M, Parkman était protestant
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LA GUERRE DE SEPT ANS 219 (parish priests) qui, dans un caractère de double paternité, mi-spirituelle, mi-temporelle, devinrent plus que jamais les gardiens de l’ordre par tout le Canada. ”
La dîme n’était payée qu’au vingt-sixième, et en grains seulement. Les curés, peu fortunés pour la plupart, trouvaient cependant le moyen de fonder des écoles. Ils s’ingéniaient à découvrir parmi les enfants de cultivateurs ceux qui manifestaient le plus de talent, et ils les envoyaient, souvent à leurs frais, dans les collèges ou petits séminaires après leur avoir donné eux-mêmes les premiers rudiments d’une instruction classique, Avec patience et persévérance, ils préparaient de nouveaux lévites pour les autels, de nouveaux défenseurs pour la patrie ; et lorsque, bien des années plus tard, le parlementarisme fut introduit dans le pays, la supériorité manifeste de plusieurs Canadiens-Français fut pour ces prêtres vénérables la plus belle récompense terrestre qu’ils eussent pu ambitionner.
Le temps des guerres contre les Iroquois et les Anglais était passé. L’habitant canadien ne quittait plus son foyer, et ses terres mieux cultivées donnaient d’abondantes moissons. Les granges étaient pleines de gerbes, les maisons pleines d’enfants. Cependant on restait groupé
près du clocher paroiïssial, et la colonisation ne franchissait pas les bornes des anciennes seigueuries. Ce ne fut que lorsque l’on se sentit assez fort dans les anciens établissements que l’on songea à entreprendre l’œuvre des défrichements lointains et à s’enfoncer en grand nombre dans la forêt, pour en faire surgir de nouvelles paroisses formées à l’image des anciennes. En même temps nos nationaux reprenaient peu à peu leur prépondérance dans les villes, l’émigration anglaise se dirigeant surtout vers la province d’Ontario.
Chose digne de remarque : les familles des premiers habitants de la Nouvelle-Angieterre sont à peu près complètement éteintes ou disparues des Etats-Unis, tandis que les familles franco-canadiennes du dix-septième et du dixhuitième siècles sont encore toutes vivaces, maîtresses du sol qu’elles ont elles-mêmes défriché, et se sont muitipliées d’une façon étonnante.
En changeant d’allégeance, la jeune nation franco-canadienne n’a rien perdu non plus de son caractère propre ; elle a conservé sa foi, sa langue, sa douce et honnête gaîté et ce je ne sais quoi de vibrant et de spontané qui distingue les peuples de race latine. Un de ses
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artistes—M. Eugène Taché—lui a donné cette touchante devise : ‘“ Je me souviens, ” et on lira bientôt sur un de ses monuments cette autre devise si poétique et si vraie : ‘ Née dans les lis, je croïs dans les roses. ”
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Québec se relève de ses ruines.—Noble conduite du général Murray.—Son opinion sur les premiers immigrants anglais arrivés à Québec.—Le château Saint-Louis réparé en 1764—Murray proclamé gouverneur de toute la province.—La maison de la veuve Arnoux.—Premi-r document officiel daté du Château sous le régime anglais (18 mai 1765), Guy Carleton et sa famille.—Les élèves du petitséminaire de Québec au château Saint-Louis.— L'acte de Québec de 1774.—L’'invasion de 1775.— Haldimand.—Nouveau château.—Le duc de Clarence.—Un bal au fort Saint-Louis.—Le duc de Kent.—Constitution de 1791.
:N des premiers soins du général Murray, après la prise de Québec et le ‘départ de Townshend pour l’ Angleterre, fut de pourvoir au logement de ses troupes pour l'hiver, dont l’approche se faisait déjà sentir. On porte à cinq cents le nombre de maisons qu’il fit réparer ou reconstruire pour cet objct. Quelques pièces du couvent des Récollets et du collège des Jésuites, que les boulets de canon n’avaient pas trop endommagées, furent aussi
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occupées par les militaires. Murray lui-même passa l'hiver de 1759-60 dans une maison de la rue Saint-Louis, et établit ses bureaux au monastère des Ursulines, où se tinrent les réunions du conseil—juge des causes militaires et civiles—qui fut créé après la capitulation de Montréal.
Le château Saint-Louis eut à subir trois restaurations sous le régime anglais : l’ane en 1764; une autre en 1786, et une troisième de 18908 à 1811. Ce fut au cours de l’une de ces restaurations, —probablement la première, à cause des dommages causés par le bombardement de 1759, que disparurent les ‘ arrière-corps ” dont parie La Potherie, et qui faisaient légèrement saillie aux angles de l'édifice, du côté du fleuve Saint-Laurent. Les dessins que lon à fait du château Saint-Louis après les réparations de 1808-11 (au cours desquelles le château fut haussé d’un étage), représentent la façade qui donnait sur le fleuve comme étant entièrement unie.
