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LA LANGUE FRANGAISE EN CANADA 325 Employer fréquemment des mots anglais en parlant et surtout en écrivant le français, est considéré non seulement comme l'indice d’une | mauvaise éducation, mais encore comme une sorte d’apostasie nationale par la bonne société auadienne, qui comprend que notre langue est une des choses les plus précieuses que nous aient léguées nos ancêtres, La classe ouvrière des villes n’y regarde pus
de si près. L'industrie et le commerce anglais ou américain lui apportent, avec leurs produits, des termes propres qu’elle accepte sans hésiter, tels qu’ils sont, ou qu’elle traduit à sa manière. Les Français de France qui viennent iei après avoir passé par les Etats-Unis, n’ont pas d'idée de limpression pénible que nous ressentons à les entendre presque tous émailler leur conversation du plus possible.
grand nombre de mots anglais
L'un d'eux me parlait, ces jours derniers, de
nationale, et que, si nous consentons à introduire
délibérément des mots anglais dans notre langage, {a
bataille que nous livrons chaque jour pour la conser-
vation du “doux parler de France ” sera bientôt perdue, % I n’y a pas longtemps que nous avons consenti à dire | rail pour lisse ; nous ne dirons jamais le sleping pour
le char-dortoir, et nous préférerions nous faire casser le
cou plutôt que de demander au mécanicien de stopver
la locomotive.”
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l'architecture du City Hall de Montréal.
— Pourquoi dites-vous City Hall au lieu d’hôtelde-ville, lui dis-je? Pourquoi dites-vous boat au lieu de bateau, Pacific Railway au lieu de chemin de fer du ‘acifique ?
—Mais c’est pour être compris, me dit-il.
Porr être compris !....…. J’eus envie de le battre ! Maïs comme c’était là une opération fatigante, et qui, du reste, pouvait tourner autrement qu’à la confusion du coupable, je me contentai d’une admonition éloquente et de quelques phrases bien senties sur la mission de la race française en Amérique.
— Vous avez raison, reprit mon interlocuteur après quelques instants de réflexion, et je comprends que la conservation de la langue française parmi vous nécessite des efforts de chaque jour et une surveillance incessante. J'ai le tort de suivre ici une petite mode très parisienne.
Là-dessus il me cita ce dialogue entendu, prétend-on, sur le boulevard des Italiens, mais qui n’est probablement qu’une charge de Max O’Rell :
— Voulez-vous venir five o’clocker avec nous cette après-midi ?
—Très volontiers. A quelle heure?
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LA LANGUE FRANÇAISE EN CANADA 327 Notre langage, trop souvent défectueux au point de vue de la forme grammaticale, l'est
également, dans une certaine mesure, sous le rapport de la prononciation et de l'articulation, bien que, à proprement parler, nous n’ayons pas d’accent et que le langage du peuple canadienfrançais ait beaucoup de ressemblance avec celui des classes populaires des bords de Ja Loire. Mais le défaut le plus dangereux, le plus subtil, le plus difficile À faire disparaître du langage des habitants de nos villes, c’est l’anglicisme, affreux anglicisme, sous ses formes multiples, ‘ qui nous entre par les oreilles et nous sort par la plume, ” comme la dit le plus spirituel de nos écrivains, et que même les personnes qui évitent soigneusement l'emploi de mots anglais en parlant le français, commettent tous les jours, sans 8'en apercevoir.
Un homme très bien noté dans le monde financier, disait, en ma présence, il y a quelque temps : “ Vous savez que B....,. vient de Pavant pour le comté de R.... Il est bien qualifié pour faire un membre; malheureusement il n’est pas dela place, I a adressé une assemblée où 80 trouvait N...., qui l’a accusé de s’entendre avec les deux partis, afin de n’être pas opposé. B..., a nié emphatiquement et N....
a fait apologie. X,.,., dont le fils a envoyé
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une application à l’Orateur pour avoir une place
de clerc sessionnel, a publié, ce matin, un « article éditorial contre B...., mais vous verrez
qu’il finira par le supporter. Le Courrier ne se donnera pas le trouble de lui répondre. L’émanation ! des brefs est fixée à lundi; lofficierrapporteur a été notifié ; l’Ævénement et V’Elec- Leur seront corrects ”.
Celui qui tenait ce langage c oyaït sincèrement s’exprimer en langue française.
On à remarqué que nos classes populaires font un fréquent usage d'expressions maritimes. M. Alexis Delaire, de Paris, étant de passage à Québec, l’an dernier, et voulant se rendre au département de l’Instruction publique, demanda à un ouvrier, qui se tenait auprès de la fontaine du Palais législatif, par où il devait passer :
“Entrez par la porte du coin, lui répond Jean-Baptiste ; dévirez à droite et rendez-vous | jusqu’au fond du corridor ; là vous embarquerez
! dans l’élévateur ; rendu à la deuxième étage,
| dévirez encore à droite : vous serez quasiment
Î arrivé.”
| Notez que cet ouvrier, que je connais bien, M ne boit pas de cidre, et que cinq ou six générations le séparent de ses ancêtres de laNormandie,
1—ÆEmaner pour émettre n’est pas un anglicisme, jf mais c’est une faute de langage que nous commettons j4 souvent.
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