‹ Le fort et le château Saint-Louis (Québec) [microforme]Chapitre 39 sur 78 · RER PAS ART · texte numérisé non relu

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importante du Canada, est situé sur la côte necidentale de la rivière Saint-Laurent, tout au bord de l’eau... La montagne sur laquelle la haute-ville est située s’étend bien au-dessus des maisons de la basse-ville, bien qu’elles aient trois ou quatre étages de haut ; rien qu’à jeter un coup d’œil du palais ! sur la basse-ville, dont partiese trouveimmédiatement au-dessous, est assez pour donner le vertige...

“ Le palais, .....(château Saint-Louis) est situé sur le côté ouest (du fleuve Saint-Laurent) et le côté le plus escarpé de la montazne, juste au-dessus de la basse-ville. Ce n’est pas précisément un palais, mais un grand bâtiment en pierre, à deux étages, s’étendant du nord au sud, L'entrée est à l’Ouest, sur une cour entourée partie par un mur, partie par des maisons. Une galerie, large d’environ deux brasses (12 pieds), pavée en dalles et fermée per une balustrade en fer, règne tout le long de la facade de l'Est, qui donne sur la rivière ; on y

1—Kalm appelle palais le château Saint-Louis, et il appelle maison de l'intendant le palais de l’intendant,. Le nom de “ palais ”’, donné à la résidence de l’intendant, est dû au fait que le Conseil Supérieur y tenait ses réunions. Lorsque, exceptionnellement, le Conseil Souverain (appelé plus tard Conseil Supérieur) se réunit au fort Saint-Louis, il tint ses séances ‘ dans la

. deuxième salie du château.’--E, G.

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a une vue splendide de la cité et du fleuve.

C’est le promenoïr par excellence de l’aprèsdîner, et aussi de ceux qui ont affaire au gouverneur-général, en attendant qu’il puisse les recevoir, Le palais est la résidence du gouverneur-général du Canada ; un piquet de soldats y monte la garde, tant devant la grande porte que dans la crur, et à l’entrée ou sortie du gouverneur ou de l’évêque, ces militaires Coivent présenter les armes au son du tambour. Le gouverneur-général à une chapelle privée, ce qui ne l’empêche pas d’aller souvent entendre la messe à l’église des Récollets, qui est proche du palais. ” |

Après avoir donné une description de tous les édifices publics de la ville et des beaux jardins dout quelques-uns sont entourés, le narrateur continue :

‘“ La plupart des maisons de Québec sont bâties en pierre, et dans la haute-ville elles n’ont généralement qu’un étage, les édifices publics exceptés. J’ai vu quelques maisons en bois dans la ville, mais il ne sera pas permis de les rebâtir lorsqu'elles viendront à tomber en ruine. La brique n’est pas employée dans la construction des maisons ou des églises dans la cité ; on 8e sert d’un schiste calcaire noir extrait de la montagne mème sur laquelle

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Québec est assis....,,Les toits des édifices publics sont couverts en ardoise commune que l'on fait venir de France.

‘ L’ardoise des toits posés depuis plusieurs années ne paraît pas avoir souffert par suite des variations de l'air et du temps. Les demeures des particuliers sont couvertes en planches ajustées parallèlement aux chevrons ou aux bords des toits, et quelquefois obliquement. Ç

‘ Les coins des maisons et les cintres des croisées sont faits d’une pierre calcaire grise, à petits grains, qui jette une odeur forte pareille à celle de la pierre puante, plus utile dans ce pays que l’ardoise, qui est sujette à se fendre sous l’action de l'air. L'intérieur des maisons est généralement blanchi. Les fenêtres sont placées en dedans des murs, les deble-chassis étant en usage à Québec. Le milieu du toit repose sur deux ou tout au plus sur trois chevrons, couverts en planches seulement,

‘# On chauffe les chambres en hiver avec de petits poêles en fer, qu’on enlève l’été....

