‹ Le fort et le château Saint-Louis (Québec) [microforme]Chapitre 38 sur 78 · ATEN S · texte numérisé non relu

ATEN S

On connaït peu de chose de la vie intime de la marquise Pierre de Vaudreuil Dans ses lettres confidentielles à. Bourlamaque, le marquis de Montcalm mentionne quelquefois son nom. Le 3 mars 1758, il écrit :

“ Les beaux jours occasionnent beaucoup de parties de campagne. M. et Mme de Vaudreuil

y vont souvent. Le chevalier de Lévis en est

quelquefois, et il à aussi les siennes. ” Le 7 du même mois :

‘“ Les beaux jours continuent; la fonte des glaces me fait craindre l’interruption des parties de M. et Mme de Vaudreuil, qui vont visiter les notables de la côte comme Henri IV chez les notables bourgeoïs de Paris, ”

Le 8 octobre 1758 :

“ Madame de Vaudreuil disait ce matin:

M. le général, les Anglais disent bien que vous êtes un grand général. Le P. Floquet: Tout est dû à votre prudence et à votre bonheur.

1733, demoiselle Louise Fleury de la Gorgendière, fille de Joseph Fleury de la Gorgendière, sieur d’Eschambault, et de Claire Joliette, et nièce de la marquise de Vaudreuil-Cavagnal. Les deux frères épousèrent donc la tante et la nièce. Pierre et François-Pierre de Vaudreuil furent tous deux gouverneurs des Trois- Rivières, mais le premier seulement devint gouverneur-général du Canada.

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128 LE FORT ET LE CHATEAU SAINT-LOUIS Rigaud pleurait de joie et de chagrin de la perte de ses Sauvages. Saint-Sauveur disait sa phrase favorite : Rogers est tué, c’est complet, habit, veste et culotte. ”

Le 9 décembre de la même année :

‘ Comme on écrit beaucoup de Montréal à Québec, j'aime mieux vous dire que, hier matin, à l’occasion de l'officier de milice qui disait que l’on était consterné, lorsque je faisais le siège du fort Guillaume-Henry, et que Webb avait grand’peur; qu’il n’y avait personne à Orange et New-York, et que l’on aurait pris

avec facilité Lydius, M. le Marquis de Vau-

dreuil rabâcl'a beaucoup sur cela, moi présent. À la fin, avec beaucoup de modération (car les assistants et le chevalier de Montreuil assurent), je lui dismes raisons pour n’y avoir pas marché, qu’il ne fallait pas se repaître de chimères.

“ J’interpellai M. Le Mercier, qui fut demon avis et défila, et n’osa plus rester davantage ; et je conclus par lui dire modestement que je faisais de mon mieux à la guerre, suivant mes faibles lumières ; que, quand on n’était pas con-

tent de ses seconds, il fallait faire campagne en

personne pour exécuter ses propres idées. Les larmes lui en vinrent aux yeux, ct il mâcha entre ses dents que cela pourrait être. La

DOMINATION FRANÇAISE 129 conversation finit . de ma part:—J’en serai comblé, et je servirai volontiers.

‘ Madame de Vaudreuil voulut s’y mêler :— Madame, permettez que, sans sortir du respect qui vous est dû, j'aie l’honneur de vous dire que les dames ne doivent pas parler guerre. Elle voulut continuer :—Madame, sans sortir du respect qui vous est dû, permettez que j'aie l'honneur de vous dire que si Madame de Montcalm était ici et qu’elle nous entendît parler guerre avec M. le Marquis de Vaudreuil, elle garderait silence.

‘“ Cette scène, devant huit officiers, dont trois de la colonie, sera brodée, rebrodée ; la voilà telle. Je lui parlai des vivres et je lui dis : M. l’Intendant, qui est l’homme du Roi, comme vous, Monsieur !, et qui, sur cette partie, doit être instruit, m’a écrit, dans le temps, qu'il n'avait pas de quoi nourrir l’armée passé le dernier août. Nous étions au 9. Quoique sûrement Le Mercier le lui écrira, car il a dû entendre cette phrase avant d’avoir défilé, vous pouvez lui dire comme de vous-même, avec confidence, si vous le jugez À propos, sinon mot.

1—-Dans l'exercice de ses fonctions d’intendant de

justice, police et finances, M. Bigot relevait en effet

directenient de l’autorité royale.—E, G.

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“ Le chevalier de Lévis, qui entra, nese serait pas douté de la couversation, vu mon air tranquille, et j'y fus le soir à mon ordinaire ; et ce matin, je porte un bel œillet, qu’on m’envoie dans le moment, à Madame de Vaudreuil ; mais c’est odieux. ” |

Le 8 mars 1759: re

“ L'histoire de mon empoisonnement s’est renouvelé dans le gouvernement de Montréal, il y a quinze jours, et a été à M. et Mme de Vaudreuil. Elle en a bien rabâché, et le peuple disait: On veut donc vendre le pays ! Au reste, | je n'aime pas ces bruits. Ne parlez jamais de crime aux hommes. ”?