Chacun sait le rôle généreux que jouèrent ici les deux premiers gouverneurs qui nous furent donnés par l'Angleterre : le général Murray d’abord, puis le général Guy Carleton !. L’his-
1-—Le premier gouverneur en titre du Canada, sous e régime anglais, fut le géuéral Amherst; mais il
toire a laissé leurs noms au souvenir reconnaissant de nos populations françaises et catholiques.
Les premières instructions envoyées d’Angleterre au général Murray étaient absolument odieuses. Le gouverneur n’en tint compte que dans une mesure fort restreinte, Il s’en expliqua plus tard à Londres, où on ne lui fit aucun reproche. Cet homme droit admirait la dignité et l’honorabilité des Canadiens, dont il avait déjà eu l’occasion d’apprécier la valeur au point de vue militaire; par contre, il n'avait guère d'estime pour les petits traficants, les chercheurs d’emploi et les aventuriers qui furent les prémices de immigration anglaise en ce pays.
Voici ce que le général Murray écrivait, vers le commencement de l’année 1766, aux lords du commerce et des plantations, en Angleterre :
« My Lords,
‘€ Par 4 lettre de M. le secrétaire Conway, du 24 octobre 1764, il m'est ordonné de me préparer pour mon retour en Angleterre, afin de douner un récit fidèle et exact de l’état pré-
séjourna à peine dans le pays. Il fut remplacé par trois gouverneurs régionaux : Murray à Québec, Gage à Montréal et Burton aux Trois-Rivières. Le général Murray ne fut nommé gouverneur de tout le Canada, où province de Québec, qu’en 1764.
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seut de la Province de Québec, de la nature des désordres qui y ont lieu, et de ma conduite et mes procédés dans l'administration du Gouvernement.
‘* En obéissance à cet ordre, j'ai l'honneur de vous faire le rapport suivant : ; ‘ Et premièrement sur l’état de la province : “ Elle consiste en cent dix paroisses, sans y comprendre les villes de Québec et de Montréal. Ces paroïsses contiennent 9,782 maisons, et 54,55 âmes chrétiennes ; elles oceupeat 955, 754 arpents de terre labourable, Les habitants ont semé 180,300 minots de grain l’année 1765 ....comme il paraît par la récapitulation du recensement ci-annexé, fait par mon ordre en l'année 1765. Les villes de Québec et de Montréal contiennent environ 14,700 habitants. Les Sauvages qui sont appelés catholiques ro mains sont au nombre de 7,400 âmes dans les limites de la province : de sorte que le tout sans y comprendre les troupes, monte à 76,275 âmes, sur lesquelles 11 y a dans les paroïsses dix-neuf familles protestantes ; le reste de ceux de cette persuasion (si on en excepte un petit nombre officiers à demi-paye), sont des marchands, artisans et aubergistes qui résident dans les basses villes de Québec et de Montréal, dont la plupart étaient des gens d’une éducation basse
qui avaient suivi l’armée, ou des soldats congédiés à la réduction des troupes. Tous ont leur fortune à faire ; et je crains bien que peu soient scrupuleux sur les moyens, lorsqu'ils peuvent obtenir leur but,
‘ Le rapport que j'en fais est qu’en général c’est le choix d’hommes le plus immoral que j'aie jamais connu, peu propre par conséquent à donner du goût aux nouveaux sujets (les Canadiens) pour nos lois, notre religion et nos coutumes. et encore moins à mettre ces lois à exécution pour gouverner. De l’autre côté, les Canadiens, accoutumés à un gouvernement arbitraire et en quelque sorte militaire, sont une race d'hommes frugaux, industrieux et de mœurs qui, par le traitement doux et juste
qu’ils ont reçu des officiers militaires de Sa
Majesté qui ont gouverné le pays pendant les quatre années depuis la conquête jusqu'à l’établissement du gouvernement civil, avaient en grande partie surmonté l’antipathie naturelle qu’ils avaient contre leurs conquérants. Ils consistent en une noblesse qui est nombreuse et se pique de son ancienneté, de sa gloire militaire et de celle de ses ancêtres. Elle est composée des Seigneurs de tout le pays, qui, sans être riches, sont en état, dans cette partie fertile du monde où l’argent est rare et le luxe encore
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inconnu, de soutenir leur dignité. Les habitants qu‘ sont leurs tenanciers et qui ne payent qu’une rente fixe d'environ une piastre pour cent arpents de terre, sont à leur aise et vivent commodément. Ils ont été accoutumés à respecter leur noblesse et à lui obéir ; leurs tenures étant militaires, suivant le système féodal, ils ont partagé avec elle les dangers de la guerre, et leur affection pour elle s’est augmentée à proportion des calamités de la conquête qu'ils ont eu à éprouver en commun. Comme ils ont appris à respecter leurs supérieurs, et qu’ils ne sont pas encore entichés de l’abus de la liberté, ils sont choqués des insultes que leur noblesse et les officiers du Roi ont reçues des marchands et des avocats anglais depuis que le gouvernement civil est établi.”