“ La poudrière—au sud du palais—occupe le sommet de la montagne sur laquelle la cité est bâtie. .,,,,

‘ Les marchands (de Québec) s’habillent fort

élégamment et poussent la somptuosité dans les repas jusqu’à la folie.

‘ Les femmes sont tous les jours en grande toilette et parées autant que pour une récepticn à la cour. .....

‘ 15 août 1749.-—Te nouveau gouverneurgénéral de tout le Canada, le marquis de la Jonquière, est arrivé la nuit dernière dans le port de Québec ; mais, comme il était tard, il a remis son entrée oflicielle à aujourd’hui.

Parti de France le 2 juin, il n’a pu parvenir plus tôt au lieu de sa destination. .....

‘ Ce jour est un jour de grande fête : celle de lAssomption de la Vierge Marie, qui est célébrée avec la plus grande pompe dans Îles pays catholiques-romains. Le 15 août de cette année sera donc une date doublement remarquable, tant à cause de la fête qu’à cause de l’arrivée du nouveau gouverneur-général, qui est toujours reçu avec beaucoup d’éclac, ce fonctionnaire ayant ici le rang d’un vice-roi.

‘ Vers huit heures, les principaux habitants de la ville se sont assemblés dans la maison de M. de Vaudreuil, qui vient d’être nommé gouverneur des Trois-Rivières et dont le père a été gouverneur-général du Canada. Sa maison est dans la basse-ville, M. le marquis de la Galissonniwre, gouverneur-général jusqu’à ce

jour, et qui partira pour la France à la première occasion, y vint pareillement, accompagné de tous les officiers publics. Je fus invité à assister à la cérémonie. A huit heures et demie, le nouveau gouverneur-général est descendu de son vaisseau dans une chaloupe couverte d’un tapis rouge, et au même moment les canons, du haut des rampar::. donnèrent le signal de mettre en branle toutes les cloches de la ville. Les personnes de distinction descendirent au rivage pour rendre hommage au gouverneur, qui, à son débarquement de la chaloupe, fut reçu par le marquis de la Galissonnière. Après qu'ils se furent salués l’un l’autre, le commandant de la ville présenta au nouveau gouverneurgénéral, dans le langage le plus éloquent, une adresse à laquelle il répondit fort laconiquement et qui fut suivie d’une salve générale des canons des remparts. Toute la rue jusqu’à la cathédrale était bordée d’hommes sous les armes appartenant pour la plupart à la classe bourgeoise. Le gouverneur-général se dirigea vers la cathédrale, passant entre cette double haie. Il portait un habillement rouge tout galonné d’or. $es gens, en livrée verte, le précédaient le fusil sur l'épaule. A son arrivée à la cathédrale, il fut reçu par l’évêque du

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Canada ! revêtu de ses habits pontificaux, la tête couverte d’une large mître dorée, une haute crosse d'argent massif à la main et entouré de son clergé, Après une courte adresse de l’évêque au gouverneur-général, un prêtre, accompagné de deux autres ecclésiastiques, lun à sa droite et l’autre À sa gauche, qui tenaient en mains des cierges allumés, survint, apportant un crucifix d'argent fixé au bout d’un long bâton et le lui donna à baiser.

‘ Ensuite le cortège se dirigea vers le chœur, en passant par la grande allée, dans l’ordre suivant : l’évêque suivi de son clergé, les gens du gouverneur marchant tête couverte et le fusil sur Pépaule, puis le gouverneur lui-même avec sa suite et la foule. A l'entrée du chœur, le gouverneur-général et le général de la Galissonnière s’arrêtèrent devant une stalle couverte d’un tapis rouge et y restèrent pendant tout le temps de la messe, qui fut célébrée par l’évêque lui-même. De l’église il se rendit au palais (le château St-Louis), où les personnages de marque vinrent lui rendre leurs hommages.

Les religieux des différents ordres, avec leurs

1--Mgr de Pontbriand. Il devait, trois années plus tard, assister M. de la Jonquière à son lit de mort. —}#£, G.

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supérieurs respectifs, vinrent aussi lui tén gner leur joie de son arrivée.