Le 25 juin 1159 (à l’arrivée de la flotte de Wolfe) :

| ‘ Madame de Vaudreuil doit partir cette semaine pour Montréal ; mais M. le Marquis

nous reste. ” Dans toute cette correspondance intime, | Montcalm répète souvent: Brâlez cette lettre, — Î brûlez toutes mes lettres. Cela fait rèver. Comme L! l’a dit avec autant d’esprit que de justesse M.

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| Joseph-Edmond Roy, ‘la postérité est une 4 rande décacheteuse de lettres” : toutes celles xl 5 4

LL dont nous venons de donner des extraits, ainsi

(fl | que beaucoup d’autres adressées par Montcalm fu à Bourlamaque, sont devenues la propriété de

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sir Thomas Philipps; M. Francis Parkman possédait une copie manuscrite de toute la collection, et celle-ci a été imprimée et publiée; en 1891, par le gouvernement de Québec. La lettre du 9 décembre 1758, où il est question d’un dialogue assez vif entre Montcalm et Madame de Vaudreuil, suivi de l’envoi d’un œillet par le général à la marquise, a aussi été rééditée par M. l'abbé H.-R. Casgrain dans son ouvrage intitulé : Montcalm et Lévis 1. Après tant de publicité, personne n’aura de serupules à la reproduire, malgré la recommandation de celui qui écrivait : Brâlez cette lettre, —brûlez toutes mes lettres.

Les Hospitalières de Québec ont conservé une lettre de la marquise de Vaudreuil-Cavagnal.

Elle est signée : Fleury Vaudreuil.

Ainsi qu’on l’a vu plus haut, ce fut vers la fin du mois de juin 1759 que la dernière châtelaine du fort Saint-Louis sous le régime fran- Ççais quitta le château pour n’y plus revenir. Nous la retrouvons au mois d’octobre de l'année suivante, sur le pont du navire l’ Aventure, avec son noble époux, le marquis de Vaudreuil, M. de Rigaud et plusieurs des principaux

1—2 vol. in-8 L.-J. Demers et Frère, éditeurs, Québec, 1891.

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acteurs du grand drame dont les péripéties venaient de se dérouler sur les rives du Saint- Laurent. Lorsque le vaisseau qui devait la conduire en France quitta la rade de Québec, le 18 octobre 1760, elle sentit sans doute son | cœur se gonfler en disant un suprême adieu au | pays qui l’avait vue naître, à la ville qu’elle avait habitée en quasi souveraine, à l'historique château Saint-Louis, toujours debout sur son rocher, drapé dans la majesté de ses souvenirs, le flanc blessé par les obus et — spectacle étrange— le front paré des couleurs victorieuses de l'Angleterre.

Le fort Saint-Louis, résidence de tous les gouverneurs de la Nouvelle-France.—Un visiteur étranger.— Kalm et le Canada en 1749.--Les intendants de la Nouvelle-France.—Le château Saint-Louis, demeure suzeraine,

N a vu que le fort Saint-Louis avait été

‘habité par Champlain et Montmagny

avant la construction du premier corps de + logis désigné sous le nom de “ Château. ” Celui-ci fut habité successivement par Louis d’Aülleboust, Jean de Lauzon, d’Argenson, d’Avaugour, Mésy, Courcelles, Frontenac, La Barre, Denonville, et une deuxième fois par Frontenac, qui le fit démolir. Quant au deuxième château Saint-Louis, il fut habité, sous le régime français, d’abord par Frontenac, puis par Hector de Callières, Philippe de Vaudreuil, Charles de Beauharnois, La Galissonnière, La Jonquière, Duquesne de Menneville et Pieriv de Vaudreuil-Cavagnal (1755-59). Ce dernier conserva le titre de gouverneur-général

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jusqu’au 8 septembre 1760, date de Ja capitulation de Montréal.

Parmi les personnages qui reçurent l’hospitalité au château, nous devons mentionner un savant botaniste, naturaliste et géologue, le docteur Pierre Kalm, suédois de nation, qui visita le Canada sous l’administration du comte L de la Galissonnière, un autre savant doublé d’un marin et d’un homme d’État, et se trouva à Québec lors de l’arrivée du marquis de la Jonquière.

Kalm a publié, en langue suédoise, un journal de son voyage dans l'Amérique du Nord,

qui à été traduit en anglais, en allemand et en hollandais. La partie qui concerne le Canada a aussi été traduite en français par Monsieur L.-W. Marchand, avocat, de Montréal, qui a de plus donné une analyse du reste de l'ouvrage. Ce journal est extrêmement intéressant. Nous en détachons quelques pages où l’auteur fait connaître la physionomie canadienne de l’époque et donne quelques renseignements sur

Î la résidence du gouverneur-général.

| ‘1er août 1749.—Le gouverneur-général du Canada réside habituellement à Québec, mais il vient souvent à Montréal, et y passe généralement l'hiver. Le séjour de Québec est plus je commode en été, à cause des arrivages fréquents

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de vaisseaux du roi, qui apportent au gouverneur des lettres auxquelles il doit répondre, et pour l’expédition d’autres affaires propres à cette saison. Pendant sa résidence à Montréal, il habite le château, qui est une grande maison en pierre, bâtie par le gouverneur-général Vaudreuil, encore aujourd’hui la propriété de sa famille, qui la loue au roi. Le marquis de la Galissonnière, paraît-il, préfère Montréal à Québee, et, de fait, la situation de la première ville est beaucoup plus agréable que celle de la seconde...

