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sans le concours du Conseil Supérieur si tel était son bon plaisir ; ajoutons que l’intendant comme le gouverneur était ‘“ homme du roi.” Si l’un de ces hauts fonctionnaires abusait de son pouvoir et ne voulait pas entendre de conseils, l’autre était impuissant à le contrecarrer, à moins d’avoir en France des influences qui, elles-mêmes, pouvaient être tenues en échec par des influences contraires.
M. de Vaudreuil évita d’entrer en conflit avec M. Bigot, qui était né en France ct y avait de puissantes protections. Le gouverneur avait d’ailleurs d’autres luttes à soutenir dans le monde officiel. Ii n’aimait pas Montcalm et n’en était pas aimé. Leurs relations devinrent tellement tendues qu’il demanda, en 1758, le rappel du général et son remplacement par le chevalier de Lévis. Bien loin de se rendre à son désir, le gouvernement donna plus de latitude à l’initiative du général et restreignit celle du gouverneur 1.
1—Le gouvernement de Québec a commencé la publication de documents historiques qui jettent une vive lumière sur les événements qui se sont produits dans la Nouvelle-France sous le gouvernement du marauis Pierre de Vaudreuil, Jusqu'à présent, iis confirment, en somme, les appréciations de nos historiens canadiens ; mais ce n’est que lorsque la collection
Il ne nous appartient pas de signaler dans cette monographie toutes les phases du grand drame où furent jouées les destinées de la Nouvelle-France, ni de raconter cette série de combats qui commence avec la victoire de la Belle-Rivière pour se terminer avec celle de Sainte-Foye. Nous ne dirons pas l’arrivée à Québec de Montcalm, de Lévis, de Bougainville, de Bourlamaque ! et de tous ces brillants
Lévis-Casgrain aura été complètement éditée que l’on pourra porter un jugement définitif sur plusieurs des personnages qui ont joué un rôle prééminent durant les dernières années du régime français en Canada.
1—13 mai 1756.—L'année même de l’arrivée de Montcalm à Québec, la France, par le fatal traité de Versailles, s’allia à l’ Autriche, qu’elle avait toujours combattue, ‘“ et se laissa entraîner dans une guerre continentale par Marie-Thérèse, qui, voulant reprendre la Silésie au roi de Prusse, flattait adroitement. la marquise de Pompadour, avec qui elle entretenait un commerce de lettres, et qu’elle appelait sa chère amie. La France eut à combattre à la fois sur terre et sur mer, quoique l’expérience lui eût enseigné depuis longtemps qu’elle devait éviter soigneusement cette double lutte et que Machauilt s’efforçât de le faire comprendre à Louis XV ; mais la favorite tenait à l’alliance de l’impératrice-reine ; le ministre de la guerre et les courtisans, étrangers au service de mer, tenaient à la gloire qui s’offrait à eux dans les armées de terre ; le gouvernement oublia le guerre contre l'Angleterre, la seule importante, la seule où la France eût été provoquée,
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officiers qui, avec les régiments de la Reine, de Royal-Roussillon, de Languedoc, de Béarn, de La Sarre, de Guienne, de Berri, les troupes de mer et les milices canadiennes, se couvrirent de gloire, les uns à Chouaguen ou au Fort-George, d’autres à Montmorency, tous à Carillon, dans la victoire du 8 juillet 1758 !.
et il dirigea ses principales forces vers le nord de l'Europe, abandonnant à peu près à elles-mêmes ses vastes possessions de l’Amérique septentrionale, ?’ —F.-X. Garncau.—Jlist, du Canada.
1—Montcalm, en digne fils de la noble France, fit arborer sur le point culminant du champ de bataille de Carillon une grande croix de bois devant laquelle chacun vint se prosterner, pendant que toute l’armée chantait le Te Deum. Cette croix portait l'inscription suivante, composée par le général après la victoire :
Quid dux ? Quid miles ? Quid strata ingentia ligna ?
En Signum ! En viclor ! Deus hic, Deus ipse lriumphat !
‘“ Qu'’a fait le général? Qu'ont fait les soldats ? A quoi ont servi ces arbres énormes renversés ? Voici le vrai étendard'! Voici le vainqueur! Ici, c’est Dieu, c’est Dieu mme qui triomphe !”? |
Pendant ce temps-là, le cynique Voltaire ciselait sés odicuses rimes en l’honneur de Frédéric IE, vainqueur des Français, et Antoinette Poisson recevait les hommages des courtisans de Versailles. Où était alors la France chrétienne, la France de Clovis et de saint Louis ? Sans doute on la retrouvait encore au séin de bien des foyers dans notre ancienne mère-patrie ; mais c’est d’un incomparable éclat qu’elle brillait dans cette
Le lecteur connaît déjà les faits principaux de cette lutte inégale dans laquelle l’héroïsme français sut tenir si longtemps contre le nombre, l'or, la valeur et les gros vaisseaux. Ce serait aussi trop nous éloigner de notre sujet que de parler des éléments de discorde qui régnaient
dans les hautes sphères du gouvernement civil.
ct de l’armée, de rappeler les fêtes auxquelles on se livrait à Québec et à Montréal pendant les hivers de 1756-57, 1757-58 et même 1758-59, alors que les classes populaires de la colonie souffraient de toutes sortes de privations.