‘ De toute cette foule qui s'était portée au devant du gouverneur, aucun ne resta pour le dîner, à l’exception de ceux qui avaient été invités d’avance, et j’eus l’honneur &’être de ce nombre. Le repas dura fort longtemps et fut aussi somptueux que l’occasion le demandait.

‘“ Le gouverneur-général, marquis de la Jonquière, était un homme de haute taille et paraissait alors âgé d’un peu plus de soixante ans. Il s’était battu avec les Anglais sur mer dans la dernière guerre ; le combat fut acharné, mais les Anglais étant de beaucoup supérieurs en nombre, tant en vaisseaux qu’en hommes, il perdit la bataille et fut obligé de se rendre. Il fut blessé en cette occasion par une balle qui lui traversa l'épaule de part en part.

‘“ Quoique d’un caractère affable il savait conserver sa dignité avec ceux qui recherchaient sa faveur.

‘ 25 août 1749.-—Toute la contrée est en état À de culture et divisée en champs, en prairies ou 4 pâturages. La plupart des terres sont couvertes 4 de riches moissons de blé, d'avoine blanche et

de pois. La campagne est parsemée de fermes et d’habitations dont quelques-unes sont fort belles.

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‘ 29 août 1749.— Vus de la rivière, les environs de Québec sont des plus pittoresques. La ville est très élevée, et. ses églises et ses monuments g’aperçoivent de fort loin. Les vaisseaux dans la rivière, au-dessous de la cité, ornent le paysage de ce côté. La poudrière, qui couronne le sommet de la montagne sur laquelle s'élève la ville, domine tous les autres édifices. La campagne qui se déroule sous nos regards le long de notre course ne nous offre pas un aspect moins enchanteur.

‘11 septembre 1749.—Le marquis de la Galissonnière !..., âgé d'environ cinquante ans,

1-—-Rolland-Michel Barrin,comte de Ia Galissonnière, fut nommé commandant général de Ia Nouvelle- France par lettres-patentes du mois de juin 1747. Voici

1e préambule de ce document :

Lours, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre ; à tous ceux qui ces présentes verront, salut.

‘Le sieur marquis de la Jonquière, chef d’escadre de nos armées navales, que nous avions pourvu du gouvernement général de la No’. velle-France, ayant été fait prisonnier dans un combat qu'il à soutenu contre une escadre anglaise, en faisant route pour s’y rendre, et estimant nécessaire de commettre au commandement général de la dite colonie un officier capable d’en remplir tous les objets avec le zèle, la capacité, l'expérience, la valeur et la prudence qu’ils exigent, nous avons choisi le sieur comte de la Galissonnière, l’un de nos plus anciens capitaines de vaisseau, et commissaire général d'artillerie, en qui nous

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est un homme de petite stature, à la taille un *

peu déformée, et d’un extérieur agréable ; son

savoir est vraiment étonnant et s’étend à toutes

les branches de la science, surtout à l’histoire

naturelle, dans laquelle il est si bien versé que,

; lorsqu'il commença à discourir sur cette matière,

: je crus entendre un autre Linné., M’entretenant avec lui de lutilité de l’histoire naturelle, de la meilleure méthode à suivre pour l’apprendre

et l’employer ensuite À améliorer l’état d'un

| è pays, je fus étonné de le voir tirer ses raisons de la politique, aussi bien que de la philosophie, des mathématiques et d’autres sciences. Je confesse que mes conversations avec ce gentilkomme m'ont été très instructives et que j'en ai toujours tiré beaucoup de notions utiles. Il m'a indiqué plusieurs moyens d’employer histoire naturelle à des fins politiques en vue de rendre un pays assez puissant pour humilier

avons eu occasion de reconnaître toutes ces qualités par les preuves qu’il en a données, et par les services importants qu'il nous a rendus en diverses occasions. À ces causes et autres bonnes considérations à ce nous Mmouvans, nous avons commis, constitué, ordonné et établi, ete...??

Cette commission fut signée par Louis XV à ge Bruxelles, le 10 juin 1747, deux ans après la bataille de Fontenoy.—E, G.

