ornés de fleurs charmantes ; leur existence [est bien éphémère, la mort approche sous le couvert des nouvelles feuilles. Pendant la dernière quinzaine de juillet la feuillée commence à croître, au milieu d'août elle atteint sa
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fraturîté, les rayons du soleil ne pouvant plus pénétrer, les herbacés meurent étouffés.
Les feuilles des arbres plus petites à la deuxième feu illée, sont fines, soyeuses, avec des tons violacés qui donnent à la forêt un aspect féerique, le cours de la végétation interrompu pendant un mois n'est qu'apparentetla couche concentrique d'aubier est absolument semblable aux précédentes ; le sol fertilisé pour quelque temps, sera fertilisé de nouveau après le retour des hannetons.
Les plantes en trop grand nombre dans un terrain dont l'exposition n'est pas favorable sont privées de nourriture et meurent étouff^ées. Le sapin périt instantanément ; comme tous les végétaux malades il est aussi atteint par un insecte; on lui fait la chasse en brûlant Técorce des sapins morts, mais rien ne réussit, Tinsecte continue son œuvre. Les sapins morts qu'on enlève dégagent leurs congénères et ces derniers se portent à merveille ayant acquis un espace suffisant pour leur développement.
La vigne tenue en servitude pendant des siècles sur le même sol épuisé, ne contenant plus les propriétés nécessaires, est envahie par un insecte microscopique qui prend sa nourriture sur les racines malades, mais cet insecte n'est pas la cause de la maladie de la vigne.
Voici à ce sujet une réponse d'un vigneron à son propriétaire: «Monsieur, je ne crois pas au phylloxéra, car le bon Dieu n'a pas créé cette bête après les aures , » Cette réponse simple était expressive ! Je suis
de Tavis du vigneron, le phylloxéra me semble être une chimère.
Au dire des voyageurs, le vignoble de Tîle de Madère n'existe plus ; les eaux de pluie, avec le temps, ont fait glisser les terres vinicoles dans Tocéan. Les vignobles de Marsala sont réduits à peu de chose.
Lorsque j'étais au château d'Ecuiry (Aisne) pour créer des points de vue, je vis sur un coteau arrondi plus élevé que la forêt, des tas de petites pierres plates, retirées du sol lorsqu'on piochait la vigne. En sondant le sol à différentes places, je constatai qu'il n'y avait plus que lo à i5 centimètres de terre végétale, rouge et vinicole.
Depuis des siècles les puissants seigneurs et évêques de Soisson faisaient cultiver les vignobles du cru ; le manque de terre végétale a dû les obliger à cesser la culture de leurs vignes.
A quelques centaines de mètres du coteau on peut voir leur ancien château des Sept-Monts qui est en partie ruiné.
Sur plusieurs coteaux du Beaujolais et de la Bourgogne la terre vinicole a disparu, le sol est aussi dur et stérile que celui d'une grande route.
Pendant que j'étais occupé au château de Chamarge près de Die (Drôme) , j'ai vu du côté de la chapelle de l'Ermitage, un coteau dénudé dont les terres avaientglissé dans la rivière et qui ne pouvait plus rien produire.
Les insectes fertilisent la terre. Observez un animal mortdans les champs: une foule d'insectes s'attachent à lui, le rongent et en quelques jours le font dispa-
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raître ; la place où il se trouvait est bientôt recouverte par une nouvelle végétation.
Sur un champ de bataille les morts sont ensevelis à la hâte \ des lambeaux de chair, des flaques de sang coagulé attirent des insectes ailés qui pour la plupart portent dans leur intérieur une nombreuse progéni- .1
ture qu'ils déposent en tous sens. Après quelques se- i'
maînes tous les débris humains ont disparu et sont J
réduits en poussière sous l'activité incessante des in- r]
sectes ; le sol fertilisé est peu de temps après couvert «'^
par une luxuriante végétation. *
C'est la paix et le retour du bonheur ! Abeilles et i
bourdons butinent et trouvent une abondante pro- ^
vende ; le papillon décrit au vol des courbes gracieu- ^4
ses et dépose en passant de subtils baisers sur les ^-^
fleurs de son choix qu'il féconde, les oiseaux gazouil- ,}
lent discrètement et donnent la becquée à leurs petits. )h
Sous un ciel azuré, par un temps calme et chaud, "^
une quantité considérable d'insectes s'élèvent dans |
les airs, les hirondelles les suivent à des régions très '1
élevées où nous les perdons de vue ; qu'il survienne "1
une tempête et ces insectes sont emportés au loin. '^
Le phylloxéra qui tombe sur des vignobles malades ^|
préparés à le recevoir, y reste fixé, mais si les vignobles sont en pleine vigueur l'insecte meurt faute de nourriture.
Ne redoutez point les insectes, car s'ilsétaient aussi nuisibles qu'on veut bien le dire, l'espèce animale et végétale disparaîtrait de la terre sous l'envahissement <
exterminateur des parasites.