Plus loin, Murray dit encore, dans le même document : ‘ Les magistrats et les jurés devalent être pris sur un nombre de quatre cent cinquante méprisables traficants etautres gens qui étaient venus établir le pays. ... Ils haïssaient les nobles canadiens parce que leur naïssance et leur conduite leur attiraient le respect ; et ils avaient les habitants en exécration parce qu'ils avaient été soustraits à l’oppression dont ils avaient été menacés... .Le juge choisi pour concilier les esprits de 75,600 personnes étran-
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gères aux lois et au gouvernement de la Grande-Bretagne, fut tiré d’une prison, et était entièrement ignorant du droit civil et de la langue du pays. ... Je me glorifie d’avoir été accusé de chaleur et de fermeté en protégeant les sujets canadiens du Roi, et de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour gagner à mon maître royal l'affection de ce peuple brave et courageux, dont l’émigration, si jamais elle arrivait, serait une perte irréparable à cet empire.”
Jusqu'à la date de la signature du traité de Paris, on ne savait guère, à Québec, si loccupatien de ja ville par des régiments anglais était temporaire ou définitive !. Lorsque la paix fut conclue, une nouvelle émigration des notables du Canada se produisit, et plus de mille personnes s’embarquèrent à Québec pour se rendre, les uns en France, d’autres à Saint-
1—-Ponthiac, le célèbre chef indien, maintint de nombreuses tribus de l'Ouest dans l'attente du retour des Français, et son éloquence persuasive les entretint longtemps dans leur hostilité contre les Anglo- Américains. A Québec, on conserva une lueur d’espérance de voir revenir les Français jusqu'après la cuerre de l’indépendance américaine. “ Depuis 1775, où les Bastonnais vinrent assiéger Québec, dit le “vieux récit” des anciennes annales des Ursulines, la guerre a toujours continué, et nous voilà à l’année
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Domingue !, De son côté le gouvernement britannique résolut de faire exécuter certains travaux qui avaient été différés jusqu'alors et d’encourir d'assez fortes dépenses dans la colonie.
L'avis suivant fut publié dans la (Gazette de Québec du 12 juillet 1764 :
‘‘ Ceux qui sont capables d'entreprendre le rétablissement en entier du CHaAïgAU SAINIr- Louis, sont avertis, de la part de Son Excellence le Gouverneur de Québee, de donner un plan exact de ce qu’il convient faire pour le rétablissement général, et de ce qu’il pourra en coûter pour remettre le dit Château Saint-
1782 sans savoir quand et comment elle finira. Si la continuité de ce fléau nous procurait le bonheur de revenir à la France, nous aurions bientôt oublié toutes nos misères passées. Mais qu’il ést à craindre que notre Roi Louis ne s'intéresse plus au Canada !......
Il y à quelque chose de vraiment touchant dans ces regrets affectueux, cette fidélité persévérante et naïve, ce reproche à peine exprimé,
1—Parmi les notables qui s’embarquèrent à Québec le 27 septembre 1764, pour se rendre en Angieterre, et de là en France, la Guzette de Québec signalait Monsieur Daine, sa femme ‘et ses aimables filles Mesdemoiselles Gillette et Françoise. ” M. Daine avait été lieutenant-général de police et maire de Québec. Il avait fortement conseillé la capitulation du 18 septembre 1759.
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Louis en bon état, dans le cours du mois d’Aoust de l’année prochaine, Chacun portera incessamment ses propositions à Monsieur CRAMAnÉ, secrétaire. ””
Une cérémonie officielle eut lieu, au mois d'août de la même année, dans le fort Saint- Louis, en face du châtenu, comme on peut le voir par les pièces suivantes :
(De la Gazette de Québec du jeudi, 9 août 1764.) “ QuéBec.
“ Au Secrétariat de Québec, le 9 aoust 1764.
‘ Demain, vendredi, le 10 du mois courant, sur les onze heures du matin, les Patentes du Roy nommant et établissant Honorable JAc- QUES Murray, Ecuyer, Cuapitaine-Général ct Gouverneur en Chef pour Sa Majesté de La Province de Québec......, comme aussi une vatre Commission au dit Honorable J'AcQuES Murray, Ecuyer, pour être Vice-Amiral d’icelle, seront publiées dans le Château de 3a Majesté, de Saint-Louis, dont tous prendront connaissance, à fin d’y obéir ainsi que de raison.
# Par ordre de Son Excellence :