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ses voisins envieux. Un plus grand protecteur de la science n’a jamais existé et n’existera peutêtre jamais en Canada. Il ne fut pas plus tôt installé dans sa charge de gouverneur-général qu’il combina cette série de mesures pour obtenir des informations sur l’histoire naturelle, que j'ai mentionnées plus haut. Lui arrive-t-il de voir dés gens qui ont séjourné dans quelqu'un des établissements les plus éloignés du pays, ou les ont parcourus, il ne manque jamais de les questionner sur les arbres, les plantes, le sol, les pierres, les minéraux de ces localités. Il s’info.me également de l’usage que les habitants font de ces choses, de leur méthode de culture, des lacs, rivières ou passages de ces pays, et de nombre d’autres détails. Il ne laisse partir ceux qui paraissent avoir des notions plus claires que les autres qu'après en avoir obtenu une description circonstanciée de ce qu’ils ont vu. Il prend note de toutes ces informations, en rédige luimême des rapports, et grâce à cette grande application si peu commune chez les personnes de son rang, il s’est bientôt acquis une connaissance parfaite des parties les plus éloignées de l Amérique. Les prêtres et les commandants des forts qui se rencontrent chez lui, en visite, à leur retour de contrées quelquefois très dis-

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tantes les unes des autres, sont surpris des questions qu’il leur pose et émerveillés de le voir si bien renseigné ; il n’est pas rare qu’il leur dise que, près de telle montagne ou tel rivage, où ils sont allés souvent faire la chasse, il ya telle plante particulière, des arbres de telle espèce, que le sol est de telle ou telle qualité, qu'on y trouve un certain minéral ; or, toutes ces informations, dont l'exactitude étonne les voyageurs, il les a obtenues d’avance. Maïs quelques-uns de ses administrés, qui ne sont pas dans le secret, l’entendant faire une description de toutes les curiosités de lieux situés quelquefois à deux cents milles suédois

de Québec, et où il n’a jamais mis le pied, croient qu'il a une connaissance surnaturelle des choses. Il n’y à jamais eu un meilleur homme d'Etat que lui, et personne ne peut prendre des mesures plus judicieuses et choisir des moyens plus efficaces pour l’amélioration d’un

pays et l'accroissement de sa prospérité. ”

Kalm parle ensuite de la flore et de la faune canadienne, de la fabrication du sucre d’érable, etc. ; puis il donne des d“tails sur le prix des animaux des fermes et des produits du 801. A la date du 27 septembre 1749, il écrit :

Un cheval de moyenne encolure coûte maintenant quarante francs et plus. Un beau

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cheval vaut cent francs 1, Une vache se vend cinquante francs, mais il y a des gens qui se rappellent le temps où l’on pouvait s’en procurer une pour dix éeus (trente franca). Un mouton coûte cinq francs. ...Un cochon d’un an, pesant cent cinquante à deux cents livres, se vend quinze francs. M. Couâgne, le marchand, m’a dit avoir vu un cochon du poids de quatre cents livres chez les Indiens. Un poulet vaut de dix à douze sous, un coq d'Inde vingt sous. Un minot de bled....coûte quarante sous. Le maïs vaut toujours le même prix que le bled, parce qu’il n’y en a que très peu ici, et ce peu est accaparé par ceux qui font le commerce avec les Indiens. Un minot d’avoine vaut quelquefois quinze à vingt sous... .Les pois ont toujours la même valeur que le blé.

Le beurre coûte ordinairement huit à dix sous la livre....Une douzaine d’œufs ne coûte généralement que trois sous....Ilne se fabrique pas de fromage à Montréal. ”

1—Tous les chevaux canadiens, dit encore Kalm, sont forts, vifs, bien faits...On se plaint généralement que le peuple de la campagne commence à élever un si grand nombre de chevaux que les bestiaux manquent de fourrage en hiver.”

Voir la petite étude sur les chevaux canadiens insérée à l’appendice de ce volume.

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