‘ Montréal est la seconde ville du Canada...

Elle est passablement bien fortifiée, et entourée d’un mur élevé et épais !. A l’est, elle est protégée par la rivière St-Laurent, et sur tous les autres points par un fossé profond, rempli d’eau, qui. défend les habitants contre tout danger d’une incursion soudaine des troupes de l'ennemi. Quelques maisons dans la ville sont bâties en pierre ; la plupart le sont en bois de charpente, mais très élégamment construites.

Les maisons de première classe ont une porte donnant sur la rue, avec un siège de chaque côté de la porte, où l’on vient s'asseoir pour causer et se récréer matin et soir. Les rues

1--Le séminaire de Saint-Sulpice paya le tiers du coût de cés fortifications.—E, G.

principales ‘sont droites, larges et coupées à angles droits par les petites rues. Il y en a qui sont pavées, mais c’est l'exception. La ville a de nombreuses portes : À l’est, du côté de la rivière, on en compte cinq, deux grandes et trois petites ; et sur l’autre côté il y en a pareillement plusieurs...

‘ 2 août 1749.-—-Ce matin, de bonne heure, nous nous embarquâmes pour Québec, en compagnie du second major de Montréal, M. de Sermonville. Nous descendîmes la rivière St- Laurent, qui est ici passablement large, ayant à notre gauche, au nord-ouest, l’île de Montréal, et à notre droite plusieurs îles et le rivage. Une population dense habite les bords de l'île de Montréal... [Les maisons sont bâties en bois, ou en pierre, et blanchies à l'extérieur. Les dépendances, telles que granges, étables, etc., sont toutes en bois. “errain dans le voisinage de L rivière averti en champs de blé ou en prairie: . et là nous apercevons des églises qui se font face sur chaque côté du fleuve... À six lieues de Montréal, nous passons en vue de plusieurs îles de différentes grandeurs, la plupart habitées ; celles qui ne le sont pas sont converties en champs de blé, plus souvent en prairies. |

‘“ Les fermes du Canada sont séparées les

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unes des autres de manière que chaque propriétaire a son bien entièrement distinct de celui de son voisin. Chaque église, il est vrai, est entourée d’un petit village ; mais il est formé principalement du presbytère, d’une école pour les garçons et filles, et des demeures des commerçants et artisans, rarement d'habitations de fermiers...Les maisons des paysans sont généralement bâties sur les bords de la rivière, à une distance plus ou moins grande de l’eau, et à trois ou quatre arpents les unes des autres. Quelques cultivateurs ont des vergers, c’est le petit nombre ; maïs chacun a son jardin potager...

‘“ Les maisons des fermiers sont généralement bâties en pierre, ou en boïs de charpente, et contiennent trois ou quatre chambres..…,Un poêle en fonte chauffe toute la maison. Les toits sont couverts en bardeaux.....Les dépendances sont couvertes en chaume.

‘ Te distance en distance, on voit des croix

plantées le long du chemin, qui court parallèlement au rivage. Cet emblème est multiplié en Canada, sans doute afin d’exciter la foi du voyageur....Les calvaires érigés près des églises sont couverts de sculptures représentant tous les instruments qu'ont dû exployer les J'uifs pour crucifier Notre-Seigneur...…

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‘“ Le paysage de chaque côté de la rivière.est charmant, et l’état avancé de la culture des terres ajoute grandement à la beauté de la scène. On dirait un village conti ., commençant à Montréal et finissant à Québec, sur une ligne de plus de crnt quatre-vingts milles. Les maisons des fermiers, à peu d’exceptions près, ne sont séparées les unes des autres que par une distance de trois à cinq arpents. La vue est très belle, surtout lorsque la rivière court en droite ligne l’espace de quelques milles ; alors les habitations paraissent plus rapprochées les unes des autres, et offrent davantage l’aspect d’un village bâti sur une seule rue se prolongeant indéfiniment.

‘ Toutes les femmes du pays, sans exception, portent le bonnet. Leur toilette consiste en un court mantelet sur un jupon qui leur va à peine au miiieu de la jambe ; une croix d’argent est suspendue À leur cou. En général, elles sont fort laborieuses ; cependant j’en ai vu quelquesunes qui, comme les Anglaises des colonies, ne faisaient rien que caqueter toute la journée, Lorsqu’elles travaillent en dedans de leurs maisoz:, elles fredonnent toujours, les filles surtout, quelques chansons dans lesquelles les mots amour et cœur reviennent souvent...

‘#6 août 1749.—Québec, la ville la plus

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