Hâtons-nous de dire que les habitants du château Saint-Louis, à Québec, et du château Vaudreuil à Montréal, ne prenaient aucune part à ces fêtes insensées. Le gouverneurgénéral était un homme rangé, dévoué à son pays et digne de toute estime. Il possédait des qualités qui, en d’autres circonstances, eussent suffi pour le rendre illustre et faire le bonheur du peuple canadien, Sa correspondance révèle un jugement droit, un grand désintéressement et une inaltérable dignité ;
mais il eut tout contre lui, tout :—quatre
scène grandiose des bords du lac Champlain, au milieu de ces vastes contrées du Nouveau-Monde que ses enfants avaient colonisées, évangélisées et fécondées de leur sang. ù
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années de famine, les fautes passées de la politique franco-canadienne, l’indiscrétion et l'esprit d’insubordination de plusieurs de ceux qui l’entouraient, et par dessus tout, l'incroyable aveuglement du gouvernement de l’ancienne France et la ferme détermination de Pitt, le ministre anglais, le s’emparer du Canada, à quelque prix que ce fût. Voici la notice biographique que lui consacre d’Hozier dans l'Armorial de France. Elle est consignée au volume VI de cet ouvrage,—volume publié en 1768, du vivant même de M. de Vaudreuil :
‘ Pierre de’ Rigaud de Vaudreuil, connu d’abord sous le nom de Cabanial, et appelé depuis le marquis de Vaudreuil, né à Québec le 22 novembre 1698, commença à servir dans la compagnie des Gentilshommes-Gardes de la Marine, et fut nommé successivement Enseigne des Troupes détachées de la Marine en 1706 !, Lieutenant en 1709, Capitaine en 1715, Major Général des Troupes en 1726, Lieutenant des Vaisseaux du Roi, et Chevalier de lOrdre Royal et Militaire de St-Louis en 1729, Gouverneur des Trois-Rivières en Canada en 1732, Gouverneur de la Louisiane en 1742, Capitaine des Vaisseaux du Roi en 1746, Gouverneur
1—11 avait alors huit ans.—E,. G.
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et Lieutenant Général de la Nouvelle-France en 1755, Commandeur de l'Ordre Militaire de St-Louis en 1757, et Grand’Croix du dit Ordre en 1758. Le Marquis de Vaudreuil, élevé sous les yeux de son père, et destiné À occuper un jour ‘a même place, avait acquis dès sa jeuuesse une connaissance parfaite des nations sauvages voisines du Canada ; mais pour qu’il connût toutes les parties de ce Gouvernement Général, M. le Comte de Maurépas, alors Ministre et Secrétaire d'Etat de la Marine, le fit nommer Gouverneur Particulier de la Province de la Louisiane où il passa en 1743. Il en revint dix ans après, regretté généralement de toute la colonie. De retour en France, il fut nommé au Gouvernement général du Canada, et ne put y passer qu’en 1755. A son arrivée, il trouva le pays attaqué par quatre armées anglaises ; il fit face à tout, et le succès couronna la sagesse de ses mesures. Les campagnes suivantes de 1756, 57 et 58 furent glorieuses aux armés du Roi dans ce pays-là.
La prise de Chouaguen, lune de plus importantes expéditions que lon ait pu faire daus l'Amérique Septentrionale, et celle du Fort Georges où Gruillaume-Henri, situé sur le Lac St-Sacrement, sont dues en partie à la sagesse et à l’habileté avec lesquelles le marquis de
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Vaudreuil en concerta toutes les dispositions, et aussi à l’activité et l’intelligence du marquis de Montcalm qui fut chargé de l’exécution de ces deux expéditions. En 1759 le mauvais état de notre marine ne permit pas de faire passer en Canada les secours nécessaires ; les Anglais profitant de cette circonstance, envoyèrent devant Québec une nombreuse flotte chargée de troupes, tandis que d’autres corps d’armée tâchaient de pénétrer dans le pays par différents endroits. Ils trouverent partout la résistance la plus opiniâtre : malheureusement sur la fin de la campagne les ennemis ayant réussi à faire une descente au-dessus de Québec, le marquis de Montcalm, qui sy était transporté sur le champ avec une partie des troupes, crut devoir les attaquer sans attendre d'autre renfort ; la bataille fut perdue, et ce général blessé à mort se retira à Québec. Cette ville peu susceptible de défense se rendit bientôt après : ce revers n’abattit pas lé courage des nôtres ; on fit de nouveaux efforts et on épuisa toutes les ressources de la colonie pour pouvoir reprendre
Québec au printemps de 1760. Le Gouverneur
de la place, instruit de notre projet assez à temps porr n'être pas surpris, fit sortir les troupes de la ville aussitôt qu’il eut nouvelle de l'approche de notre armée, et l’attendit dans
