‹ Le fort et le château Saint-Louis (Québec) [microforme]Chapitre 65 sur 78 · RU ES · texte numérisé non relu

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et la bataille se continuait dans les journaux, — certain correspondant d’une publication anglaise prétendant que M. LeMoïine faisait crreur dans ses conjectures,—lorsque le “ syndicat ” donna ordre aux démolisseurs de continuer leur œuvre. Ceux-ci ne se firent pas prier, et—la raison du plus fort étant toujanrs la meilleure, —on trouva que le syndicat avait raison.

Deux ou trois jours avant cette décision, le Courrier du Canada avait publié, sous la signature: E. Rimbault ”, l’article que voici :

€ LA VÉTUSTOMANIE.

‘Je n'ai pas été peu surpris d'apprendre,

ces jours derniers, que la démolition de la

vieille cuisine de l’école normale Laval était arrêtée, parce qu'il avait plu à quelques personnes, dont je respecte les motifs sans partager leur manière de voir, de représenter à la compagnie du chemin de fer du Pacifique que l’on profanait une relique du passé.

“Tout le monde se fait antiqnaire depuis quelque temps. On s’imagine qu’en parlant vieilleries on devient immortel ; et comme on sacrifie à l’amour de la gloriole tout autant qu’à l'amour de la gloire, on a vu des adolescents, désolés de leur jeunesse, rêver sur les vieux

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murs et professer un respect de convention pour tout ce qui est craqué et lézardé.

‘“ Ne confondez pas, messieurs.

‘ Les reliques historiques doivent nécessairement se rattacher à quelque fait important ;les reliques artistiques doivent avoir quelque mérite au point de vue de la forme. Or, nous sommes ici en présence d’un vieux bâtiment très laid, qui a peut-être été construit du temps des Français pour y mettre des barils de poudre. Plus tard, on y à mis de la farine, de la viande, des vieux tuyaux et des chaises cassées.. Aucun personnage historique n’y a versé son sang ; seulement c’est vieux.

‘“ Eh! le rocher voisin est vieux, lui aussi, cela doit suflire. |

‘ Les murs de Lutèce, au temps &e Clovis, enserraient ‘ la cité ?” dans un espace restreint. On les a démolis, et on a bien fait.

‘ Plus tard, les bull works (boulevards) ou fortifications de Paris nüirent à la circulation. On les abattit également, mais on conserva deux portes : la porte Saint-Denis et la porte Saint- Martin, non pas parce qu’elles étaient vieilles, mais parce qu’elles étaient belles : ce sont des reliques artistiques.

‘ À Québec, on semble ignorer que les murs de la ville sont relativement modernes, et que,

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dépuis l’incendie du château Saint-Louis, en 1854, les seuls antiques souvenirs militaires de notre ville sont les vestiges des redoutes françaises du Cap Diamant et le ‘ bastion du bourreau ””, situé entre la porte Saint-Jean et la côte du Palais 1.

‘“ Lorsqu'on a démoli les portes Prescott et Hope, on a fait œuvre d'intelligence. Ces portes étaient laides et nullement antiques. Maïs on a commis une faute en démolissant la belle porte du Palais, qui était un véritable ornement pour la ville.

‘ Donc, conservons les reliques historiques et les reliques artistiques : mais À bas les vieux hangars et les vieilles cuisines.

‘ Quelle idée étrange de vouloir conserver ces horreurs sans nom, sans histoire, simplement parce qu’elles sont vermoulues !

‘ Pauvre esprit humain, comme il lui est difficile de rester dans le droit sentier ! À côté de l’enthousiasme, il y a l’exaltation ; à côté de la science, il y a le charlatanisme ; à côté du courage, il y a la témérité ; à côté de l’archéologie, il y a la vétustomanie.

1—Les ouvrages en terre qui séparent la ville des faubourgs existaient sous le régime français. Leur revêtement en pierre a été refait vers 1815. La citadelle actuelle a été construite de 1823 à 1832, au prix de vingtcinq millions de piastres.—E#, G.

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‘* Le mélodieux Lamartine a dit excellemment :

Et l’histoire, écho de la tombe, N'est que le bruit de ce qui tombe Sur la route du genre humain.

“ Ta vieille cuisine de l’école normale n’a jamais entendu d’autres bruits que des bruits de casseroles : ce ne sont pas ceux-là qui doivent ètre répereutés dans nos annales historiques. ”

Depuis que ces discussions ont eu lieu, Pauteur de cette étude à non-seulement trouvé, dans les archives officielles, les documents émanés de Denonville et de Frontenac que l’on a lus plus haut, mais il à vu un grand nombre de plans, de diverses époques, où le “magasin des poudres,” dans sa position oblique par rapport à la rue des Carrières et avec sa division en deux compartiments, est clairement indiqué, en dedans de la dernière enceinte du fort.

Le magasin des poudres ” construit par le marquis de Denonville en 1685, et le Château Haldimand qui le tenait caché depuis 1785, ont maintenant disparu, et une partie du nouvel hôtel Château Frontenac s'élève sur FPemplacement qu'ils occupaient.

Les démolisseurs ont donné raison à M.

Rimbault ; les documents ont donné raison À M. LeMoine, et nos annales historiques ont

livré le plus odeste et le plus inoffensif de leurs secrets.