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un poste très avantageux. Les nôtres, quoique fatigués de leur marche, les attaquèrent en arrivant et réussirent, après un combat très meurtrier, à les repousser dans la ville dont nous formâmes le siège ; mais le manque de grosse artillerie et de munitions de guerre ne nous permettait pas de le pousser avec vigueur, On n'avait formé cette entreprise que dans l’espérance de recevoir quelques secours de Frauce ; mais n’en ayant eu aucuu, et les vaisseaux anglais étant arrivés devant Québec, il fallut se retirer vers Montréal où, au commencement d'octobre !, n'ayant plus ni vivres, ni munitions de guerre, ni aucun moyen de défense, le marquis de Vaudreuil fut obligé de céder à la supériorité la plus accablante,
“ Le marquis de Vaudreuil de retour du Canada où il n'avait été chargé que d’une administration purement militaire et dont il s’était acquitté avec honneur et de la manière la plus distinguée, ne devait guère s'attendre, après avoir donné les preuves les plus éclatantes de son désintéressement dans les différentes places qu’il avait occupées, à être compris dans une procédure dont l’objet était de discuter l'administration des finances et l'emploi des
1—Septembre.—E, (,
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deniers du Roi; il y fut cependant appelé, moins à la vérité comme un accusé réduit À se justifier que comme un témoin grave et dont l'autorité devait être d’un grand poids dans les faits sur lesquels il pouvait être instruit ; ausgi fut-il justifié complètement par le tribunal que le Roi avait chargé de la discussion de cette affaire !, Nous joindrons ivi la copie d’une lettre que M. le duc de Choiïseul écrivit au marquis de Vaudreuil peu de temps après ce Jugement.
À Versailles, le 8 mai 1764.
“ Le Roi s'étant fait, Monsieur, rendre un ‘compte particulier de l’affaire du Canada, pour ‘ l'instruction de laquelle vous avez été détenn ‘6 À la Bastille, Sa Majesté à reconnu avec plaisir ‘“ que la conduite que vous avez tenue dans ‘ l'administration qui vous a été confiée, a été ‘ exempte de tous reproches ; et sur ce que j'ai ‘ fait connaître à Sa Majesté que votre désin- ‘ {éressement et votre probité vous avaient ‘“ mis dans le cas d’avoir besoin de secours, elle ‘a bien voulu vous accorder comme une “ marque qu’elle a de la satisfaction de vos
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1—Bigot et Varin furent bannis de France à perpétuité et leurs biens confisqués. IL y eut d’autres bannissements, mais non perpétuels, et d’autres confiscations. Cadet dut restituer 6 millions.—E, G.
‘ services, une pension de six mille livres sur ‘ les fonds des Colonies, indépendamment de ‘celle qui vous a été accordée de même ‘“ somme, et qui est attachée à la Grand’Croix ‘ de l'Ordre de St-Louis dont Sa Majesté a ‘ bien voulu vous décorer. Je joins ici le brevet “ qui vous a été expédié pour la pension dont ‘ vous jouirez sur les fonds des Colonies, et qui ‘ vous sera payée d’année en année, à compter du premier janvier dernier. C’est avec plaisir que j'ai contribué à vous procurer cette marque de récompense de la part de Sa ‘ Majesté.”
‘ J’ai honneur d’être, etc.
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(signé) Le duc pe Cuorseur.”
Nous avons vu que le marquis et la marquise de Vaudreuil quittèrent Québec le 18 octobre 1760, à bord del’ Aventure. Nous les retrouvons le 12 avril 1763 dans la capitale de la France, en leur hôtel de la rue des Deux-Boules, paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois !.
L'ancien gouverneur se trouvait encore à Paris en 1765, comme on peut le voir par la pièce suivante :
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1—Archives du département des Terres de la Couronne à Québec.
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Copie du certificat donné à Madame la baronne de Longueuil par M. le Marquis de Vaudreuil, ele., elc.
“ Pierre Rigaud, marquis de Vaudreuil,
Grand’Croix de l'Ordre Royal et militaire de
St-Louis, ancien gouverneur, lieutenant-général pour le Roy en toute la Nouvelle-France, terres et pays de la Louisiane.
“ Ayant jugé, de concert avec M. le marquis de Lévis, dans l’hiver de 1759 ct 1760, que l'Isle Ste-Hélène, située en face de la ville de Montréal, pourrait par sa position servir utilenent à deffendre les approches de cette ville par
eau, et la garantir du feu des vaisseaux ennemis
en y plaçant des troupes et de l'artillerie, certifions avoir mis opposition à la coupe de bois de chauffage que Madame la baronne de Longueuil, propriétaire de ia dite isle, se proposoit d’y faire et de vendre au Roy, conformément à des prix avantageux.
‘“ Certifions en outre qu’à la fin de la campagne de 1760, Madame de Longueuil nous ayant remis, conjointement avec M. Bigot, un mémoire appuyé du certificat de M. Daiïllebout, lieutenant du Roy à Montréal, commandant les troupes campées dans l’Isle Ste-Hélène, sur les dommages que le séjour de ses troupes avait occasionnés dans la dite isle, nous lui promîmes
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