L'emplacement de l’ancien fort Saint-Louis, comprenant la terrasse Durham, le Vieux Château, etc., et formant une superficie totale de 70,000 pieds, a été cédé au gouvernement de la province de Québec par ordre de Son Excellence le gouverneur-général en conseil du 14 février 1871.

Aux termes de l’arrêté du Conseil Privé du 2 février 1892 (Ottawa), de l’arrôté du conseil Exécutif du à février 1892 (Québec) et du contrat passé devant M. Jean-Alfred Charleboïis, notaire, à Québec, le 10 du même mois, le “Syndicat de l'hôtel Château Frontenac”? a fait l'acquisition dela partie sud-ouest du terrain de Pancien fort, alors occupée par le Vieux Château et ses dépendances (34,683 pieds, — propriété provinciale) ainsi que d’une portion du terrain contigu, au sud, désigné autrefois sous le nom de Jardin du Gouverneur (22,317 pieds,—propriété fédérale), le tout pour la rente de $25,000.00, 1

1—Voir le Rapport général du Commissaire des Travaux publics (Québec) pour l’année 1892, pages 97 et 98. L'hôtel appartient maintenant à la société dite The Chateau Frontenac Company, dont M. Thomas-G. Shaughnessy est le président.

La propriété de l'hôtel Château Frontenac a donc une superficie totale de 57,000 pieds.

L'emplacement de l’ancien fort où mourut Samuel de Champlain reste vacant, inoccupé, et appartient en grande partie à la province de Québec.

M. Bruce Price, l’architecte de l'hôtel ‘ Chàteau Frontenac”, à voulu, dans les principales parties de cet édifice, rappeler un château du Moyen Age: de là le donjon garni de machicoulis, la tour héxagone flanquée d’échauguettes, les toits pointus, les bâtiments aux faîtes inégaux simulant des constructions de dates et de destinations différentes.

D'autre part, les décorations de l’entrée prin-

cipale, le porche, avec sa gracieuse colonnade et sa voûte cintrée, les motifs d’ornementation du pavillon du campanile, etc., sont de pur style renaissance.

- Les parties de Fédifice qui sont de style moyen Âge ont elles-mêmes une certaine empreinte renaissance due à la largeur des croisées,—largeur que nécessitait d’ailleurs la destination du bâtiment.

On peut dire que, dans son ensemble, architecture du Château Frontenac” rappelle les constructions de la première période de la Renaissance,—-période où l’art classique com-

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320 LE FORT ET LE CHATEAU SAINT-LOUIS mençait seulement à s’introduire dans le nord de l’Europe et à mêler la grâce de ses formes aux lignes sévères des constructions du Moyen Age.

Yest à cette période artistique que correspond la période historique qui vit Jacques Cartier remonter le fleuve Saint-Laurent, arborer la croix et les lis en face de Stadaconé et révéler l'existence du Canada à la France et au monde civilisé.

M. Bruce Price est un éclectique : il y a dans son ‘“* Château ” et du moyen âge, et de la renaissance française et de la renaissance allemande.

Si la tour principale du “Olâteau Frontenac” était plus élancée et émergeait de quinze à vingt pieds au-dessus de la corniche dela toiture qui Pavoisine au nord-ouest, le comble de forme conique quisurmonte cette tour paraîtrait mieux proportionné, et l'aspect de tout l'édifice y gagnerait en harmonie et en caractère.

Tel qu’il est, le ‘ Château Frontenac une construction des plus remarquables, à cause de l'ampleur et de FPoriginalité de son style. M. Bruce Price a su déployer dans cette œuvre si rapidement conçue, une hardiesse et un goût auxquels nous ne sommes guère accoutumés sur ce continent.

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Dans les décorations de l’intérieur de l'édifice, on voit souvent répétés le blason du chevalier de Montmagny et celui du comte de Frontenac.

Arrêtons-nous ici; ne pénétrons pas dans ce palais du confort moderne. Ce serait trop nous éloigner du but de cette étude qui est de parler de ce qui n’est plus.

Au point de vue intellectuel et moral, ce qui n’est plus peut être encore quelque chose, et c’est souvent en étudiant le passé que l’on trouve la règle de l'avenir.

Le passé, c’est l’explication de nos mœurs familiales et publiques, c’est le fondement de nos espérances nationales, c’est ce qui nous retiendrait dans le sentier du patriotisme et du devoir si nous étions tentés de mêler nos destinées à celle des peuples venus de tous les coins du monde et dénués d’homogénéité qui habitent la république voisine.

Le nation franco-canadienne est de trop noble lignée pour consentir à oublier son histoire, À jeter au feu ses livres de raison, à renoncer au rôle distinct qui lui a été assigné par la Providence sur cette terre d’ Amérique. Quelles que soient les éventualités qui nous attendent, gardons le plus longtemps possible les traits

caractéristiques des familles canadiennes du dix-septième et du dix-huitième siècles ; restons fidèles à notre génie particulier, n'acceptons que le progrès de bon aloi et montrons-nous jaloux de donner à tous exemple de la loyauté, du respect, de la franchise et de l'honneur.

CS dr. CRT Cf (o, AXE Le @. PANNE Lf 9

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